L'initiative "Pour l'avenir" veut taxer les grosses successions et donations pour financer la transition écologique et sociale
Bonne pioche
La campagne sur l'initiative"Pour l'avenir" de la Jeunesse Socialiste sur l'imposition des grosses successions, sur laquelle on se prononcera dans trois semaines, fait fureur (à l'aune suisse), et on sait déjà qu'elle va être marquée par une inégalité considérable de ressources entre les partisans (de gauche) de l'initiative et ses adversaires (de droite) : quand la JS déclare un budget de l'ordre de 400'000 francs, les adversaires disposent de 3,7 millions, dont presque un million vient du seul PLR... Ouais, ben y'a pas que les gros héritages qui devraient être taxés, l'achat de votes aussi. Au final, il faudra faire un petit calcul pour savoir combien les partisans et les adversaires de l'initiative ont dépensé par tête de votants dans leur camp, on aura ainsi le prix d'achat d'un vote de droite et d'un vote de gauche... En attendant quoi un sondage Tamedia réalisé début octobre ne donne que 31 % de suffrages à l'initiative, soutenue cependant par une majorité des Verts (77 %) et des socialistes (70 %), mais furieusement combattue par la droite (à 91 % des PLR, 87 % des udécistes, 81 % des "centristes"). L'initiative est en outre mieux soutenue en Romandie, dans les villes, chez les moins riches et chez les plus jeunes (18-.34 ans) qu'en Alémanie, dans les campagnes et, surprise des surprises, chez les plus riches. Choisis ton camp, camarade ! On décidera du sort de l'initiative le 30 novembre. Autrement dit, le 10 Frimaire, jour de la pioche. Et l’initiative pour taxer les grosses successions en est une bonne, de pioche.
L'initiative "pour l'avenir" n'appauvrira personne, elle aidera tout le monde à respirer
Que demande l'initiative "pour l'avenir" lancée par la Jeunesse Socialiste ? de faire payer la lutte contre le dérèglement climatique et contre la destruction de l'environnement par ceux qui en sont les plus responsables : les plus riches, et leurs héritiers et héritières. Elle propose donc de taxer à 50 % la part dépassant les 50 millions des (gros) héritages. Ce qui ne serait après tout que l'application du principe "Pollueur-payeur". Un principe constitutionnel -mais qui, comme tout principe restant paisiblement à planer dans les cieux des principes, au-dessus des vulgaires contingences matérielles, financières, politiques, ne vaut rien si on n'en fait rien. L'initiative de la JS veut en faire quelque chose : une source de financement de l'urgente transformation écologique et sociale de notre société. Et il ne s'agit pas seulement de planter des arbres, d'installer des éoliennes et des panneaux solaires (de fabrication chinoise), de développer les modes de transports les moins nuisibles à l'environnement (et les voitures électriques n'en sont pas) : il s'agit aussi de travail, de services publics, de logement.
L'initiative peut amener six milliards de ressources annuelles pour financer cette transformation. Elle propose de le faire en taxant les héritages et les donations de plus de cinquante millions de francs, à raison de 50 % de tout ce qui dépasse ces cinquante millions. Une personne hérite de 70 millions ? Elle payera un impôt de dix millions, et gardera les 60 millions restant... on ne vit pas trop mal, avec 60 millions de fortune, en Suisse... l'initiative "pour l'avenir" n'appauvrira personne, elle fera respirer tout le monde. Sauf peut-être ceux qui s'étranglent à l'évocation de l'hypothèse qu'elle soit acceptée : ainsi, à Genève, la Chambre de commerce et d'Industrie et les syndicat patronaux, qui annoncent déjà la perte de 1,3 milliard de recettes fiscales par la fuite des 362 contribuables qui les assurent par leurs impôts... Et où fuiraient-ils, ces malheureux réfugiés fiscaux ? A Zoug, Dubaï, Singapour, Annemasse ?
Environ 2500 contribuables sont concernés par la proposition de la JS, et un tiers d'entre eux vivent à Genève et dans le canton de Vaud. En vingt ans, les 300 plus grosses fortunes de Suisse ont doublé, et atteignent un montant total à douze chiffres : 833,5 milliards de francs. Dont plus de 80 % proviennent d'héritages. On parle de personnes dont la fortune, créée ou héritée, croît par des activités ou des investissements nuisibles à l'environnement : industries chimiques, pétrolières, gazières, de luxe. Toutes activités qui génèrent des émissions de CO2 en constante augmentation, alors que les émissions de toute la population restante sont en constante réduction. Les plus pauvres, les plus précaires sont les premières victimes de la dégradation climatique et environnementale, les plus riches, les plus puissants, en sont les premiers coupables. Ils doivent le savoir, si on en croit les sonneurs de tocsin nous annonçant leur exode sous des cieux plus cléments : fuit-on quand on n'a rien à se reprocher ?comme Molière le fait dire par La Flèche dans l'Avare, "qui se sent morveux, qu'il se mouche"...



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