Nouvelle offensive de la droite contre le salaire minimum légal à Genève
Sous le plancher, la cave
On avait failli l'oublier, et pourtant ce n'est pas un enjeu secondaire : à Genève, le 8 mars, le bon peuple est appelé à voter sur une proposition de la droite, entérinée par le parlement à majorité de droite et soutenue par le gouvernement de même majorité, d'ouvrir une brèche dans le salaire minimum légal en vigueur dans le canton depuis cinq ans, en permettant de ne rémunérer les "jobs" de vacances des étudiant.e.s qu'à 75 % du salaire minimum. Le salaire minimum genevois est déjà amendé de deux dérogations permanentes pour les secteurs de l'agriculture et de la floriculture et de dérogations possibles, mais pas systématiques, dans l'hôtellerie-restauration, la construction et certains emplois de courte durée, mais ça ne suffit pas à la droite genevoise, qui propose donc une troisième dérogation permanente, pour les "jobs" de vacances. Quel nom donner à un minimum en dessous du minimum ? Le salaire minimum est un socle, un plancher ? à droite, on veut en dessous lui aménager une cave.
Ne plus réserver l'application du salaire minimum qu'à ceux qui n'en ont pas besoin parce qu'ils ont déjà des salaires qui lui sont supérieurs ?
Le patronat et les partis de droite se sont opposés à l'instauration du salaire minimum dans tous les cantons où ils ont été instaurés, s'opposent à la proposition de l'instaurer dans les cantons où cette proposition est faite, et au niveau fédéral ont adopté aux Chambres une proposition, la motion Ettlin, à laquelle même le Conseil fédéral était opposé, et consistant à faire prévaloir les salaires minimaux prévus par les conventions collectives ayant force obligatoire sur les salaires minimaux légaux, même s'ils ont été instaurés en votation populaire. Parce que les salaires minimaux conventionnels ont, pour la droite et le patronat, ont deux avantages décisifs : d'abord ils sont plus bas (Le salaire minimum genevois se monte depuis le 1er janvier de cette année à 24,59 francs de l'heure soit, pour un temps de travail hebdomadaire de 40 heures, de 4'262 francs par mois), ensuite ils sont le fruit d'une négociation dans laquelle les patrons tiennent le couteau du salaire par le manche, pas d'un vote populaire qui ne peut être annulé que par un vote populaire contraire.
Payer les étudiant.e.s moins bien que ce qu'impose le salaire minimum pour des "jobs" de vacances où ils ne travaillent pas moins que des employés statutaires dont le salaire minimum est garanti à 100 %, c'est, en sus d'inciter au dumping salarial, d'abord une discrimination âgiste, au prétexte de "permettre aux jobs d'été d'exister à nouveau", comme s'ils avaient disparu. Or ils n'ont pas disparu : ce discours, tenu par exemple dans la "Tribune de Genève" de jeudi par la Conseillère d'Etat "centriste" Delphine Bachmann, ne repose que sur un sondage des syndicats patronaux auprès de quelques centaines de leurs propres membres, dont certains (60 % d'entre eux), et donc pas tous, ont déclaré avoir renoncé à proposer des "jobs d'été" parce qu'il leur fallait les payer correctement. Un peu léger pour affirmer que payer ces "jobs d'été" en-dessous du salaire minimum va les ressusciter -alors même qu'ils ne sont pas morts. En outre, toutes les prédictions calamiteuses faites par la droite et le patronat sur les conséquences de l'introduction du salaire minimum légal se sont révélées fausses -et a l'inverse, il a entraîné une hausse "significative" (de 15 à 20 %) des bas salaires, des salaires des femmes et de ceux des jeunes de moins de 25 ans.
Autoriser en dessous du salaire minimum légal de payer des étudiants travaillant contre salaire pendant leurs vacances, c'est surtout un épisode supplémentaire de la contre-offensive de la droite et du patronat contre l'instauration d'un "plancher" salarial dont ils n'ont jamais voulu, qu'ils ont tout fait pour empêcher l'adoption, continuent de tout faire pour l'empêcher là où il n'a pas encore été instauré, et l'affaiblir là où il l'a été.
Les "jobs" de vacances que la droite propose de payer en-dessous du salaire minimum légal, elle les définit comme des "activités professionnelles occasionnelles", et sa proposition de contournement du salaire minimum elle la présente comme "un ajustement pragmatique pour une certaine catégorie de travail bien précis". On attend avec une impatiente fébrile les "ajustements pragmatiques" à la baisse d'un quart des loyers et des cotisations d'assurance-maladie des étudiants payés 25 % de moins pour leur boulot estival.
De l'utilité des périphrases : d'autres "ajustements pragmatiques pour une certaine catégorie de travail bien précis" et de travailleurs et de travailleuses tout aussi "bien précis" sont-ils en train de mitonner dans les chaudrons patronaux ? Pour les plus de 50 ans, les femmes, les immigrants, les frontaliers, les célibataires ? Et ne plus réserver l'application du salaire minimum qu'à ceux qui n'en ont pas besoin parce qu'ils ont déjà des salaires qui lui sont supérieurs ?



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