Le canton de Vaud et la Ville de Genève ont un budget, le canton de Genève n'en a pas. Et alors ?
Un déficit, une dette, c'est grave, docteur ?
On a beaucoup parlé de budgets, de déficits, de finances publiques, en décembre. Forcément, c'est le mois des séances parlementaires fédérales, cantonales, municipales, consacrées aux budgets. Et donc, après des années de baisses d'impôts, de déficits. Et donc, quand on consent à faire de ces débats des débats de fonds et pas les réduire à des disputes de comptables, de finances publiques. A quoi servent les moyens dont disposent les collectivités publiques ? A quoi servent les impôts, qui les paie ? Un déficit, une dette, c'est grave, docteur ? Non, ce sont des moyens de paiement. S'ils paient des politiques sociales, ils se justifient. Pas s'ils paient des F-35
De l'art de vider les caisses publiques pour réduire les dépenses sociales
Dans le canton de Vaud, le Conseil d'Etat ayant retourné les manches de sa veste (mais pas la veste elle-même) en retirant deux de ses propositions les plus inacceptables pour la fonction publique, la ponction de ses salaires et la suppression des décharges d'enseignement en fin de carrière, a réussi à faire voter par la droite un projet amendé, avec un déficit qui passe de 331 à 297 millions, mais n'a pas réellement remis en cause : les "économies" de 25 millions qu'auraient permises les mesures abandonnées et qui seront faites ailleurs, l'indexation des salaires de la fonction publique reste partielle comme la revalorisation des salaires de la fonction parapublique, l'Université doit toujours subir une coupe de 20 millions, comme l'établissement d'accueil des migrants... La mobilisation de la fonction publique et de ses syndicats a contraint le gouvernement à reculer (un peu), mais pas à changer de politique. (il veut toujours faire des "économies dans les ressources humaines"...) et moins encore à admettre que c'est précisément cette politique, celle des cadeaux fiscaux, qui produit des déficits dont le patronat, les majorités parlementaires et gouvernementales de droite vont ensuite se servir pour justifier les coupes budgétaires: dans le canton de Vaud, les baisses d'impôts ont privé en cinq ans l'Etat de 780 millions de recettes -deux fois et demi le déficit du budget 2026... Il a même profité de son propre recul pour déclarer que les conditions légales pour qu'une grève de la fonction publique se poursuive ne sont plus remplies.
A Genève, en revanche, le projet de budget du Conseil d'Etat a été refusé par la droite et donc, puisqu'elle y est majoritaire, par le Grand Conseil. La République est ainsi entrée en l'an de Grâce 2026 sans budget , sinon celui de 2025 découpé en tranches mensuelles, au moins jusqu'au mois de mars, lorsque le Conseil d'Etat devra présenter un nouveau projet, lequel, a averti la ministre PLR des Finances, Nathalie Fontanet, pourrait bien ressembler comme un frère à celui qui a été refusé en décembre. Et être refusé à nouveau. Genève passerait donc 2026 sans budget 2026. Et alors ? La République n'en mourra pas. Ni d'ailleurs la commune qui, elle, aura un budget : la gauche, avec l'apport du MCG, a réussi à l'imposer à la droite, après que l'Exécutif municipal (de gauche) ait modifié son projet initial pour rétablir des lignes de dépenses et des droits salariaux du personnel dont il s'était résigné à proposer la suppression. Deux menaces, cependant, pèse toujours, face auxquelles la commune n'a pas plus d'armes que le Groenland face à Trump : l'obligation imposée par le canton d'un "retour à l'équilibre", et la tentation, toujours du canton, de transférer des charges aux communes. Sans leur transférer les compétences qui vont avec, bien entendu.
A Genève comme dans le canton de Vaud, le gouvernement et la droite sont pris à un piège qu'ils ont eux-mêmes tendu : la baisse des impôts. L'un et l'autre avaient averti qu'elle n'aurait aucun effet négatif sur les prestations. Or le budget vaudois contient toujours des coupes dans la santé, les hautes écoles, l’accueil de jour... "Quand on parle de couper dans les budgets, c'est juste une expression", tente de rassurer (dans "Le Matin Dimanche" du 14 décembre) le professeur de finances publiques Nils Soguel... Ah bon ? Et si on coupait dans son salaire de professeur de finances publiques, il trouverait toujours que "c'est juste une expression" ? Il est vrai qu'il ajoute qu'"en fait, on ne coupe pratiquement jamais. On baisse le taux de croissance des dépenses d'une année à l'autre". Et il résume : "Le principe de base en gestion publique (est que) quand on offre des prestations, on doit en couvrir globalement le coût". Eh oui : c'est précisément à cela que sert l'impôt. Ou, à défaut, le déficit et la dette.
Couper dans les dépenses n'a jamais, nulle part, amélioré la situation économique en général -et évidemment moins encore celle de la population la moins aisée. En fait, les politiques d'austérité détériorent la situation : réduire les salaires de la fonction publique, les aides sociales, les retraites, les subventions, les engagements de personnel, c'est non seulement réduire la capacité réelle du secteur public de faire son travail, mais c'est aussi réduire les possibilités de consommation et les revenus imposables de la plupart des gens. Et donc, réduire la masse fiscale directe et indirecte. Lorsqu'en 2024 à Genève le Conseil d'Etat, le patronat et les partis de droite plaidaient pour l'acceptation populaire d'une nouvelle baisse fiscale, c'était en assurant qu'elle entraînerait aucune baisse des prestations publiques, ni des conditions de travail et de rémunération de la fonction publique, et même pas une baisse des ressources fiscales du canton et des commues. On mesure aujourd'hui la crédibilité de ce discours. : déficit de centaines de millions de francs, pertes fiscales de même poids... et donc, logiquement (si on reste dans la logique gouvernementale, patronale et bourgeoise) s'abattent (ou menacent) plans d'économies, suspensions des mécanismes salariaux de la fonction publique, réductions de subventions et de prestations sociales (ou, ce qui revient au même, blocage de leur croissance alors que leur besoin augmente) report de charges sur les communes,. Ce n'est après tout que le contenu même de ce qu'Aniko Fehr désigne, en analysant la politique fiscale de la Confédération, comme étant "l'art de vider les caisses" publiques, pour justifier des réductions de dépenses -même (ou surtout ?) des plus indispensables : les dépenses sociales, dans lesquelles le député PLR genevois Yvan Zweifel assume vouloir couper. Des dépenses en hausse puisque la précarité, elle aussi, est en hausse. Et qu'il est évidemment plus facile de s'attaquer à l'aide sociale, aux subsides d'assurance-maladie ou aux allocations sous condition de ressource qu'à la Confédération, qui impose une hausse continue de la contribution genevoise à la péréquation fiscale intercantonale...
Et puis, de toutes façon, soyons sérieux : l'important n'est-il pas que les impôts des plus fortunés soient en baisse, eux ?



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