Election du Procureur Général de la parvullissime République

Cent fois sur le Parquet remets ton ouvrage

Lors de sa première candidature au poste de Procureur Général de Genève , Pierre Bayenet avait obtenu un tiers des suffrages, sans le soutien du parti socialiste et des Verts (mais avec celui de socialistes et de Vert.e.s). Hier, avec le soutien de "presque toute la gauche" (le Parti du Travail ayant fait défection) il a fait le plein de l'électorat actif de gauche, et obtenu la majorité des suffrages dans les principales villes, à commencer par celle de Genève . A contrario, Olivier Jornot est passé des deux tiers des suffrages à la moitié. Avec un nombre considérable de bulletins blancs (5237) et un taux de participation médiocre (31,07 %). On a donc un Jornot qui fait un mauvais résultat mais un résultat suffisant, et un Bayenet qui fait un bon résultat, mais un résultat insuffisant. On a les locaux de gauche qui votent pour le candidat de la gauche, et les locaux de droite pour le candidat de la droite. On a la Ville qui vote Bayenet et le canton qui vote Jornot. Et le différentiel de participation (et a contrario d'abstentions) fait le résultat : Jornot surnage. A la fin du mandat qu'il vient d'obtenir, il aura été procureur pendant vingt ans... Mais Pierre Bayenet sera de toute façon procureur (tous les procureur.e.s ont été élus tacitement). Pas procureur général, procureur colonel, ordinaire. Et surtout, les enjeux fondamentaux d'une telle élection, c'est-à-dire la politique judiciaire et pénitentiaire, restent ce qu'ils étaient. Et le débat autour de ces enjeux ne va pas cesser. Cent fois sur le Parquet on remettra notre ouvrage. 


"Ce qui est, est. Le reste, faut voir"

On se demandait à Genève si le nombre de bulletins blancs allait être suffisant pour empêcher une élection au premier tour du Procureur général de la République, puisqu'on en tient compte (en tant que bulletins valables) dans le calcul de la majorité absolue nécessaire pour se passer d'un deuxième tour, lors duquel ils n'auraient plus été  déterminants, puisque la majorité relative des suffrages exprimés y suffit et que par définition les bulletins blancs n'expriment aucun suffrage. On notera qu'on ne tient à aucun tour des bulletins nuls. Parce qu'ils sont nul,  justement. Il y a de la logique, dans tout ça. Y'en a-t-il dans les résultats ? Comme dirait le sage définitif Jean-Baptiste Botul, "Ce qui est, est. Le reste, faut voir"... alors voyons : il y a eu beaucoup de bulletins blancs, mais il en manque moins de 300 (moins que le nombre de bulletins annulés...) pour forcer à un deuxième tour.  

Olivier Jornot est Procureur Général depuis quatorze ans, il va le rester jusqu'en 2032. Et il n'entend pas, à moins d'y être contraint, faire autre chose dans un nouveau mandat que ce qu'il a fait dans les mandats précédents : bourrer la prison, dont, relève le Laboratoire romand de l'Université de Genève sur la décroissance carcérale, la surpopulation ne relève pas d'un manque de place ou de contraintes légales, comme le clame Jornot, mais d'une orientation cantonale pour la répression des petits délits.  Pour Olivier Jornot, "enfermer moins n'est pas une fin en soi". Enfermer encore plus, ou même continuer à enfermer autant, le serait-ce ? Pour Pierre Bayenet, "le Procureur général n'est ni un shérif ni un super-policier, il n'est pas là pour envoyer les criminels en prison le plus longtemps possible", et "mieux vaut une infraction évitée qu'une infraction réprimée", la répression intervenant forcément trop tard, une fois le crime ou le délit commis. Le candidat de la gauche considère que la Justice doit "être accessible à chacune et chacun,offrir une prise en charge compétente et respectueuse,par des procureur-es spécialisé-es, mieux collaborer avec les associations d'aide aux victimes, ne plus ouvrir d'enquête sur l'éventuel séjour illégal des victimes".

"Aujourd'hui, on s'attaque aux plus faibles, on ramasse les sans-papiers au bord de la route pour faire du chiffre", dénonce Pierre Bayenet. Ce qui est évidemment plus facile qu'instruire les dossiers financiers, et ce qui évidemment, ne dérange pas outre mesure Olivier Jornot, puisqu'il est le grand artisan de cette rafle à bas bruit. Mais c'est bien ce à quoi il conviendrait de renoncer, en changeant de politique pénale. Et, donc, en changeant de procureur général. C'est possible, on pouvait le faire, dimanche, on n'y est pas arrivé. Mais ce n'est que partie remise, car il ne nous a pas manqué grand'chose pour y arriver : mieux mobiliser la gauche, engager les syndicats, motiver les abstentionnistes.  En élisant Jornot au premier tour, le peuple des justiciables a offert à la gauche un répit électoral qu'il ne tient qu'à elle, à nous, de mettre à profit. 






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