Midterms : Elections, piège à Trump ?

En novembre prochain, les Etats-Unis devraient vivre les élections de mi-mandat au Congrès.  "Devraient", parce que l'envie de Trump de les reporter ou de les rendre impossible est manifeste, puisque les sondages suggèrent qu'il (c'est-à-dire son parti) pourrait les perdre en perdant sa majorité au Congrès. Et comme Trump ne conçoit pas qu'il puisse perdre, et que quand il perd, il dénonce une fraude électorale imaginaire qui l'aurait privé de sa victoire, il tente de se sortir du piège électoral, agit en sorte de délégitimer par avance les résultats s'ils lui sont défavorables et fait tout ce qu'il peut pour empêcher qu'ils le soient, par exemple en tentant de limiter la possibilité de voter par correspondance, ou d'obliger les électeurs et les électrices à se présenter au local de vote avec une pièce d'identité dans un pays où nul n'est tenu d'en avoir et où des Etats ne délivrent pas de cartes d'identité, ou en prévoyant de faire encercler les locaux de vote par la police migratoire (l'ICE) ou de faire administrer les élections par sa propre administration et non plus celle des Etats. Surtout dans ceux qu'il risque de perdre. "Les midterms seront, je crois, le point de bascule : toutes les personnes sensées espèrent que des élections régulières se tiendront, et que les électeurs américains vont reprendre leurs esprits. Mais je doute que Trump nous fasse ce cadeau", s'alarme l'écrivain Shalom Auslander.

"La démocratie ne tient que par le refus de la violence"... Vraiment ?

A l'opposition (ou plutôt LES oppositionS) à Trump, qui misent tout ou presque sur sa défaite aux élections de novembre, se pose cette question : que faire s'il ne perd pas ? S'il retrouve pour le reste de son mandat les moyens de faire ce qu'il veut avec un Congrès à sa botte ? C'est la question que pose, intelligemment, l'historien américain (réfugié en Espagne) Mark Bray dans "Le Courrier" de lundi (https://lecourrier.ch/2026/02/23/lantifascisme-est-toujours-venu-en-reaction-a-la-violence-fasciste/) : "Beaucoup de politiciens américains pensent toujours que la seule chose que nous puissions faire est d'essayer de gagner les élections. Mais si cela échoue, il n'est pas impossible que nous nous retrouvions dans une situation qui n'est pas très différente des années 1930", quand les grands partis antifascistes et antinazis (socialistes, communistes) refusaient non seulement de s'unir contre le fascisme, mais aussi de soutenir ceux (notamment les anarchistes) pour qui il n'est non seulement pas illégitime mais peut devenir nécessaire d'user de moyen autres qu'institutionnels et légaux pour répondre à une menace face à laquelle ces moyens sont devenus illusoires. 

Le sont-ils devenus aux USA ? C'est l'autre question qui se pose. Parce que les partis d'opposition, les syndicats, les grandes organisations sociales n'y sont certes pas interdits, mais que s'y développe une double politique de purification ethnique et culturelle qui, si elle n'a pas pris les formes paroxystiques que lui ont donnés les fascismes qui les ont inventées (ou réinventées, après leur invention en Espagne à la fin du XIVe et pendant tout le XVIe siècle, y ressemble tout de même par bien des aspects. Y compris l'usage de la violence - celle de bandes armées quand il s'agit de donner l'assaut au Capitole pour empêcher la ratification de l'élection de Joe Biden (et donc de la défaite de Trump). L'écrivain américain Shalom Auslander, dont une grande partie de la famille a été exterminée dans la Shoah, dit à la fois son incompréhension et son angoisse de ce ce qui s'est instauré dans son pays, lui qui, quand, enfant, il demandait comment les Allemands avaient pu laisser faire les nazis, s'entendait répondre : "c'est des Allemands, ils sont comme ça. Dieu merci, nous ne sommes pas comme eux. Nous sommes Américains". Mais qui ne sait plus s'il peut encore croire que les Américains d'aujourd'hui sont si différents des Allemands d'hier. Et ne sait plus ce que pensent ses concitoyens. Et se demande s'il n'est pas en train de vivre "le retour du fascisme", quand aux USA "si vous sortez protester, vous risquez de prendre une balle tirée par des forces de police et mourir".

Trump "cherche un prétexte pour annuler les prochaines élections", craint Shalom Auslander, qui ajoute : "Ni moi ni mes amis ne savons si nous devrions calmer nos angoisses, descendre dans la rue ou foncer vers l'aéroport le plus proche pour nous enfuir". 

"La démocratie ne tient que par le refus de la violence", a prêché Macron après la mort à Lyon du militant "identitaire" Quentin Deranque, sous les coups de militants antifascistes (ou autoproclamés comme tels). Sauf que la réalité historique n'est pas si irénique, quand la démocratie est face à des forces pour qui, comme le rappelle Mark Bray, "la violence n'est pas seulement un moyen d'atteindre une fin, c'est une valeur en soi".


Commentaires