Projet de création en Suisse d'un "fonds climat" : Comme une petite porte pour sortir d'une impasse
Le climat se réchauffe, les glaciers et les calottes polaires fondent, la biodiversité s'effondre, la désertification avance, l'agriculture intensive ravage les sols, les ressources naturelles s'épuisent... on en aura certainement fini avec la croyance qu'une croissance infinie est possible dans un monde fini avant d'en avoir fini avec ses conséquences. Il faudrait trois planètes Terre si tous les habitants de la seule qui existe vivaient comme ceux de la Suisse (où chaque habitant consomme en moyenne 2,8 fois de services et de ressources environnementales que ceux et celles qui y sont disponibles par habitant). Si on prend en compte l'ensemble de la population mondiale, de la plus pauvre (et la moins consommatrices de ressources naturelles) à la plus riche (et la plus gaspilleuse de ces ressources), on consomme déjà au moins 1,75 fois les ressources de la planète... Alors, si on peut faire un peu de tout ce qu'on devrait faire pour sortir de cette impasse, faisons-le. Par exemple, en nous dotant d'un "fonds climat" pour ouvrir une petite porte...
Le moindre des outils dont on peut se doter pour aller ailleurs que dans un mur
Par quoi se manifesterait l'effondrement de la civilisation thermo-industrielle que nous annoncent les "collapsologues" ? par la fin de la fourniture à un coût supportable des besoins de base (eau, alimentation, logement, énergie) à la majorité de la population. Mais cette effondrement ne frappera pas d'un coup toutes les régions du monde, et toute la population humaine, en même temps, et de la même manière. Il se produira par effondrements successifs. Il a déjà débuté dans certaines zones, il frappe déjà des populations entières -mais pas encore nous. Pas encore. Mais s'il ne frappe pas encore partout, tout le monde, il illustre déjà l'impréparation de notre monde à l'affronter -et ses réticences même à le penser. Et même quand on l'a pensé, on n'en a pas pour autant tiré les conséquences : la conscience de l'urgence climatique ne conduit donc pas forcément à modifier ni les comportements individuels de consommation et de mobilité, ni les politiques qui, au moins les permettent, et souvent les favorisent et les encouragent. et on continue de sous-estimer l'impact global des actions individuelles dommageables à l'environnement : un seul voyage en avion peut annuler l'effet de toutes les économies d'eau, de carburant, de chauffage, d'électricité de déplacement en voiture individuelle, qu'on aurait pratiquées par ailleurs.
C'est à un choix de société que nous sommes conviés (reste à savoir si nous y sommes prêts...) : abandonner le dogme de la croissance, partager le travail et en réduire le temps, créer des emplois liés aux transitions écologique et sociales, aménager la "ville du quart d'heure". L'instauration d'un "fonds climat" n'y suffira évidemment pas, mais elle y concourrait. Il ne vise pas à la décroissance, mais au "développement durable", dont on a par ailleurs dit, et dont on continue de penser, suffisamment de mal pour écrire ici qu'il est bien moindre que la course aveugle au collaps. Le "développement durable" se fonde tout de même sur quelques solides évidences. D'abord celle-ci : la croissance économique a permis à une partie de l'humanité (une partie seulement, certes) de sortir de la misère, et d'avoir de quoi se nourrir demain. Elle a permis à des centaines de millions de personnes d'être, dans une partie du monde, logées, nourries, soignées, formées, informées comme jamais. Dans la partie du monde dont la majorité de la population n'a pas encore été gratifiée de cette évolution, ces droits et ces situations qui sont notre quotidiens sont des revendications aussi légitimes qu'elles furent "chez nous" -or c'est bien de la croissance économique, et du partage de ses fruits, que ces populations attendent la concrétisation de ces droits fondamentaux -pas de la "décroissance"...
Le "développement durable" projette un changement des politiques économiques, énergétiques, environnementales, et de leurs critères de mesure et de légitimité, il n'en propose pas la rupture. Or la "décroissance", elle, est un projet de rupture. On n'en est pas là avec un "fonds climat" qui est bien le moindre des outils dont on peut se doter pour aller ailleurs que dans un mur.



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