Brèves de comptoir

 Y'en a des qui ont de drôle de nostalgies. Comme celle de la dernière guerre civile en Suisse, le Sonderbund, qui vit (dit en gros) les cantons protestants et radicaux affronter et vaincre les cantons catholiques et conservateurs: deux anciens présidents de l'UDC, dont un ancien Conseiller fédéral, Ueli Maurer et Toni Brunner, ont imaginé que les cantons qui auraient dit  «non» aux accords avec l'Union Européenne fassent sécession si ces accords étaient accepté par le peuple. Alors, bon, on se dit que se débarrasser des cantons réacs, fina-lement, ça serait pas forcément une mauvaise chose, sauf que dans ces cantons de Suisse centrale et orientale, y'a des villes (comme Lucerne ou Saint-Gall) progressistes, et même des municipalités de gauche, qui votent contre leur canton de droite. Et c'est là que ça devient compliqué, parce que si des cantons minoritaires en Suisse avaient le droit de faire sécession de la Suisse, des villes minoritaires dans leurs cantons sécessionnistes l'auraient elles-même de faire sécession de leur canton. A droite, on s'inquiète des délires des vieux caciques udécistes: les jeunes centriste et vert'libéraux vaudois ont jugé «irresponsable» de jouer avec l'idée d'une fragmentation du pays». Il en penserait quoi, le Général Dufour qui avait réduit le Sonder-bund du XIXe, d'un Sonderbund du XXIe? Que quand l'histoire bégaie, c'est pour se répéter en farce, puis en tragédie ?  Ah non, c'est de Marx, ça...

Il aura fallu 40 morts et plus de 100 blessés, et l'ouverture d'une instruc-tion pénale pour homicide par négli-gence, lésions corporelles par négli-gences et incendie par négligence, contre les gérants du bar-boîte de nuit «Constellation» de Crans Montana (lui a été mis en détention, elle a été laissée libre), et d'une enquête française sur l'incendie, pour qu'on se décide un peu partout à vouloir vraiment vraiment contrôler des lieux festifs où, à part l'alcool (et d'autres substances) règne surtout l'appât du gain le plus facile et le plus rapide possible. Mais les bonnes intentions ne suffisent pas, va falloir vraiment se bouger. La ville de Lausanne s'est adressée à tous les étab-lissements de la commune pour qu'ils vérifient la mise en oeuvre effective de leur plan de sécurité. Et s'ils ne le font pas, il se passera quoi ? A Genève, le président de la Société des cafetiers restaurateurs note fort justement que «le problème se situe moins au niveau des règles que dans leur application», mais, moins justement, ne croit pas utile de sensibiliser davantage les pro-fessionnels. Il est vrai que si la tragédie de Crans-Montana ne suffit pas à les sensibiliser, on ne voit comment on y arriverait... Les ignorances volontaires ou non des prescriptions de sécurité, légales ou réglementaires, l'absence ou l’inefficacité des contrôles, la passivité ou l’incompétence des autorités de surveillances ont été si nombreuses qu'on en apprend chaque jour de nouvelles. La moitié des morts étaient mineurs, huit avaient moins de 16 ans alors qu'un mineur de moins de 16 ans ne peut fréquenter un bar qu'accom-pagné d'un parent ou d'un repré-sentant légal adultes. Le président du gouvernement valaisan, Mathias Reynard, a présenté une demande d'excuses, formulée aussi par la vice-présidente de la commune, après que son président s'y soit refusé. Et le président de la Confédération, Guy Parmelin, a appelé à «mettre au jour, sans retard ni complaisance, les man-quements, et les sanctionner», comme une «responsabilité morale en plus d'un devoir d'Etat». Tout cela est bien dit... mais déjà la Procureure du Valais tempère : il faudra peut-être des années avant que la Justice rende justice... Les responsables des collectivités publiques, des services publics, des adminis-trations publiques et des entreprises privées qui ont failli peuvent attendre tranquillement l'âge de la retraite. Ou les JO d'hiver à Crans-Montana.

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