Brèves verniolanes
C'est pas parce qu'une année se termine et qu'une autre commence qu'on a tiré un trait sur les genevoiseries de l'an défunt, et qu'on en avait fini avec le feuilleton électoral verniolan quand le Conseil d'Etat, alors même que la Chancellerie avait exprimé des doutes, a annoncé qu'il validait la deuxième élection du Conseil muni-cipal après avoir annulé la première pour fraude massive. Le Conseil d'Etat lui-même a reconnu que la deuxième élection avait comme la première connu des irrégularités et qu'on pouvait donc y soupçonner des fraudes -mais pas industrielles, un peu artisanales, voire familiales, moins nombreuses et moins massive que lors de la première élection, et sans effet sur la répartition des sièges entre les listes (elles ont porté sur le classement des candidat.e.s de chaque liste). Pour le Conseil d'Etat, il serait donc disproportionné d'annuler la deuxième élection. Et la loi ne permet pas d'invalider les bulletins litigieux.
En mars, neuf personnes avaient rempli 278 bulletins, soit en moyenne une trentaine de bulletins par tête de fraudeur putatif, alors qu'en novembre 79 personnes en ont rempli 189, soit une moyenne un peu plus de deux par personne: ce n'est évidemment pas conforme au principe du vote personnel, mais ce n'est pas vraiment illégal. Le Conseil d'Etat dit avoir fait une «pesée d'intérêt» et que c'est la stabilité institutionnelle qui a pesé le plus lourd. On note que les fraudeurs ont changé de méthode: ils n'ont pas panaché les bulletins de partis avec des noms de candidats et de candidates d'autres partis, ils ont biffé des candidats et des candidates de leur parti préféré. Ils n'ont pas choisi, ils ont éliminé.
La «Tribune de Genève» a produit une analyse serrée du scrutin du 30 novembre, en comparant les listes entre elles, mais aussi les locaux de vote entre eux. Dans presque tous les partis, la proportion de bulletins comportant des biffages reste stable (au PS, chez les Verts et au PLR) ou n'augmente que de moins de 5% (à l'UDC et au MCG). Mais y'a une exception: la liste LED (Egalité et Diversité), qui a rempli le vide laissé par le forfait de la liste LJS (Libertés et Justice sociale), en reprenant une bonne partie de ses candidats -dont sa tête de liste, le député Djawed Sangdel, toujours membre de LJS mais que le parti a décidé de ni l'exclure, ni même le suspendre. Sur cette liste, la proportion de biffages passe de 12 à 30% et le nombre de bulletins raturés de 142 à 212, alors que la liste a eu 40 % de bulletins en moins. Moins d'électeurs mais plus de biffages, c'est exceptionnel : aucune autre liste ne connaît pareille évolution. Mais ça s'explique : si le biffage est organisé, il n'est pas détectable par une analyse graphologique, du type de celle utilisée pour confirmer une fraude organisée par le panachage. Et puis, au bout du compte, qu'on rajoute sur une liste les candidat.e.s qu'on veut voir élire ou qu'on biffe celles ou ceux dont on veut pas, le résultat est le même : on avantage les un.e.s sur les autres. Et entre l'élection de mars et celle de novembre, les variations des scores des candidat-e-s, mais aussi des listes, sont parfois considérables : en huit mois, la liste LED perd 37 % des suffrages de la liste LJS dont elle était le surgeon, quand les Verts gagnent 35% de suffrages, et l'UDC 33%, d'une élection à l'autre. Et si on examine les scores individuels des candidat.e.s, on a quelques surprises : arrivée en tête de la liste PS en mars, Eylem Tas Polat a changé de parti pour se retrouver sur la liste LED mais perd les trois quart de ses suffrages du printemps, et n'est pas élue. Sa colistière issue du PLR, Roselyne Graber, perd la moitié de son électorat en passant d'un parti à un autre (mais elle est tout de même élue). Les trois autres élus de LED, tous trois issus de LJS, perdent eux aussi autour de la moitié de leur électorat. La «Tribune» relève en outre qu'on biffe plus dans un arrondissement électoral que dans les autres: aux Avanchets, 70 % des bulletins LED comportent des biffages, contre 36 % à Aïre-Le Lignon et 16 % à Vernier-Village. Dans le détail des candidat-e-s, quelques curiosités sont apparues : un candidat récolte 99 suffrages au Lignon après avoir été biffé 100 fois, une candidate n'est biffée que sur 11% des bulletins dans le village, mais sur 84% au Lignon. Six citoyens de la commune ont fait recours contre la validation un piteuse d'une élection curieuse: pour eux, ces irrégularités et ces soupçons justifient qu'on éclaircisse les choses, et qu'on ne se contente pas de dire que c'est moins grave que huit mois avant, que ça n'a pas eu d'impact sur la répartition des sièges entre les partis et qu'il vaut mieux municipal élu bizarrement que pas de Conseil municipal.
Faut dire qu'on était à la fin de l'année 2025... et que le début de l'année 2026 a connu bien pire que les «bizarrerie» verniolanes. Il pourrait pas revendiquer Vernier, Trump ?


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