Démissions à au sein de la Fondation (genevoise) d'Art Dramatique

 A quoi sert la FAD ? 

La présidente, la vice-présidente et plusieurs membres du Conseil de la Fondation d'Art Dramatique (FAD), qui à Genève, chapeaute la Nouvelle Comédie et le Théâtre de Poche, ont annoncé lundi leur démission pour la fin février. La FAD a annoncé qu'elle ne communiquera pas d'ici là sur ces démissions tant que de nouveaux représentants au sein du Conseil n'auront pas été désignée, et que le Bureau du Conseil n'aura pas été réorganisé (au sein de fondations comme la FAD ou le Grand Théâtre, c'est le Bureau qui détient le pouvoir réel). On n'est donc pas supposés connaître, et moins encore y faire allusion, les raisons de ces démissions -qui nous rappellent furieusement celles qui étaient survenues au sein de la Fondation du Grand Théâtre il y a un peu moins d'une vingtaine d'années, quand tout son Bureau avait démissionné... On peut tout de même raisonnablement douter que les raisons de ces départs au sein de la FAD soient purement personnelles. Mais on peut aussi poser la question : A quoi sert la FAD ? Parce qu'à vrai dire, on n'est pas sûr qu'elle serve vraiment à quelque chose pour la politique culturelle genevoise, son paysage théâtral, et l'autonomie de ses scènes...


Qu'amène la FAD à la Nouvelle Comédie et au Poche ?

A force de prétendre coordonner, on entrave. Et on entrave même sans le vouloir, simplement en faisant chapeauter les lieux de création et de représentation par des structures parasitaires, comme la FAD. Qu'amène-t-elle à la Nouvelle Comédie et au Poche, la FAD? des ressources financières ? Elle ne fait que leur attribuer des ressources qu'elle-même reçoit de la Ville et du canton, dont elle se réserve une partie pour son propre fonctionnement, et qui pourraient leur être attribuées directement comme elles le sont à d'autres scènes qui n'ont jamais eu besoin d'elle pour quoi que ce soit. Et que faire de ces Conseils de fondation qui ne sont le plus souvent que des chambres d'enregistrement de leurs bureaux, et dans lesquels siègent des représentants du Conseil municipal tenus, comme tous les autres membres du Conseil y compris celles et ceux du bureau du Conseil,  à un secret de fonction qui les empêche de rendre compte de leur mandat à leur mandant ? 

La Nouvelle Comédie et Le Poche sont "chapeautés" par une fondation qui est elle-même "chapeautée" par des collectivités publiques, la Ville et le le Canton. Que gagnent ces deux scènes à cet empilage de chapeaux ? Plus de sécurité ? Plus de liberté ? Plus de moyens ? On s'autorisera à en douter. Et à se demander (et même à y répondre) s'il ne vaudrait pas mieux, soit rendre les deux scènes autonomes comme le sont Saint-Gervais, Le Galpon, Le Loup, Am Stram Gram, les Marionnettes, le Théâtre de l'Usine, soit en faire une scène de la Ville, comme celle du Grütli...

Qu'est-ce qui importe, dans la manière dont on organise un champ culturel local, et des institutions dont les ambitions sont bien plus que locales, comme la Nouvelle Comédie, le Grand Théâtre ou l'OSR ? Le confort du subventionneur ou la liberté du subventionné ? La nationalité du directeur ou de la directrice ou ce qu'ils créent, produisent, représentent ? Le respect des droits des gens qu'on emploie, bien sûr, parce que le temps est passé des créateurs démiurges à qui tout doit être passé, et pardonné*Mais pour le reste, et pour l'essentiel, les lieux culturels publics, autonomes dans leur programmation, peuvent et doivent aller plus loin que les lieux privés dans l'expérimentation de nouvelles formes et de nouveaux contenus, parce qu'ils peuvent s'abstraire de la recherche de satisfaire un large public désireux de voir représenter ce qu'il aime et connaît déjà. C'est évidemment au risque de mécontenter, mais c'est surtout au gain d'innover. Ne pas avoir besoin de "faire du chiffre", c'est avoir la liberté de créer. Et d'accroître  ainsi la diversité des propositions culturelles. Encore faut-il pouvoir le faire -et ce n'est pas seulement une question de moyens, c'est aussi une question institutionnelle. Et donc une question politique.

*Le 15 décembre, la Fondation d'Art Dramatique, qui chapeaute la Comédie (et le Poche) annonçait qu'elle ne renouvellerait pas le contrat de la directrice de la Nouvelle Comédie, Séverine Chavrier au-delà de son terme, fin juin 2027. Séverine Chavrier s'était dite "estomaquée". Elle pouvait cependant s'y attendre : depuis le 10 novembre, elle devait, sur demande du Syndicat romand du spectacle, et en attente des résultats de deux audits demandés par la FAD et par le Conseil administratif de la Ville, travailler à distance du théâtre dont elle restait directrice, avant d'être, le 26 novembre, déchargée de toutes ses responsabilités financières, techniques et administratives, reprises par son adjointe, Pauline Pierron. Séverine Chavrier avait été mise en cause par des collaborateurs de la Nouvelle Comédie pour ses méthodes de direction. 




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