Make China Great Again !
Merci, président Trump...
On savourera comme elle le mérite, et avec la grimace qu'elle suscite, l'ironie d'une situation où c'est le président de la République populaire de Chine et du Parti communiste chinois, Xi Jinping, qui plaide pour un "monde multipolaire égalitaire et ordonné" et le président des Etats-Unis d'Amérique qui lui en donne l'occasion, et même une sorte de légitimité. Et le vice-premier ministre chinois, He Lifeng, d'ajouter qu'"un petit nombre de pays privilégiés ne devraient pas bénéficier d'avantages fondés sur leurs seuls intérêts et le monde ne peut pas revenir à la loi de la jungle où les forts s'en prennent aux faibles"... mais d'entre les "forts", n'y a-t-il pas désormais la Chine elle-même ? Et grâce à qui, ce "Make China Great Again", sinon à celui, qui croit pouvoir jouer au Go ou au Mahjong comme on joue au poker menteur ?
"Attendez tout du temps et des circonstances, soyez inébranlables dans le lieu où vous êtes"
Alors qu’il voulait freiner l’influence de Pékin, Donald Trump la renforce. Les secousses provoquées par sa stratégie, ses actes et ses discours , en affaiblissant l’ordre international hérité de la fin de la Guerre Mondiale en passant par la Guerre froide, offrent à la Chine la possibilité de s’imposer comme un acteur central, de se réaffirmer comme l'Empire du Milieu, entre les faiblesses européennes et les foucades américaines. Et une occasion, aussi, d'occuper les espaces, les institutions... et les marchés abandonnés par des Etats-Unis. gouvernés par une administration qui, partout, met le cap sur l'état du monde d'il y a un siècle : prurit annexionniste (par la force ou en payant), abandon des énergies renouvelables et retour au pétrole, abandon du droit international (même le moins contraignant), fermeture à l'immigration, retrait de dizaines d'organisations internationales gouvernementales, d'agences de l'ONU, de traités internationaux, et jusqu'à la caricature qu'offre la création d'un "Conseil de la Paix" en forme de coupole mafieuse, avec Trump en capo di tutti i capi... tout concourt à marginaliser l'empire qu'on voulait "great again".
"Make China Great Again" : La Chine se propose comme Etat hôte du secrétariat du Traité de l'ONU sur la haute mer, qui vient d'entrer en vigueur. Elle domine outrageusement la production des équipements producteurs d'énergies renouvelables,10 % de l'électricité qu'elle consomme est déjà d'origine éolienne, et 40 % de l'électricité produite par l'éolien est d'origine chinoise, elle domine les marchés des biens de consommation courante et celui des véhicules électriques), et a mis le pied dans l'IA avec un modèle gratuit, libre de droit et créé en quelques mois. Elle a ses faiblesses, notamment démographiques, mais elle a une force avec laquelle les USA et leur président ne peuvent rivaliser -on doute même qu'ils soient capables de la concevoir : le temps long. Le sens de l'histoire.
La Chine a mis une génération pour devenir la deuxième puissance mondiale. Elle a le temps. Elle l'a derrière elle, en millénaires, et le prend devant elle. Son temps est long : quand Trump fait des coups à 24 heures, elle fait des plans à dix ans. Quand il se donne pour échéance celle de son mandat, dans trois ans, elle se donne pour échéance, le centenaire de la fondation de la République populaire, dans 23 ans. Elle se pose comme prévisible, rationnelle, responsable, sûre d'elle-même. Et dominatrice ? Pas ouvertement, ce qui lui permet d'appeler au "respect de la souveraineté, de l'indépendance et de l'intégrité des Etats", au "non recours à la force ou à la menace de la force dans les relations internationales" tout en faisant peser sur Taïwan la menace de la réintégrer de force dans son giron, sans avoir même besoin de rappeler qu'en droit international, depuis le XIXe siècle, Taïwan est effectivement partie intégrante de la Chine, et que quand Tchang Kaï-chek et son Kuomintang, chassés du continent par Mao et les communistes, ont débarqué dans ce qu'on appelait à l'époque Formose, c'est en proclamant qu'ils étaient toujours la Chine, en Chine. Ne l'ont-ils pas représentée à l'ONU et à son Conseil de Sécurité de l'ONU pendant un quart de siècle ? De toute façon, qui pense à Taïwan, à part Taïwan, le Japon et la Corée du Sud, quand Trump sature l'espace médiatique de ses obsessions groenlandaise, canadienne, panaméenne? Même les USA se refusent à soutenir une "indépendance" de Taïwan à qui pourtant elle fournit des armes...
"Attendez tout du temps et des circonstances, soyez inébranlables dans le lieu où vous êtes", recommandait Sun Tzu. La Chine peut attendre, elle n'a même rien à faire d'autre qu'attendre que Trump se soit rendu si insupportable à ses propres alliés, y compris à une part de ses soutiens aux Etats-Unis, qu'ils se tourneront vers elle, comme vient de le faire le Premier ministre canadien, pour avoir au moins un partenaire dont on peut présumer qu'il accorde quelque valeur et poids à sa propre signature au bas d'un accord. Même si ce partenaire reste, aussi, un concurrent, et sur bien des points un adversaire. Mais quand on ne peut plus compter sur son allié, pourquoi ne pas discuter avec un adversaire qui, du coup, cesse d'être un ennemi ?
Les Chinois ont inventé les armes à feu -les Etats Unis s'en servent pour se tirer des boulets dans le pied.



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