Brèves de comptoir
Les milieux du cinéma et de l'au-diovisuel suisse appelaient à refuser l'initiative «200 francs ça suffit». Parce que, précisément, 200 francs de redevance, ça ne suffira pas à maintenir le soutien apporté par la SSR à la production cinéma-tographique et audiovisuelle. La SSR y investit actuellement chaque année 32 millions et demi : c'est un tiers du financement de l'audio-visuel, et toutes les séries produites en Suisse en dépendent. Comme l'agriculture, les transports collectifs et les universités dépendent du subventionnement public. Sauf que le cinéma et la télévision, c'est de la culture. Et que le soutien public à la culture, il y a toujours eu une part du milieu politique, et du peuple, qui n'en voit pas l’utilité, ou le dénoncent parce que ce qui est soutenu ne lui plaît pas. Ou que la culture, il s'en foutent.
Selon les sondages d'après vote, la seule formation politique nationale dont l'électorat a majoritairement soutenu l'initiative est l'UDC (77% de soutien (ce qui signifie tout de même que plus d'un.e udéciste sur cinq a voté contre l'initiative). L’électorat de tous les autres partis politiques nationaux a majoritai-rement repoussé l'initiative, mais avec tout de même plus du tiers de celui du PLR et un quart de celui du PDC qui l'a soutenue, alors que l'électorat de gauche l'a massive-ment repoussée (à 86% au PS, à 89% chez les Verts). En outre, l'initiative a été plus soutenue dans les campagnes (à 41 %) que dans les villes (à 36 %), plus soutenue dans l'électorat à bas revenu (moins de 7000 francs/mois) que dans les électorats à plus haut revenu, et a presque été acceptée au Tessin, alors que la RTSI était de toutes les radio-télés de la SSR, et la population italophone du pays, celles qui avait le plus à perdre à un affaiblissement de la SSR. On s'en voudrait d'en déduire que l'anti SSR-type est un pauvre homme de la Verzasca, mais ça nous démange... Ils reçoivent la radio et la télé, à Sonogno ?
Donc, on a sauvé notre monnaie sonnante et froissable, nos francs suisses en pièces et en billets, notre pièce de monnaie la plus ancienne au monde (celle de dix centimes), notre billet à la plus haute valeur au monde (celui de mille balles), et nos billets sacrés les plus beaux au monde. On est bien contents. Mais on nous annonce déjà l'arrivée possible d'un franc numérique, un bitcoin helvétique lancé par la Banque nationale. Comme la Chine est prête à lancer un yuan numé-rique, comme le Canada envisageait de lancer un dollar numérique, comme la Suède est prête à lancer des couronnes numériques, comme la Banque centrale européenne étudie le lancement d'euros numériques, que les Bahamas, le Nigeria et la Jamaïque ont déjà lancés leur monnaie numérique. On s'en voudrait de ne pas rappeler que si la facture climatique de la fabrication de billets de banque n'est pas négligeable (selon la Banque nationale, elle correspond aux émissions de CO2 d'un village de trente habitants), la facture des monnaies numériques, elle, pèse une montagne : l'exploitation actuelle du seul réseau bitcoin se goinfre 0,6% de la consommation mondiale d'énergie. L'équivalent d'un pays entier, de taille et de richesse moyennes. Alors, hein, si en plus nos billets sont plus écolos que les bites-cons, on va pas se priver de saluer le vote de dimanche.
On a porté une attention particulière au vote genevois, depuis bien avant que le MCG en fasse un thème de campagne (sans même faire, pour une fois, la moindre allusion aux fron-taliers...). Notre attention était nour-rie d'un doute: le déménagement d'une grande partie de la RTS de sa tour de Genève au campus vaudois d'Ecublens, allait-il avoir un effet sur le vote? Ben non: Genève a voté contre l'initiative dans une pro-portion comparable à celle du reste de la Suisse, à quelques exceptions près. Bref on a râlé, puis, vélléitaires, on est rentrés dans le moule.


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