Publication (caviardée) des "dossiers Epstein" : Qui n'y est pas ne vaut rien
Trois millions de courriels (sur six millions) issus des "dossiers Epstein" ont été publiés. En vrac et caviardés. Pour noyer la tanche dans la vase. Rien de mieux pour nourrir le soupçon, renforcer le "tous pourris". "Tous pourris" vraiment ? A force de lire les noms de toutes celles et tous ceux que les fichiers Epstein évoquent (pour tout et rien, d'ailleurs, du recrutement d'adolescentes pour des partouzes à la demande d'une bagnole pour se rendre à une réception mondaine), on n'est même pas soulagé de n'y pas être (pourquoi y serait-on, d'ailleurs ? on n'est ni riche, ni puissant, ni célèbre, ni influent au-delà d'un cercle aussi restreint que celui d'une conspiration blanquiste, et on n'a même aucune obsession sexuelle, mais on est frustré ne ne rien valoir qui pourrait justifier qu'on y soit. Car qui n'y est pas ne vaut rien. Alors pourquoi on n'y est pas, dans les Epstein papers ? On ne vaut quand même pas moins que Nadine de Rothschild ou Morgan McSweenay... si ?
Le Grand Monde, le demi-monde et le monde d'en-bas
La publication de millions de documents du "dossier Epstein" a fait apparaître une foule de noms illustres ou obscurs, et d'entre eux, ceux de personnages du gratin mondain, politique, médiatique, sportif, culturel, économique, diplomatique. Les noms tombent les uns après les autres, et presque tous ceux et toutes celles qui sont cités se défendent d'avoir su à qui ils avaient affaire avec Epstein, un homme si sympathique, si serviable, si cultivé, avec autant de relations prestigieuses... dont les affidés d'hier proclament aujourd'hui haut et fort que s'ils et elles avaient su qui il était vraiment, jamais elles et ils ne seraient risqués à frayer avec un tel personnage, si proche du Kremlin et si éloigné de ce qu'ils et elles sont, de leurs convictions, de leurs engagements, de leurs principes. Tout au plus admettent-ils et elles avoir été naïfs. Naïfs et naïves, donc, le chef de cabinet du Premier ministre britannique, l'éminence grise de son illustre prédécesseur Tony Blair, l'ambassadeur de Grande-Bretagne aux USA, Jack Lang, la princesse héritière de Norvège, le fils du roi d'Angleterre, la banquière de Rotschild. Et Trump. Encore un pas, et elles et ils se présenteront comme des victimes.
Pourquoi tant de notabilités se sont-elles compromises auprès d'un proxénète comme Epstein ? Parce qu'elles font partie du même monde que lui. Pas d'un monde de satanistes pédophiles cannibales : du Grand Monde (ou du demi-monde du Grand Monde). Le monde d'en haut qui viole le monde d'en-bas (le réseau Epstein a fait un millier de victimes). Ce n'est pas du complotisme que le dire ou l'écrire, c'est de la sociologie.
Quoi de neuf ? Rien. La connivence entre des puissants, des riches, des influents, des célèbres ? Relisez les historiens grecs et latins de l'Antiquité. Et complétez-les avec Bourdieu : vous comprendrez alors, si vous ne l'avez pas déjà compris, que ce clanisme est structurel. Que c'est moins une histoire de cul qu'une histoire de pouvoir. Partenariats financiers louches, ou franchement illégaux, connivences carriéristes, petites manipulation politiciennes, c'est le quotidien de cette faune. L'exploitation sexuelle de très jeunes filles pauvres, aussi. Tout se mélange, mais dans une marmite qui s'appelle le pouvoir. Pas le pouvoir fantasmatique qu'évoquent (ou invoquent) les complotistes : le pouvoir réel. Le pouvoir économique, le pouvoir politique, le pouvoir social, le pouvoir culturel, le pouvoir sexuel. Et toutes les relations entre ceux et celles et ceux qui les détiennent et qui leur permettent de déterminer les conduites de qui ne détient de pouvoir que sur soi-même -et encore : : les filles victimes d'Epstein et de ses commensaux, de ce seul pouvoir qu'elles pouvaient avoir, il les en ont privées.



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