Elections étasuniennes : un référendum contre Trump
Putain, deux ans...
On a beaucoup voté et élu, hier, aux Etats-Unis, où 250 millions d'électrices et d'électeurs étaient appelés aux élections de mi-mandat, à l'élection de gouverneurs, pour des référendums thématiques. De tous ces scrutins, c'était évidemment celui des "midterms" qui retenait l'attention des observateurs, des analystes, des commentateurs, qui tous et toutes y voyaient moins des élections législatives qu'un référendum pour ou contre Trump. C'était d'ailleurs ce qu'il avait voulu en faire : un référendum, pour ou contre lui: "Je vous demande de faire comme si j'étais sur le bulletin. Je suis dessus !"... Et c'est bien ce que les électeurs et électrices ont fait : ils ont voté comme si Trump était sur le bulletin républicain, et ont donc voté démocrate. Pour autant, c'est bien le parlement qu'on renouvelait, avec les deux Chambres du Congrès, la Chambre basse (la Chambre des Représentants) renouvelée en totalité, la Chambre haute (le Sénat) pour un tiers. Traditionnellement, ces élections font perdre des sièges, et parfois la majorité, au parti du président, qui en a perdu 20 sur 22 depuis 1938. Qu'il les perde cette année, c'est que prédisaient tous les sondages, et c'est ce qui semble se confirmer, avec une tendance très favorable aux démocrates pour la Chambre des Représentants (plus mesurée pour le Sénat). Mais lorsqu'ils seront connus, proclamés et ratifiés, il faudra encore attendre deux mois pour qu'ils se traduisent par une nouvelle composition du parlement étasunien, et un nouveau rapport de forces entre Trump et ses opposants. Et deux ans pour que Trump quitte la présidence -ou la joue Napoléon Le Petit pour y rester.
Moins un vote pour les Démocrates qu'un vote contre Trump
Jusqu'à fin décembre, les deux chambres étasuniennes sont majoritairement républicaines (218 sièges contre 212 aux Démocrates à la Chambre des Représentants, 53 contre 45 et deux indépendants au Sénat), mais il suffisait du basculement de moins d'une dizaine de sièges pour que la majorité bascule dans les deux chambres, de quatre sièges pour qu'elle bascule dans l'une ou l'autre -d'où les récents redécoupages de circonscriptions électorales visant à favoriser les Républicains, les attaques de Trump contre le vote anticipé... et sa promesse de verser un "dividende" de 5000 dollars (environ 4000 francs) à chaque citoyen américain adulte si les Républicains conservaient le contrôle des deux Chambres. Il devrait au moins parvenir à économiser les frais de cette tentative de corruption, puisqu'il a perdu le contrôle de la Chambre des Représentantsdu Sénat. Nombre de celles et ceux qui avaient voté pour lui quand il se présentait comme un candidat "antisystème" ont voté contre lui, ou n'ont pas voté, quand il est devenu le système.
Ce qui est advenu dans les urnes américaines est sans doute moins un vote pour les Démocrates (d'ailleurs divisés entre une aile centriste majoritaire et une aile gauche en progression) qu'un vote contre Trump. Ou un vote pour les démocrates parce que le choix ne pouvait se faire qu'entre eux et lui, et qu'à défaut de pouvoir le lourder, on pouvait au moins l'entraver. Et on a sans doute moins voté (sauf chez les "maga" et à la gauche socialiste du parti démocrate) en fonction de choix politiques fondamentaux, principiels, idéologiques, que pour des raisons et des enjeux concrets (le coût de la vie et le pouvoir d'achat, le logement, l'accès aux soins), en réponse à des événements (la guerre en Iran, Gaza, le scandale Epstein), des évolutions et des situations (l'immigration, l'insécurité, les guerres extérieures)... ou par allergie à la figure même de Trump. En ignorant ses philippiques absurdes contre des Démocrates affublés de l'étiquette de "socialistes", voire de "communistes", quand ce n'était pas de "djihadistes" ou de "transgenres"...
L'ancien ministre travailliste britannique David Owen, psychiatre de formation, évoquait l'hubris de Trump : mépris d'autrui, ignorance de ses propres limites, absence d'esprit critique et de compréhension de l'ironie, insulte comme mode de communication, tout cela s'ajoutant à une inculture abyssale s'exprimant dans le vocabulaire d'un enfant de dix ans, et la mise en oeuvre du concept de "zone de merde" développé par son conseiller d'alors, Steve Bannon, et qui consiste à "noyer de merde la zone" du débat et de l'information en la submergeant d'insultes, de contre-vérités, d'absurdités, de telle façon que les media se contraignent à en faire état continûment, sans laisser aux contradicteurs le temps d'y répliquer avant qu'une autre salve de "merde" inonde à nouveau le champ médiatique.
En deux ans de second mandat, Trump a provoqué un désordre mondial qui n'a finalement profité qu'à quelques uns de ses affidés étrangers, mais pas à tous (pas à Orban, pas à Bolsonaro, pas vraiment à Netanyahou), et a favorisé ses deux modèles : Poutine et Xi. A contrario, la lourde défaite républicaine est une bonne nouvelle pour l'Ukraine et la plupart des Etats européens. Et pour le Canada. Et le Groenland. Une majorité au Congrès ne permet pas d'imposer au président du camp politique adverse un changement de politique, tout au plus entraver sa capacité de faire ce qu'il veut. Il ne pourrait plus faire adopter des lois et un budget, mais il pourrait encore gouverner par décrets. Et s'appuyer sur la secte "Maga" qui lui reste obstinément fidèle, quoi qu'il dise et fasse. En perdant le Sénat, il a perdu une Chambre qui dispose de prérogatives importantes en politique étrangère et de défense. Mais quoi qu'il ait pu perdre, il reste de toute façon président pour encore deux ans.
Trump a promis que s'il perdait ces élections, il serait "Monsieur Veto" contre toute décision du Congrès qui lui déplairait. Il ne sait sans doute pas que le premier "Monsieur Veto" de l'histoire a fini sous la guillotine, tout Roi de France qu'il fut... Et si le résultat des élections lui est insupportable au point de l'inciter à piétiner les institutions et la constitution étasuniennes, qu'il le fasse dimanche prochain : dans le calendrier républicain, c'est le 18 Brumaire.



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