En Suisse en 2024 : un salaire médian de plus de 7000 francs par mois...et 700'000 pauvres...
L'Office fédéral de la statistique a annoncé que le
salaire médian s'est élevé en Suisse, en 2024, à 7024 francs brut par
mois -la moitié des salariés gagnant moins, la moitié gagnant plus.
C'est 250 francs de plus par mois qu'en 2022. Les 10 % des salariés les
moins bien payés ont gagné moins de 4635 francs par mois (autrement dit,
la plupart d'entre eux ont été payés en-dessous du salaire minimum
légal genevois) pendant que les 10 % les mieux payés gagnaient plus de 12'526
francs par mois. Et les femmes sont, en moyenne, payées 8,4 % de moins
que les hommes. Et en termes réels, les salaires les plus bas ont baissé entre 2020 et 2024, Or presque au même moment où nous tombaient ces
chiffres, d'autres étaient publiés : le premier monitorage national de
la pauvreté en
Suisse indique que 8,1 % de la population du pays vit en dessous
du seuil de pauvreté, défini par le minimum vital. Les personnes
sans activité professionnelle, les
familles monoparentales, les couples avec plusieurs enfants, les
personnes seules, les personnes peu qualifiées et les étrangers
sont toujours les plus frappés. Et ceux qui trouvent
qu'on est trop généreux avec l'aide sociale sont toujours ceux
qui en ont le moins besoin. 
Il serait bien temps que l'on sorte de la charité pour entrer dans la solidarité...
En cette saison de débats budgétaires se font entendre, récurrentes, voire obsessionnelles, des invitations à réduire (notamment en réduisant le champ de leurs bénéficiaires) les budgets d'aide sociale, de subsides d'assurance-maladie, d'allocations, comme si ces prestations étaient accordées pour une autre raison que l'accroissement de leur besoin. Les personnes sans activité professionnelle, les familles monoparentales, les couples avec plusieurs enfants, les personnes seules, les personnes peu qualifiées et les étrangers sont toujours les plus frappés. Ceux qui trouvent qu'on est trop généreux avec l'aide sociale étant toujours ceux qui en ont le moins besoin, il n'est donc sans doute pas inutile de rappeler que la pauvreté est une réalité dans ce pays riche, et que cette réalité ne s'abolit pas quand on supprime les mesures prises pour y répondre. Et que la gestion palliative de la pauvreté est curative, pas préventive, Elle n'évite pas que la pauvreté se transmette, s'hérite. Si on veut "éteindre le paupérisme" (comme disait Louis-Napoléon Bonaparte avant que de se proclamer Napoléon III) du moins le contenir puis le réduire comme la Suisse s'y est engagée, il faut des investissements publics et des financements pérennes dans des dispositifs structurels comme les crèches, la formation continue, la santé, le logement, les transports (la liste n'est pas exhaustive).En 2023, 8,1 % des Suisse.sse.s (soit 708'000 personnes) vivaient sous le seuil de pauvreté (2315 francs par mois pour une personne seule, 4053 francs pour un coupe d'adulte avec deux enfants), 16,1 % risquaient d'y tomber, 10,1 % avaient de la peine à boucler les fins de mois, 5,5 % étaient en situation de privation matérielle et sociale, 18,8 % étaient dans l'incapacité de faire face à une dépense inattendue de 2500 francs, 8,9 % de s'offrir une semaine de vacances hors du domicile, 4,1 % de se réunir en famille ou entre amis pour un repas en commun. Le taux de travailleurs et travailleuses pauvres ("Working poors") est passé de 3,8 à 4,4 % des salarié.e.s. Les personnes seules ou vivant dans un ménage monoparental avec des enfants mineurs, les personnes sans formation professionnelle ou vivant dans un ménage dont aucun membre n'a d'emploi sont, évidemment, les plus touchées. Les retraité.e.s sont également très concernés : 15,2 % sont en situation de pauvreté ou menacés de s'y retrouver. Selon une enquête de Pro Senectute, effectuées entre juin et août 2022, 46'000 retraités suisses vivent dans une "pauvreté sans issue", et n'ont aucune réserve leur permettant de faire face à une dépense exceptionnelle. Près de 14 % des retraités suisses ont un revenu mensuel inférieur au seuil de pauvreté "absolue", fixé pour 2022 à 2279 francs par mois, et 20 % ont un revenu mensuel inférieur à 2506 francs.
En dix ans, à Genève, le nombre de jeunes de 18 à 25 ans dépendants de l'aide sociale a presque doublé, passant de 1428 personnes en 2014 à 2322 personnes en 2024. D'entre les facteurs explicatifs de cette hausse, le décrochage scolaire (interruption de la scolarité obligatoire) a touché 13 % des élèves en 2024, contre 8 % en 2014, et 70 % des jeunes à l'aide sociale n'ont pas de formation achevée au-delà du Cycle d'Orientation. D'autres facteurs jouent, évidemment : les atteintes à la santé psychique, les violences subies, les difficultés financières de la famille : L'Hospice Général de Genève relève que les parents de 43 % des jeunes à l'aide sociale sont aussi à l'aide sociale : la pauvreté se reproduit, s'hérite, devient chronique. La Suisse, pourtant, s'est engagée à la réduire dans le cadre de sa stratégie pour le "développement durable"... Aujourd'hui, ce qui est durable dans ce pays, et dans la vie d'une partie considérable de ses habitants, c'est toujours la pauvreté. Non plus la misère -on ne meurt plus de faim en Suisse- mais l'incapacité de subvenir à d'autres besoins que ceux de la survie physique immédiate.
L'aide d'urgence ne permet pas de sortir de cette situation, d'autant qu'une part considérable (entre 40 et 80 % selon les prestations) des personnes qui ont droit à des prestations sociales y renoncent. Parce qu'elles ont honte d'en avoir besoin. Ou parce qu'elles préfèrent s'endetter. Ou parce qu'elles ne veulent pas dépendre de l'Etat (ou de la commune). Ou parce que l'"opinion publique" stigmatise les "assistés". Parce que perdure cette conviction qu'il y a les bons pauvres, qui méritent qu'on les aide, surtout s'ils sont indigènes, et les mauvais pauvres, qui ne méritent que la méfiance, surtout s'ils viennent d'ailleurs. Les bons pauvres sont sans revenu parce qu'ils sont sans travail, et ils sont sans travail parce qu'ils sont trop jeunes, ou trop vieux, ou malades, ou handicapés, mais ils veulent travailler. Les mauvais pauvres pourraient trouver du travail, mais ne font pas ce qu'on exige qu'ils fassent pour en trouver. Et ne sont même pas reconnaissants de l'aide qu'ils reçoivent, quand ils en reçoivent une. Les mauvais pauvres sont de mauvaises gens. Et de mauvais citoyens.
Une fois n'est pas coutume, on laissera conclure quelqu'un dont on a guère l'habitude de faire usage comme d'une référence ou d'une boussole : "Il y a une exubérance de bonté qui ressemble à de la méchanceté" écrit Nietzsche, qui note que "chez les hommes secourables et bienfaisants on rencontre presque invariablement cette lourde astuce qui commence par accommoder à son gré celui qu'on veut secourir ; on se dit par exemple qu'il "mérite" d'être aidé, que c'est justement de votre aide qu'il a besoin, et qu'il (vous en sera) à coup sûr profondément reconnaissant, attaché, soumis, en réponse au moindre secours; c'est avec de telles imaginations qu'on dispose des nécessiteux comme d'une propriété, de même que c'est par désir de posséder qu'on se montre bienfaisant et secourable. Ces bienfaiteurs se montrent jaloux si on les contrarie ou si l'on prévient leur action charitable".
Ne serait-il pas temps, alors, qu'on que sorte de la charité pour entrer dans la solidarité ?


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