Fonds de tiroir

 La Poste doit continuer, contrai-rement à ce que prévoyait le Conseil fédéral, de distribuer le courrier dans les zones isolées : c'est le Conseil fédéral lui-même qui est ainsi revenu le 19 décembre sur sa propre idée de supprimer le service postal pour les habitations isolées. Un petit cadeau de Noël pour le service public, ça se salue... Et sans aucune arrière-pensée, on s'auto-risera même à souhaiter une bonne et heureuse année au camarade Christian Levrat...

Au cas où vous auriez eu envie de fêter Noël à Bethléem, et que vous y auriez renoncé pour quelque raison que ce soit, on vous annonce que la grotte de la supposée Nativité de Jesus va être rénovée : elle a en effet subi les dégâts collatéraux de la bataille de Gaza et de l'épuration ethnique à l'oeuvre dans les terri-toires palestiniens. Il aurait fallu  plus souvent rappeler que Bethléem est une ville palestinienne et que Jesus était juif et palestinien tout à la fois...) A Bethléem, les permis de travail en Israël ont été annulés, 60% de la population active est au chômage, les chrétiens s'exilent... et dans toute la Cisjodanie occuppée, les exactions des colons israéliens se multiplient. Et plus d'un millier de Palestiniens de Cisjordanie ont été tués depuis deux ans.

Comme d'autres, la catastrophe du réveillon à Crans-Montana nous consterne (mais si on pouvait éviter de manifester en allumant des bougies notre compassion avec les familles des victimes brûlées vives dans incendie provoqué par des bougies, on ferait bien). Mais aussi, elle nous rend furieux. Parce qu'il ne faudrait pas que les larmes versées sur les victimes et leurs proches noient ce qui s'est passé. Et sur ce qui a permis que cela se passe, et ceux qui l'ont rendu possible. Parce qu'il n'y avait aucune fatalité à l'oeuvre pour brûler vifs des dizaines d'adolescents (et en laissant des dizaines d'autres entre la vie et la mort) faisant la fête dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier dans une station de montagne, mais qu'il y eut sans doute un réseau de négligences, de complaisances, d'incompétences, d'appât du gain, dans un écosystème (ou un sociosystème) qui les cultive: celui des stations de montagne (les stations balnéaires ne valant pas mieux).  Que pensez-vous vraiment qu'il puisse se passer quand on entasse des centaines (au moins 200) ados (qu'on qu'on aurait pas dû y laisser entrer) et jeunes adultes dans un sous-sol transformé en boîte de nuit, sans sortie de secours digne de ce nom, sans aération suffisante et que dans ce cadre, on fait circuler des serveuses distribuant des bouteilles de champagnes garnies de bougies à étincelles que des clients reprennent et brandissent à portée d'un plafond recouvert de mousse inflammable à bas prix ? Cette boîte de nuit était un véritable cocktail Molotov. Une enquête pénale est en cours, les propriétaires du bar transformé en boîte de nuit (et de trois autres établissement dans le coin) sont désormais poursuivis, mais pour que ces procédures aient un sens, elles devront permettre que l'on rende responsables de leurs actes, ou de leurs absences, les  responsables politiques et administratifs en charge de la sécurité de ces lieux, mais qui n'ont pas fait leur travail, ou ne l'on fait qu'à moitié. Le président de la Confédération, Guy Parmelin l'assure: «des lois existent, elles doivent être respectées (...) et s'il y  des responsables, il y aura des conséquences». Mais lesquelles ? Qui a réellement fait les travaux de rénovation ? Des entreprises mandatées ou des sous-traitants ? Qui a choisi les matériaux qui se sont si facilement enflammés ? Qui a autorisé l'ouverture de ce bar transformable en boîte de nuit sans sortie de secours idoine ni aération suffisante ? Les contrôles ont-ils été réguliers ?  Et qui les effectuait, à quel rythme (les propriétaires déclarent avoir été contrôlés trois fois en dix ans, alors qu'ils devraient l'être chaque année...) ? Y'avait-il des systèmes anti-incendie et des extincteurs ? étaient-ils fonctionnels ? Et combien y a-t-il dans nos stations de montagne de ces lieux de plaisirs éphémères qui d'une étincelle peuvent se transformer en fosses communes définitives ? Guy Parmelin, encore : «nous devons faire la lumière sans tabou». Sans tabou, vraiment ? Les protocoles compassionnels d'aujourd'hui et des jours à venir  présagent-ils d'une réelle prise de conscience ou d'une préparation à passer le drame de Crans-Montana par pertes et profits de l'industrie du tourisme ?

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