Brèves de comptoir
Bon, le débat au Grand Conseil n'ayant pas permis à la droite de la droite de suspendre la liberté de manifestation pendant la tenue du G7 à Evian, la manif genevoise antiG7 du 14 juin est autorisée, mais seulement sur la rive-droite du Rhône. Parce qu'on pue de la gueule, sur la rive-gauche ? Et la manifestation ne sera autorisée que si ses organisateurs (qui ont annoncé recourir contre l'arrêté contenant les conditions de l'autorisation) acceptent le parcours décidé par le Conseil d'Etat sur proposition de la police (un parcours circulaire autour de la gare de Cornavin, depuis et jusqu'au parc de Mon-Repos, avec un rassemblement de départ à 16 heures) -or la coalition a, jusqu'à présent, toujours exprimé sa volonté de passer le Rhône en commençant sur la rive-droite pour terminer sur la rive-gauche. Hier soir, la droite de la droite, PLR et UDC, a demandé de tout interdire, sur la rive-droite comme sur la rive-gauche (et sur l'Ile, l'Ile Rousseau et les Pierres du Niton), mais, divisée sur les conditions posées par le Conseil d'Etat à son autorisation, n'est pas arrivée à ses tristes fins. Cela posé, si on comprend bien pourquoi la police et le Conseil d'Etat tiennent à éviter de faire passer des milliers de manifestants devant les vitrines de luxe des Rues-Basses, ce avec quoi la coalition anti-G7 est d'accord, on comprend mal pourquoi elle et il ne conçoivent pas qu'on puisse passer d'une rive à l'autre en les contournant (le pont du Mont-Blanc sera d'ailleurs rendu inaccessible par la police -on ne sait pas ce qu'il en sera des pont de la Coulouvrenière ou de Saint-Jean).
Pour le reste, la France entrerait en matière sur la mise sur pied, de son côté de la frontière, d'un village altermondialiste sur l'aérodrome d'Annemasse, et même de la tenue d'une manif, mais pas sur une participation financière aux frais de sécurité engagés du côté suisse, où l'engagement de l'armée et des polices cantonales serait d'une ampleur inédite. C'est le problème quand on a des voisins fauchés : ils ne refusent pas de discuter, ils sont même prêts à vous aider, à condition que ça ne leur coûte rien de plus que le sommet lui-même. Or si le sommet va se tenir à Evian, les sommités, elles, y arriveront en passant par Genève et son aéroport, vu qu'en plus d'être la capitale mondiale du monde mondial, on est aussi la capitale régionale de la région. Et son aéroport. Qui annonce que son accès sera perturbé et invite les voyageurs (pas Trump et ses collègues, les voyageurs lambda) à prendre leurs précautions, et à se pointer à l'enregistrement trois heures avant le départ, en prévoyant en plus une marge pour rejoindre l'aéroport. Ajoutez-y le temps du vol, s'il est inférieur à deux heures vous aurez des destinations qu'on pourrait quasiment rejoindre depuis chez soi à vélo plus vite qu'en avion, sans avoir à se faire chier dans un aéroport pendant des plombes. Et on retient la riche idée du Sénateur MCG Mauro Poggia : fermer l'aéroport côté suisse (il est binational, l'aéroport de Genève elle-même, au fond) et laisser la France gérer l'arrivée des sommités du sommet et de leurs accompagnateurs, sans passer par la Suisse. Sauf en avion ou en hélicoptère. C'est bien comme ça qu'ils rejoignaient Evian, en 1962, les négociateurs du cessez-le-feu en Algérie...L'aspect positif de la décision du Conseil d'Etat, au-delà d'un parcours insatisfaisant et du refus de l'installation d'un «village» (mais le Grand Conseil ayant demandé d'autoriser celle d'une «fan zone» pour le mondial de foot, on pourra toujours la squatter, ou se replier sur la Salle du Faubourg, la Maison des Assocs ou l'Usine, tout ça sur la rive gauche...), c'est sa volonté de «concilier l'exercice des libertés individuelles et la sécurité publique», et de ne pas écraser les premières au nom de la seconde comme l'exigeaient l'UDC et le PLR. La cheffe de la police, Monica Bonfanti, la Conseillère d'Etat Carole-Anne Kast et même le directeur de la Chambre de commerce (et député PLR) Vincent Subilia ont eu beau expliquer qu'il vaut mieux une manif compacte, organisée et encadrée que «des cortèges sauvages et très mobiles» surgissant «de partout et de manière simultanée» (Bonfanti dixit), la droite de la droite y tenait, à son interdiction. Pas pour maintenir l'ordre ou éviter des débordements, puisque que ça les provoquerait (y compris de la part de la police), mais pour donner l'impression qu'elle est le «parti de l'ordre» -quitte à susciter le désordre, pour pouvoir ensuite l'utiliser politiquement. Ben ouais, pompier pyromane, c'est un métier.


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