Les salariés de la fonction publique, complices de la spéculation foncière
Les marionnettistes et les marionnettes
L'ensemble de la classe politique genevoise a condamné (avec toutefois de fortes nuances) les résiliations de bail prononcées par la régie Naef, agissant au nom de la caisse de retraite de la fonction publique bâloise, propriétaire des immeubles, à l'encontre des locataires des 35-43 Bd Carl-Vogt. Mais à droite, c'est seulement la méthode, pour ne pas dire la franchise ou le cynisme, utilisée pour vider les immeubles, que l'on condamne, pas le droit du bailleur de le faire. Et encore moins celui du propriétaire de tout faire pour rentabiliser son investissement (l'achat des immeubles). Il faut dire que transformer tous les salariés de la fonction publique d'un canton (tous cotisants à la caisse de retraite publique, celle de Bâle en l'occurrence) dans les instances de laquelle siègent sans doute des représentants du personnel et des syndicats, en marionnettes de la spéculation foncière et de l'expulsion des locataires, grâce au système du "deuxième pilier", c'est un coup assez fumant des marionnettistes du capitalisme foncier, et du nouveau management public blairiste. Auquel les locataires du Bd Carl-Vogt sont prêts à résister, avec le soutien de l'Asloca, en usant de tous les moyens légaux à disposition. A commencer par une contestation de la résiliation de leur bail et de la saisie de la Commission de conciliation. Mais ne suffit pas d'exiger leur relogement ailleurs : il faut exiger leur retour dans leurs appartements après la fin des travaux, avec un nouveau bail ne faisant pas exploser leur loyer.
C'est bien beau de poser le logement comme un droit : encore faut-il le défendre concrètement
Le Conseil administratif de la Ville de Genève a rappelé que dans le quartier de Plainpalais-Jonction, c'est-à-dire le quartier des immeubles du 35 au 43 Bd Carl-Vogt dont les locataires ont vu leur bail résilié part leur régie (Naef), le taux de vacance des logements était l'année dernière de 0,34 %. Autrement dit, il n'y a qu'un appartement vacant sur 300. La Municipalité rappelle au propriétaire des lieux, la Caisse de retraite de la fonction publique bâloise, qu'on peut rénover un logement en profondeur sans déloger les habitants, et que la Ville de Genève l'a fait (par exemple aux Minoteries), et entend continuer à le faire (par exemple à Cité-Jonction). Les travaux que veut engager le propriétaire pourraient donc parfaitement se faire sans expulser les locataires, en les relogeant temporairement dans leur quartier et en leur rendant leur logement initial après les travaux, mais c'est plus long, et sans doute plus cher. Et ça n'intéresse sans doute ni la caisse de pension propriétaire, ni sa régie. Ni, d'ailleurs, les propriétaires et les régisseurs locaux, quand ils ne sont pas une collectivité publique (comme la Ville de Genève), et une régie publique (comme la Gérance immobilière municipale). L'Avivo note que les locataires les plus âgés sont particulièrement menacés, parce que leurs baux sont plus anciens et comportent des loyers plus bas que ceux que veulent imposer propriétaires et régisseurs. Et l'Asloca note que l'opération du Bd Carl-Vogt se fait alors que le Conseiller d'Etat à la tête du département du territoire vient de changer. La régie sait ce qu'elle fait: l'occasion, ici, fait le larron -on vous laisse trouver dans un bon dictionnaire la signification du mot "larron" : il nous vient du français du XIIe siècle, et de toute évidence s'impose en dialecte genevois du XXIe... La régie a "laissé des commerçants investir des milliers de francs dans des affaires alors qu'elle savait qu'elle allait (les) chasser", dénonce une locataire...
Une initiative de l'Asloca a abouti, s'inscrivant dans une volonté de lutter contre la pratique d'investisseurs privés consistant à acquérir très cher des immeubles de logements (128,5 millions pour ceux du Bd Carl-Vogt) pour les louer très cher, à de nouveaux locataires capables de payer des loyers excessifs après que les anciens locataires aient été chassés au prétexte de travaux. L'Initiative veut permettre au canton et aux communes d'acheter des immeubles d'habitation en étendant le droit de préemption aux immeubles déjà bâtis, afin de freiner les opérations immobilières spéculatives, comme les acquisitions d’immeubles par des banques ou des acteurs institutionnels (assurances, fonds de pension) disposant de ressources suffisantes pour les acquérir à des prix surfaits sans avoir recours à des emprunts, pour ensuite les rentabiliser par des loyers tout aussi surfaits (ce que la loi autorise puisqu'elle autorise à fixer des loyers en fonction de l'investissement), quitte à résilier les baux des locataires en place. Pour ces acheteurs, les logements ne sont que des actifs à rentabiliser le plus rapidement et le plus fortement possible. Et les locataires ne sont que des gêneurs. Le procédé utilisé par ces propriétaires (et leurs régies) ne créée aucun logement supplémentaire. L'Asloca propose donc, à la fois pour freiner la spéculation et créer des logements à loyers abordables, de donner aux collectivités publiques un droit d'achat prioritaire d'un immeuble de logements, à un prix accepté et pouvant être révisé par elles. Ce droit ne pourrait s'exercer que pour offrir ensuite à la location des logements d'utilité publique (LUP), à loyers contrôlés, qui ne représentent que 12 % du parc immobilier genevois alors que loi fixe un objectif de 20 %. En cas de refus du propriétaire de lui vendre son bien, la collectivité pourrait alors entamer une procédure d'expropriation. Les locataires en place au moment de l'achat ou de l'expropriation pourraient continuer de rester en place. Bref, ce que propose l'Asloca, et pour laquelle, lorsqu'elle sera soumis au vote, il s'agira de voter massivement, c'est une mesure permettant d'éviter durablement des opérations du genre de celle mise en oeuvre au Bd Carl-Vogt, par une caisse de retraite du personnel d'une fonction publique cantonale, et une régie
Il est vrai qu'il n'y a à l'intégration des caisses de retraite (et donc, objectivement, de leurs salariés cotisants et de leurs rentiers) dans un processus de rentabilisation d'un patrimoine immobilier qu'une alternative une seule : la propriété et la gérance directes par la collectivité publique d'un patrimoine immobilier loué... et comme moyen, l'usage systématique, chaque fois que c'est possible, du droit de préemption.
Parce que c'est bien beau, et décoratif, de poser le "droit en logement" dans une constitution : encore faut-il le défendre concrètement, face à des forces, des entreprises, des acteurs "institutionnels", qui s'en soucient encore moins que nous du droit de propriété foncière.



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