Fonds de tiroir
La polémique (assez localisée en Suisse, quand même) autour des dessins de Salch (surtout le premier) publiés par «Charlie Hebdo» sur son site s'est un peu calmée, et a fait place à quelques réflexions plus intelligentes que le dépôt d'une plainte. D'entre ces réflexions, la plupart de celles des trois dessinateurs de presse, et de la directrice de la Maison du dessin de presse (à Morges), publiées par «Le Temps» de samedi. Quoique le dessinateur de «24 Heures», Jacques Vallotton, nous ressorte l'antienne «la liberté d'expression ne veut pas dire tout dire n'importe comment». Ben si, justement, c'est ça que ça veut dire, qu'on peut tout dire comme on veut le dire, parce que sinon, ça serait plus une liberté mais seulement une possibilité. Le dessinateur de la «Tribune de Genève» Gérard Hermann, note que «beaucoup de gens ont partagé (le dessin des «brûlés font du ski») en disant qu'il était horrible. Or, le partager, c'est aussi le faire exister», ce qui, après tout, est bien ce qu'on attend de sa publication. Patrick Chappatte, dessinateur multicarte («Le Temps», «Le Canard Enchaîné», «The Boston Globe», la NZZ du dimanche), n'a pas aimé le dessin de Salch qu'il a trouvé mauvais. Et se demande, lui aussi, pourquoi, «si on trouve un contenu mauvais ou de mauvais goût, le rediffuser massivement en disant regardez comme c'est mauvais et de mauvais goût». Pourquoi ? Demandez-le aux moutons de Panurge... Enfin, la directrice du Musée du dessin de presse, Stéphanie Reinhard rappelle que «les abonnés de "Charlie Hebdo" ne s'attendent pas à voir un petit dessin gentil» a propos du drame de Crans-Montana et signale que s'il n'y a pas d'incitation à la haine dans le dessin de Salch, il y en a eu «dans certaines réactions qu'il a suscitées». Au fond, ce n'est pas contre «Charlie» et son dessinateur que les quérulents de service auraient dû déposer plainte, mais contre la rediffusion du dessin. Voilà, on en est là, pour le moment. Jusqu'au prochain dessin qui choquera jusqu'à ceux qui ne l'auront pas vu mais en auront entendu causer. En attendant quoi, on saluera le dessin de Chappatte à la «une» du «Temps», qui résume bien la situation, celle d'un défaussement général de responsabilités et de désignation en cascade de l'irresponsabilités des autres : l'Italie s'en prend à la Suisse, l'Alémanie à la Romandie, la Romandie au Valais, le Valais à la commune de Crans-Montana et la commune aux tenanciers du bar. Faut bien avouer qu'ils ont un beau profil de coupables idéaux, de bouc-émissaires, de lampistes, les deux gérants du bar. D'abord, ils sont français. Et même, corses. Ils vont donc sûrement s'en prendre plein la gueule. Avec les autorités, les services, les administrations, qui n'ont pas fait leur boulot, et même pas respecté les lois en vigueur, on sera sans doute plus cléments. Et surtout plus lents. D'abord, ce sont des gens de chez nous, eux. Ensuite, et surtout, faudrait pas qu'on remette en cause les habitudes prises pour laisser l'industrie du tourisme faire ce qu'elle veut dans les stations de sport d'hiver. Surtout quand on voudrait bien y accueillir des compétitions olympiques. Quand on aura oublié les 40 morts du bûcher du Constellation.
Et comment on y va, à Davos, pour le raout annuel des Proeminten? En train? Vous rigolez? On a va en avion. Et quand on est pas chef d'Etat ou de gouvernement, on y va en avion privé. En 2025, Greenpeace a comptabilisé 709 vols en jets privés,. Le climat alpin vous dit merci, les gars. Bon, notez bien qu'il vaut encore mieux des jets privés pour Davos que des jets militaires pour le Groenland. Parce que le Groenland, on peut pas se le goinfrer en train. En kayak, alors ?


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