Dans deux semaines, Genève élira son Procureur général : allez voter !
Faire élire le Procureur général d'un canton par le peuple, c'est une spécialité genevoise. Une Genferei de plus -mais celle là, on y tient. Le 29 mars, donc, Genève aura élu son Procureur général. Il n'y a que deux candidats, un de droite et un de gauche. Un qui est déjà procureur général, depuis quinze ans, un qui ne l'est pas (encore). Les bulletins de vote ont déjà été envoyés et reçus, et on a bien utilisé le nôtre. Et voté pour le candidat de la gauche, Pierre Bayenet. Pour qu'il soit élu, il lui faut obtenir la majorité absolue des bulletins valables, et pas seulement celle des suffrages -autrement dit, on tient compte des bulletins blancs dans le calcul de cette majorité. Si aucun des deux candidats n'obtient cette majorité, un second tour sera nécessaire (le 3 mai) pour les départager, à la majorité simple (et là, on ne tiendra plus compte des bulletins blancs). Alors, les gens, allez voter. https://bayenet.ch/
On n'élit pas à une
fonction subalterne mais à l'exercice d'un pouvoir
"La séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire est un principe fondamental de l'Etat de droit, rappelé dans la constitution genevoise", nous prêche la brochure officielle de l'élection du 29 mars, celle du Procureur général. Bon, admettons, même si les trois pouvoirs montesquieusement cités sont tous désignés par un quatrième pouvoir, celui du peuple. Mais on en fait quoi, de ce beau principe de l'Etat de droit ? Et il s'incarne comment, dans la fonction de Procureur général ? La brochure précitée nous détaille cette fonction : le Procureur général "organise et dirige le Ministère public", supervise l'action de la police, "définit la politique de poursuite des infractions pénales". Il représente le pouvoir judiciaire dans ses rapports avec les pouvoirs exécutif et législatif. Il est membre de droit du Conseil supérieur de la magistrature et de la Conférence des présidents de juridiction. On n'élit pas dans deux semaines à une fonction subalterne mais à un l'exercice d'un pouvoir considérable. On fait donc bien de réfléchir profondément avant de choisir celui à qui ont va confier tant de tâches et de compétences. Surtout quand son titulaire actuel l'est déjà depuis quinze ans, et souhaite l'être pendant encore six ans de plus. En réclamant plus de places dans les prisons pour pouvoir y stocker encore plus de monde.
Le choix du procureur général, c'est un choix politique, pas un choix technocratique. C'est bien ainsi que le comprend par exemple la Chambre genevoise immobilière, dont le choix est sans surprise : elle appelle à voter pour Olivier Jornot. Parce qu'il est un "grand défenseur de la propriété". Et donc (selon les critères des milieux immobiliers) qu'il est compétent. Puisqu'il est "sensible aux thématiques que nous portons". A vrai dire, notre choix aussi est sans surprise : le projet de Pierre Bayenet s'articule autour d'une rupture et d'une réorganisation -rupture avec une politique de surincarcération, et réorganisation du ministère public, que le candidat de la gauche décrit comme une "baignoire qui se vide", en même temps qu'un tremplin pour une carrière de juge. En quatre ans, 31 magistrat.e.s sur 49 ont quitté le Parquet. Pierre Bayenet ajoute à ce constat celui d'un manque de formation des magistrat.e.s, patent face aux victimes de violences sexuelles, qui vivent souvent la confrontation avec la Justice comme un nouveau traumatisme : "Moins de 10 % des victimes de violences sexuelles portent plainte. Les raisons sont notamment : pudeur, peur d'en parler, proximité avec l'agresseur. Mais aussi le système judiciaire lui-même. Une procédure judiciaire est un parcours de combattant.e pour les victimes, qui doivent raconter plusieurs fois l'agression, répondre à des questions très intrusives, faire face à des préjugés sur le comportement qu'elles auraient dû adopter, etc...". Pierre Bayenet propose donc d'affecter des procureur.e.s à ce seul enjeu.
Pendant quoi, Olivier Jornot réclame, lui, de nouvelles places de : "nous n'avons pas un problème de surpopulation carcérale, mais bien un problème de sous-dotation en termes de places". Qui se penche sur l'évolution des politiques carcérales le sait bien, pourtant : quand on ouvre de nouvelles places de détention, on commence par les remplir. Puis on bourre. Puis on surpeuple. Puis on geint qu'on manque de places de détention, et qu'il faut en ouvrir de nouvelles. Qu'on remplira, bourra, surpeuplera, ad libitum. Même à Genève, qui a déjà le plus haut taux d’incarcération de Suisse (en pourcentage de la population détenue par rapport à la population résidente de Suisse). Un record que Jornot tient à garder.
Il est vrai qu'après tout, c'est un peu le sien.



Vous oubliez de dire qu'en plus de réduire le nombre de prisonniers il connaît aussi très bien l'immobilier.
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