Le déficit, les comptes, les coupes : fable bûcheronne

 

Couper par réflexe

Comme d'habitude, les comptes publics, ceux de la Confédération comme ceux du canton de Genève (et bien d'autres cantons), démentent les prévisions sur lesquelles se sont construits les budgets, et qui justifiaient les plans d'économies proposés par le Conseil fédéral et la majorité du parlement fédéral, et à Genève le Conseil d'Etat et la majorité du parlement cantonal, et un peu partout la droite et le patronat. Les tenants de ces propositions ne les font pas pour satisfaire à une orthodoxie financière mais pour réaliser un programme politique. Parce qu'un budget, ce n'est pas un bilan, c'est un programme politique. On y coupe pour réaliser ce programme, pas pour faire des économies. Et on n'y coupe pas n'importe où, on y coupe dans ce qui déplaît : la politique sociale, la politique culturelle, les droits du personnel. Ni le déficit, ni la dette ne l'expliquent ni ne le justifient, pas plus que les besoins ne retiennent le bras des bûcherons -un bûcheron , ça coupe. Même pas par principe : par réflexe. 

"Ce sont encore une fois les plus fragiles qui sont touchés"

A Genève, le Conseil d'Etat -ou, plus précisément, sa majorité de droite puisque les trois conseiller.e.s d'Etat de gauche ont rendu publique leur opposition à ces propositions, a annoncé par voie de communiqué de presse, le 11 février, qu'il entendait s'attaquer aux subsides d'assurance-maladie et aux conditions de départ à la retraite du personnel de la fonction publique cantonale. S'agissant des subsides d'assurance-maladie, il s'agirait de supprimer leur indexation à l'augmentation des primes, pour économiser 14 millions en 2026. Autrement dit, proportionnellement aux primes, qui ne vont pas cesser d'augmenter, les subsides permettant de les payer se réduiront. 40 % des ménages genevois n'auront qu'à payer la différence à leur caisse-maladie : "on vient raboter une prestation qui est le seul moyen, au niveau cantonal, de soulager la hausse des primes", résume la Conseillère d'Etat socialiste, et donc minoritaire, Carole-Anne Kast. Deux semaines plus tôt, c'était le forfait d'intégration à l'aide sociale qui était réduit. Le lendemain de l'annonce par la droite de cette attaque à un élément important de la politique sociale, on apprenait que les comptes 2025 allaient se solder par un boni d'une cinquantaine de millions (trois plus que l'"économie" que le gouvernement veut réaliser en n'indexant plus les subsides pour les primes d'assurance-maladie) au lieu d'un déficit annoncé de 256 millions. Autrement dit, qu'il y a plus de 300 millions de plus que prévu dans les caisses de la République. Dont la majorité des gouvernants ne démordent pas pour autant de leur fétichisme sécatorial et de leurs pulsions amputatrices. 

Le PS a annoncé que si le Grand Conseil votait le projet de loi contenant les coupes proposées par la majorité du Conseil d'Etat, il lancera un référendum. Et il ne sera pas le seul : le directeur du Centre social protestant, Alain Bolle, résume l'enjeu : "Ce sont encore une fois les plus fragiles qui sont touchés". Et il faudra donc sans doute, encore une fois, en appeler au peuple pour qu'ils ne le soient pas. En lui posant la même question que pose Alain Bolle : "Comment croire des gens qui prennent la décision de couper dans les prestations alors même qu'ils savent que les résultats aux comptes seront bien meilleurs que prévu ?"... et qu'ils mitonnent un nouveau budget marqué au sceau d'"économies" alors même que les comptes 2025 qui auraient dû être déficitaires sont bénéficiaires...  

On se souvient qu'à chaque fois que la droite a proposé de faire un cadeau fiscal aux plus hauts revenus et aux plus grosses fortunes, elle assurait que ça ne remettrait absolument rien en cause des prestations à la population. On mesure aujourd'hui (mais il y faut un microscope) la crédibilité, voire la sincérité, de ces assurances.


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