Déclencher une guerre sans savoir pourquoi, ou, le sachant, sans le dire ?

 


Post tenebras, semper tenebrae

Cinq jours après le déclenchement de la guerre israélo-trumpienne contre l'Iran, on ne sait toujours pas pourquoi Trump l'a co-déclenchée (sinon pour montrer qu'il est le plus fort), ni quels sont ses objectifs. Lui-même, sans doute, ne le sait pas, et ses ministres et porte-paroles non plus, qui se perdent en déclarations contradictoires, ou en s'envasant dans des généralités creuses (comme celle du Secrétaire d'Etat Marco Rubbio : "nous espérons que le peuple iranien puisse renverser ce régime" (Marco Rubio, Secrétaire d'Etat US). Israël, en revanche, est plus clair, plus constant, plus rationnel dans ses objectifs, et l'Iran plus prévisible dans ses ripostes frappant tous ses voisins du Golfe et faisant frapper Israël par le Hezbollah  ce qui donne à Israël le prétexte de frapper le Liban. Cette guerre, les USA l'ont-ils déclenchée sans savoir pourquoi ou, le sachant, sans le dire ? On sait cependant une chose, c'est que ni les USA de Trump, ni l'Israël de Netanyahou ne cherchent à libérer les peuples d’Iran d'une théocratie sanguinaire et butée, mais seulement à la remplacer par un régime à leur convenance, quitte à s'en aller chercher dans les poubelles de l'histoire un héritier politique et dynastique du régime tyrannique instauré après le putsch anglo-américain de 1953, renversant Mossadegh pour donner le pouvoir au Shah, et le contrôle du pétrole iranien aux grandes compagnies anglo-néerlando-américaines. On a les Vieux de la Montagne et les sectes d'assassins qu'on mérite.


Le régime iranien a été décapité et alors ? Il ne tenait pas par sa tête...

Le régime théocratique iranien s'étant lui-même fragilisé en massacrant "son" peuple, quelques docteurs Folamour ont sans doute cru que le moment était venu de le faire tomber en le décapitant -comme si ce régime tenait par sa tête visible, Ali Khamenei, et non par ses sicaires , Gardiens de la Révolution ou miliciens (Bassidjis) et ses clients, innombrables.  Dans les ruines de Téhéran, aujourd'hui, ce ne sont pas des forces de libération qui tiennent la rue, ce sont celles du régime. 

Le régime iranien peut tomber, mais il ne tombera que sous les coups des peuples d'Iran -comme celui du Shah est tombé sous leurs coups. Les bombes, les missiles, les drones étasuniens et israéliens ne le feront pas tomber. Elles ne l'empêcheront même pas, à terme, de se doter de l'arme nucléaire, à supposer que ce soit réellement à son programme (il n'aurait pour s'en procurer une, qu'à la quémander ou l'acquérir auprès d'une puissance nucléaire pas trop adversaire...). On rappellera au passage qu'Israël la détient, l'arme nucléaire, et que la seule puissance à l'avoir jamais utilisée dans une guerre sont les USA...

Au début de la présente guerre, Trump, qui l'a co-déclenchée, s'est évidemment félicité de la mort d'Ali Khamenei. Que pas grand monde ne regrettera, à part ses propres créatures... et Vladimir Poutine, pour qui le Guide éparpillé façon puzzle "restera dans les mémoires comme un homme d’État hors pair qui a apporté une contribution personnelle immense au développement des relations d’amitié entre la Russie et l’Iran”. Pour Poutine,  la mort du grand homme résulte d'une "violation cynique de la morale et du droit international". Et il s'y connaît, Poutine, en morale et en droit international. 

Trump, après s'être auto-congratulé, a prétendu connaître "trois très bons choix" pour succéder à Khamenei. Et sans doute se faire buter comme lui.  Le régime iranien a été décapité et alors ? Il ne tenait pas par sa tête, qui après tout n'était qu'une figure de proue, mais par son  appareil. Et une tête de proue, ça se remplace, un guide de perdu, dix de retrouvés, dont le petit-fils de Khamenei. Et s'il faut bien que le Guide de la Révolution iranienne doit être Iranien et vivre en Iran, ce qui exclut notamment le Grand Ayatollah Ali al-Sistani (plus haute autorité religieuse chiite mais vivant en Irak) reste donc (notamment) à disposition un bel aréopage d'ayatollahs plus que nonagénaires, comme Nasser Makarem Shirazi (cuvée 1927), Ja'far Sobhani (1929), Mohammad Ishaq Al-Fayyad (née 1930), Ahmad Jannati (1927), et un gamin, Sadeq Larijani (né en 1961). Cela fait assez de candidats au martyre pour qu'on et trouve un, et un autre après lui, jusqu'à ce que l'Imam caché daigne se montrer.

Ici, évidemment, il nous importe peu de savoir lequel sera choisi. On se contentera de lui faire transmettre un conseil : Ne te prends pas pour Hasan-i Sabbâh, lis plutôt Omar Kháyyám (Peut-être que Khamenei l'avait lu dans sa frétillante jeunesse -avant que tout en oublier) ! Tiens, ce troisième quatrain, par exemple :

"Ma venue ne fut d'aucun profit pour la sphère céleste;
Mon départ ne diminuera ni sa beauté ni sa grandeur;
Mes deux oreilles n'ont jamais entendu dire par personne
Le pourquoi de cette venue et de ce départ."


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