Fonds de tiroir

 La pièce suisse de dix centimes est la plus ancienne pièce de monnaie en circulation dans le monde. Et les billets actuels de 1000 balles ont été primés comme les plus beaux billets de banque au monde. Finalement, le vote du 8 mars pour l'argent liquide, c'était de l'ordre de la défense du patrimoine...

Le 8 mars, en votation cantonale, sept locaux de vote de la Ville ont refusé d'affaiblir pour les étudiantes et les étudiants, le salaire minimum légal, et d'autoriser de ne le respecter qu'aux trois quarts. Mais tous les locaux de vote de Vernier ont voté pour cet affaiblissement. On se de-mande dès lors si on ne va pas contester le vote verniolan, déposer un recours, puis un recours contre le refus du recours, tout ça... Parce que, bon hein, faut pas prendre les enfants du salaire minimum pour des militants sauvages.

Le 8 mars, on devait dire dans les urnes si nous voulions ou non ancrer la disponibilité de l'argent liquide dans la constitution fédérale et y ajouter que la monnaie nationale est le franc (suisse, par définition -d'ailleurs il n'y en a plus d'autre, sinon le CFA et le franc pacifique, alignés sur l'euro), de sorte qu'il faudrait en appeler au peuple et obtenir la double majorité du peuple et des cantons pour revenir sur ces obligations faites à la Confédération. Et si nous le voulions, nous avions le choix entre deux modalités: celle proposée par une initiative populaire à laquelle le Conseil fédéral et la majorité des Chambres fédérales reprochaient «des formulations inadéquates» et difficiles à mettre en oeuvre, mais qui était assez largement soutenue par les votant.e.s les plus âgé.e.s et les moins aisés, et celle proposée par un contre-projet. Les deux solutions recueillaient, dans les derniers sondages, un soutien majoritaire, avec un avantage au contre-projet. Cet avantage s'est révélé décisif, et c'est donc le contre-projet qui s'est imposé. L’approvisionnement en «numéraire» et en franc suisse sont donc inscrits dans la Constitution. ça ne changera pas grand'chose, voire rien du tout, à la vie des gens d'ici, mais c'est quand même une victoire de l'initiative, puisque sans elle, il n'y aurait pas eu de contre-projet.
L'initiative exigeait que pièces et billets en francs suisses soient toujours disponibles en quantité suffisante, le contre-projet ne l'exigeait que pour du «numéraire», ce qui laisse ouvert un assez vaste champ d'interprétations. Aucun parti ne s'opposait au principe de cette démarche, seule l'UDC soutenait la modalité de l'initiative, tous les autres, ainsi que les cantons, les syndicats et le patronat, choisissent le contre-projet.  A tout prendre, on avait voté pour l'initiative, même si elle sourdait des milieux antivax et n'était guère soutenue que par l'UDC. Nous l'avons d'abord soutenue en hommage à Farinet et à ces merveilleux artisans que furent les faux-monnayeurs. Ensuite parce que l'argent liquide, les pièces et les monnaies, est une garantie contre les pannes électriques et informatiques, le piratage et les intérêts des grandes entreprises (point sur lequel les initiants pèsent sans doute par naïveté, comme si les «intérêts des grandes entreprises» ne pesaient pas sur la politique monétaire de la Suisse...).  Ensuite, parce qu'il est une ressources pour toutes celles et ceux qui refusent le «tout numérique» ou y sont étrangers. Enfin, parce qu'il ne laisse presque pas de traces. 
Il était donc essentiel d'inscrire dans la charte fondamentale de l'Etat, la Constitution fédérale, le droit de chacun.e de pouvoir payer en liquider, même s'il ne le fait pas, et même si rien n'oblige toujours personne à accepter de l'argent liquide. Parce qu'il s'agit d'un droit, pas d'une obligation. Et que tant que ce droit n'est pas formellement garanti, on risque fort de se retrouver avec l'obligation de payer par des moyens numériques. C'est d'ailleurs bien ce vers quoi les maîtres des réseaux financiers numériques, à commencer par ceux qui contrôlent les cartes de débit et de crédit, voudraient qu'on aille. 
A tout prendre, on préfère encore la Banque nationale à Visa, Mastercard ou Viseca. Et les billets de banque aux bitcoins et au franc numérique qu'il paraît que la Banque nationale envisagerait de lancer un franc numérique...


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