Référendum contre l'accord de libre échange avec le Mercosur

 

Contre le règne cannibale du marché

Mardi dernier, le référendum  contre l’accord de libre-échange entre la Suisse (via l'AELE, dont la Suisse fait partie) et les États du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay), accord accepté par le parlement fédéral lors de sa dernière session, a été lancé par une large alliance d'associations environnementales, de solidarité internationale et de partis politiques. Cette alliance dénonce un accord qui encourage la déforestation, le mépris des droits humains et la destruction des communautés indigènes, et qui menace l'agriculture suisse et la santé des consommateurs en Suisse. On a jusqu'au 21 janvier 2027 pour récolter 50'000 signatures valables contre le règne cannibale du marché. Et c'est pas parce que la "classe moyenne"  est entrée en vacances "scolaires" qu'elle doit entrer en vacances politiques. On télécharge les feuilles de signatures ici (en allemand, on ne les a pas trouvées en français...): 

https://www.fichier-pdf.fr/2026/10/16/referendum-mercosurpdf/

Travail forcé, communautés chassées de leurs terres pour faire place à des élevages ou des plantations ? Des détails insignifiants, ou des dommages collatéraux inévitables ?

L’accord de libre-échange entre l'AELE (et donc la Suisse) avec le Mercosur, accepté par le Parlement suisse et contesté par un référendum populaire, vise à réduire les droits de douane sur les exportations suisses des industries chimique et pharmaceutique ainsi que des machines, tout en stimulant les importations de viande et de soja en provenance d'Argentine, du Brésil, du Paraguay et d'Uruguay. Cela signifie d'avantage de viande importée en Suisse, des exportations de pesticides affranchies de barrières douanières, une pression accrue sur la biodiversité et les communautés indigènes en Amazonie. Des détails, pour les partisans de l'accord (toute la droite suisse...), des raisons de le combattre pour ses adversaires (toute la gauche, et au-delà).

La déforestation qui progresse, inlassablement, dans les pays du Mercosur n'est pas une catastrophe naturelle : c'est l'effet de la culture extensive du soja et de l'élevage industriel de bovins. Le travail forcé dans les plantations, la destructions des communautés indigènes, ne sont pas des conséquences inéluctables  du développement économique, ce sont les conséquences de choix politiques. Le "libre échange" avec le Mercosur consiste à ignorer ce rapport de cause à effets, et à faire payer aux paysans et aux consommateurs d'ici une partie du prix humain et environnemental de choix auquel rien n'est plus urgent qu'opposer une autre politique de développement, et une solidarité internationale active, et concrète. Et de ne plus accepter des modes de production agricoles et bétailliers qui aggravent une crise climatique déjà ravageuse.

Mais l'accord avec le Mercosur ne menace pas seulement les populations autochtones et les paysans traditionnels des pays de ce bloc sud-américain, il menace aussi les paysans suisses.  L'accord ne contient aucune règle efficace pour interdire l'importation en Suisse de produits ne respectant pas les normes suisses. Il continent en revanche 25 contingents bilatéraux, qui vont s'ajouter à ceux imposés par l'OMC au nom de la libre circulation des marchandises -on insiste : des marchandises, pas des personnes : il ferait beau voir qu'on accepte la venue en Suisse de réfugiés argentins sous prétexte qu'on accepte d'y importer d'Argentine de la bidoche bovine ou du pinard, en contournant les exigences que doivent respecter les éleveurs et éleveuses, viticulteurs et viticultrices suisses. Dans les pays du Mercosur, on utilise massivement des pesticides et des antibiotiques. Et on n'a besoin en Suisse d'aucune production de ce genre pour combler un manque. Des représentants du monde paysan suisse appellent d'ailleurs à signer le référendum contre l'accord de "libre échange" avec le Mercosur, et la pression qu'il exercera sur les prix d'achat des productions suisses -le "libre-échange", ici, n'est qu'une manière de dumping et de sous-enchère. L'accord que nous combattons comprend certes un chapitre consacré au développement durable, mais comme une sorte de quota rhétorique dans un discours tenu pour se donner bonne conscience, sans aucune mesure contraignante pour en assurer le respect dans les faits.

L'accord est supposé permettre des économies de droit de douane de 150 millions par an. Il permet surtout de faire avaler par la Suisse des pratiques qu'elle se plaît, sinon à condamner, du moins à déplorer. Le Parlement fédéral a même rejeté les garde-fous les plus élémentaires qui auraient permis d’empêcher l’arrivée en Suisse de produits issus de la déforestation ou du travail forcé. Le "libre-échange" façon Mercosur n'en a rien à faire des droits des travailleuses et des travailleurs des pays de cet espace économique, et de leurs populations autochtones. Peanuts que tout cela, détails insignifiants, dommages collatéraux inévitables. C'est le règne du marché qui importe, pas les droits des sujets de ce souverain cannibale.

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