La création d'un "fonds climat" coûterait trop cher ?
L'antienne du comptable
L'initiative pour un fond climat lancée par le PS et les Verts en 2022, et sur laquelle on se prononcera en votation populaire dans un peu plus d'un mois, propose la création d'un fonds fédéral alimenté par un pourcentage (entre 0,5 et 1 %) du PIB, soit entre 3,9 et 7,7 milliards de francs, pour mieux, et plus, développer les énergies renouvelables, les économies d'énergie, les transports publics, et mieux protéger la biodiversité. Des objectifs auquel pas grand monde ne s'oppose frontalement, les opposants se contentant de dire qu'on fait déjà ce qu'il faut pour les atteindre, et qu'on n'a donc pas besoin de créer un fonds pour le faire. A quoi ils ajoutent, évidemment, le c ouplet sur l'augmentation de la dépense publique et, horresco referens, des impôts et de la dette (puisque les dépenses consenties pour le fonds ne seraient pas soumises au sacro-saint "frein à l'endettement"). Antienne rituelle du comptable borné...
Continuer à n'en pas faire assez coûtera plus cher qu'en faire un peu plus
La Suisse se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète, qui se réchauffe déjà plus que ce que l'accord adopté par les 198 Etats présente à la COP21 de Paris présente comme un objectif minimal. Qu'on ne tiendra pas : au lieu des deux degrés de réchauffement planétaire moyen considérés comme supportables, et du degré et demi souhaitable, on risque fort d'atteindre quasiment le double (2,8°) à la fin du siècle. Et on ne se consolera pas en se disant que si aucun accord n'avait été trouvé et que rien n'avait été fait pour en respecter au moins une partie, on serait à 4,5° de plus.
Les émissions mondiales de CO2 continuent de s'accroître, 1570 nouveaux projets d'extraction de pétrole et de gaz ont été approuvée depuis l'Accord de Paris et le réchauffement continue partout. Et en Suisse plus qu'ailleurs. Climatiquement parlant, bien sûr. Parce que politiquement, elle ne fait que le minimum de ce qu'elle devrait et pourrait faire. Et que cette insuffisance finit par coûter plus cher que ce coûterait un effort plus soutenu : ne pas en faire assez coûtera forcément plus cher que financer ce qu'il convient de faire. Trop chère, la réponse à la crise climatique ? Chaque franc (chaque milliards de francs...) investi là où le fonds climat investirait peut permettre d'économiser quatre ou cinq francs (quatre ou cinq milliard de francs). Combien coûtent les protections, les réparations, l'indemnisation des catastrophes provoquées par le dérèglement climatique ? Combien coûte la dépendance de la Suisse à l'égard des producteurs d'énergies fossiles, non renouvelables (soit le 70 % de l'énergie consommée en Suisse, le photovoltaïque couvrant 10 %) ?
La température moyenne en Suisse a augmenté de
2,9° depuis l'ère préindustrielle : c'est plus de deux fois plus
vite que sur l'ensemble de la planète. Et selon les nouveaux
scénarios de la Confédération elle-même, ça ne va pas s'arranger
: si le monde devrait atteindre les 3° de réchauffement global
d'ici la fin du siècle, la Suisse, elle, aura alors atteint les
4,9° de réchauffement. Les conséquences, on les connaît
puisqu'on connaît celles du réchauffement déjà mesuré : pics de
chaleur plus extrêmes, 48 nuits tropicales par an à Genève (on
en est à douze), des sécheresses estivales 44 % plus intenses
qu'actuellement, des risques accrus d'incendies de forêts, des
précipitations plus fréquentes et plus intenses, une diminution
considérable de l'enneigement, la fonte des glaciers, et on en
passe et pas des meilleures.
La protection du climat n'est pas une tâche individuelle, mais un enjeu collectif. Et relever cet enjeu nécessite des ressources supplémentaires à celles que la Suisse lui consacre actuellement (deux milliards par an, plus 600 millions pour la biodiversité), alimentées essentiellement par la taxe sur le CO2.
Et puis investir massivement dans des infrastructures qui aujourd'hui sont constitutives d'une alternative à l'économie carbonée, la Suisse a su le faire -l'a-t-elle oublié ? Elle a investi dans la construction de barrages, elle a consacré 1,5 % de son PIB à Rail2000... Le GIEC estime qu'il faudrait consacrer entre 2 et 4 % du PIB mondial pour atteindre l'objectif d'émissions CO2 neutres en 2050... Le fonds proposé par la gauche (et soutenu par les Verts libéraux et les Evangéliques) reste en deçà de cette proportion...
L'intitulé complet de l'initiative était "pour une politique énergétique et climatique équitable : investir dans la prospérité, le travail et l'environnement". Le fonds climat qu'elle propose pour mettre en oeuvre ce vaste programme n'y suffira pas. Mais le soutenir suffira au moins à dire clairement que des choix politiques à prétextes budgétaires réduisant les soutiens au développement des transports publics, pour ne prendre que cet exemple, répondent aux enjeux du moment comme le soutien aux diligences répondait aux enjeux du temps du développement du réseau ferroviaire.



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