Dis, Tonton, y'a quoi en dessous du minimum ? Tais toi, et creuse !

L'augmentation du coût de la vie et la crise du logement rendent de plus en plus précaire la situation des étudiant.e.s qui n'ont pas le privilège d'avoir des parents friqués, et les contraignent à trouver soit un travail à temps et à salaire très partiels pendant toute l'année, soit à consacrer tout ou partie de leurs vacances à un travail leur permettant d'obtenir un salaire qui couvrira pour un temps leurs dépenses après la rentrée, ou les dettes accumulées avant les vacances. De cette réalité, la droite genevoise n'a cure : elle a adopté un projet de loi autorisant les employeurs d'étudiants (sans limite d'âge ni examen des situations) à les payer 25 % en dessous du salaire minimum, qu'ils et elles soient inexpérimenté.e.s ou expérimenté.e.s, pour la seule raison qu'ils et elles sont en formation et travaillent pendant leurs vacances (et pas seulement celles d'été), jusqu'à 60 jours par an. Pourquoi cette descente salariale en-dessous du minimum salarial légal ? Parce que la droite genevoise n'a toujours pas digéré le soutien majoritaire, le 1er novembre 2020, des citoyennes et des citoyens à l'instauration d'un salaire minimum légal, demandé par une initiative syndicale, soutenue par la gauche et de nombreuses organisations sociales, malgré le constat des effets positifs de cette instauration -alors que patronat et partis de droite lui prédisait un effet calamiteux.


L'objectif du salaire minimum légal était de lutter contre les plus bas salaires. L'objectif du patronat reste de les laisser prospérer. 

Le 29 janvier dernier, le Département genevois de l'Economie et de l'Emploi a rendu compte du quatrième rapport d'étude que l'Université et le Haute école de gestion ont produit sur les effets de l'introduction à Genève d'un salaire minimum légal. Constat : contrairement à ce que tocsinnaient droite et patronat, cette introduction n'a pas eu d'effet sur le chômage, sauf à avoir eu des effets positifs pour l'emploi des femmes, et un peu défavorables pour les jeunes sans formation. Le salaire minimum n'avait cependant pas été proposé comme une contre-mesure au chômage, mais comme une mesure de lutte contre les bas salaires. Et cet objectif a été atteint : le salaire minimum légal a tiré vers le haut les bas salaires. 

Le seul point noir (ou gris foncé), c'est que le respect du minimum salarial n'est toujours pas absolu. Il a certes progressé, mais un an après son introduction, 4 % des rémunérations du secteur privé restaient inférieures au minimum légal (contre 7,4 % un an auparavant). Cet irrespect de la loi restait plus fréquent s'agissant du salaire des femmes que de celui des hommes (il est passé de 10,7 à 5,3 % pour les femmes, de 5 à 3 % pour les hommes) et pour les personnes sans formation postobligatoire que pour les personnes en disposant et pour les personnes vouées à des tâche physiques et manuelles. Dans tous les secteurs à risque de bas salaire, ceux-ci reculent, souvent fortement (dans le bâtiment et l'aménagement paysagé, par exemple), sauf dans l'hôtellerie-restauration. Mais là où les conventions collectives prévoient des salaires minimaux plus bas que le salaire minimum légal, celui-ci semble moins respecté que là où tel n'est pas le cas. Or c'est précisément le but d'une motion Ettlin adoptée par le parlement fédéral, que de faire primer les minimaux conventionnels conventions collectives sur les minimaux légaux...

Et puis, il y a, à Genève, ce nouvel épisode de la résistance du patronat et de la droite à respecter la loi telle qu'elle est, et à y ouvrir une brèche : l'autorisation donnée de ne payer les étudiants et les étudiantes travaillant pendant leurs vacances 25 % en dessous du minimum légal. Or les victimes désignées de ce dumping salarial autorisé n'occupent pas des emplois où ils peuvent flâner, mais des emplois dans la vente, la restauration, les soins, le nettoyage, l'administration où ils travaillent vraiment, et pas pour payer leurs vacances puisque c'est précisément pendant les vacances qu'ils travaillent, ni pour s'offrir de petits cadeaux ou renouveler leur habillement ou leurs outils de communication, mais pour payer leur loyer ou leur assurance-maladie, à échéance ou en retard, et même leur nourriture à venir, dans une ville où tout cela augmente constamment. 

Le 8 mars, la question posées aux Genevois et Genevoises est: peut-on accepter l'idée que des personnes étiquetées a priori (et souvent faussement) comme "non-qualifiées" parce qu'elles font des études soient payées en dessous du salaire minimum légal que les Genevoises et Genevois ont instauré il y a bientôt cinq ans ? Cette brèche ouverte dans un dispositif qui connaît déjà des exceptions serait inévitablement suivie d'autres, d'autant qu'elle est déjà accompagnées d'autres du même genre, contre les aides sociales, contre les ressources affectées à la formation, sans parler des hausses de taxes diverses. 

L'objectif du salaire minimum légal était de lutter contre les plus bas salaires. Il a été presque atteint. L'objectif du patronat reste de les laisser prospérer. Ne le laissons pas être atteint. 

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