Election du Procureur général de Genève : J-4
C'est pas parce qu'on était plutôt branchés sur les Municipales françaises qu'on a oublié qu'il y avait aussi, chez nous ou pas loin, des élections où le choix à faire est entre des candidats de gauche et des candidats de droite, dans le canton de Vaud aux Municipales et à la partielle au Conseil d'Etat et, à Genève, au poste de Procureur général. Il vous reste donc aujourd'hui et jeudi pour voter par correspondance, et dimanche pur vous rendre au local de vote de votre quartier. Lundi, le taux de participation stagnait à 24 %. A ce rythme, il pourrait ne pas atteindre un tiers du corps électoral. C'est peu, pour l'élection à un poste aussi important que celui du plus haut magistrat du pouvoir judiciaire, et pour un scrutin où le choix est à faire entre un candidat soutenu par toute la gauche, Pierre Bayenet, et un candidat, Olivier Jornot, soutenu par toute la droite (PLR, UDC, Centre), mais ni par le MCG ni par LJS, vexés qu'ils sont de ne pas avoir réussi à présenter leurs propres candidats.
"Mieux vaut une infraction évitée qu'une infraction
réprimée"
On n'élit pas un Procureur général sur sa bonne tête ou ses gros bras, mais pour ce qu'il entend faire du poste qu'il revendique. Pour les directives qu'il va donner, et dont relève le choix de punir sévèrement certaines infractions plutôt que d'autres, la politique pénale qu'il va mener, et les cibles prioritaires de cette politique. Bref, parlons programme. Olivier Jornot est Procureur Général depuis quatorze ans, il veut le rester jusqu'en 2032. Et il n'entend pas faire autre chose dans un nouveau mandat que ce qu'il a fait dans les mandats précédents : bourrer la prison, dont, relève le Laboratoire romand de l'Université de Genève sur la décroissance carcérale, la surpopulation ne relève pas d'un manque de place ou de contraintes légales, comme le clame Jornot, mais d'une orientation cantonale pour la répression des petits délits.
Avec quels résultats ? La surpopulation carcérale, l'incarcération massive de personnes sans-papiers (l'UDC, qui soutient Jornot, lui demandant d'en faire même une priorité), la lenteur des procédures (une affaire peut passer entre les mains de trois ou quatre magistrats différents), un management autoritaire, l'indisponibilité de la Justice face aux violences domestiques, la mobilisation contre la petite délinquance de moyens qui manquent pour la lutte contre la grande criminalité, la résurrection de la prison pour dettes (la moitié des jours de détention est constituées de conversions d'amendes en jours de détention), des directives à l'ensemble du pouvoir judiciaire contre lesquelles aucun recours n'est possible. Et un discours sécuritaire déconnecté de la réalité : la criminalité et la délinquance, à Genève, sont dans la moyenne des cantons urbains, alors même que Genève emprisonne deux fois plus que la moyenne suisse ou que Zurich (70) et Bâle, mais les violences domestiques sont plus fréquentes (2008 recensées en 2025) alors qu'elles sont les grandes absentes des priorités du Parquet.
Pour Olivier Jornot, "enfermer moins n'est pas une fin en soi". Mais enfermer encore plus, ou même continuer à enfermer autant, non plus. Pour Pierre Bayenet, "le Procureur général n'est ni un shérif ni un super-policier, il n'est pas là pour envoyer les criminels en prison le plus longtemps possible", et "mieux vaut une infraction évitée qu'une infraction réprimée", la prévention valant d'autant mieux que la répression que celle-ci intervient forcément que trop tard, une fois le crime ou le délit commis. Le candidat de la gauche considère que la Justice doit "être accessible à chacune et chacun, offrir une prise en charge compétente et respectueuse, par des procureur-es spécialisé-es, mieux collaborer avec les associations d'aide aux victimes, ne plus ouvrir d'enquête sur l'éventuel séjour illégal des victimes".
"Aujourd'hui, on s'attaque aux plus faibles, on ramasse les sans-papiers au bord de la route pour faire du chiffre", dénonce Pierre Bayenet. Ce qui est évidemment plus facile qu'instruire les dossiers financiers, et ce qui évidemment, ne dérange pas outre mesure Olivier Jornot, puisqu'il est le grand artisan de cette rafle à bas bruit. Mais c'est bien ce à quoi l conviendrait de renoncer, en changeant de politique pénale. Et, donc, en changeant de procureur général. C'est possible, on peut le faire, dimanche.
Alors, faisons-le... Aux Urnes, citoyens !



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