Fonds de tiroir
Il avait 88 ans, il était une des gran-des figures du socialisme français depuis 1980: Lionel Jospin est mort dimanche à 88 ans. Il fut chef du Parti socialiste, ministre de l'Education nationale, Premier ministre, candidat malheureux à la présidence de la République. Il fut l'initiateur de la «gauche plurielle», le promoteur des 35 heures avec Martine Aubry, et de bien d'autres réformes (comme le Pacs ou la couverture médicale universel-le). Il était le contraire absolu de Jean-Marie Le Pen, et par bien des aspects aussi de François Hollande, autant que de ce qu'est devenu Jean-Luc Mélenchon, qui avait pourtant été son camarade au sein du PS après l'avoir été au sein de la mouvance trotskiste lambertiste et son ministre au sein du gouvernement de la «gauche pluriel-le». Il avait aussi réussi à maintenir le PS français hors de la mode sociale-libérale des Schröder, Blair (et autres), avait revendiqué un «droit d'in-ventaire» sur la présidence miterran-dienne, et fut le seul dirigeant po-litique national à tirer les consé-quences d'une défaite électorale (celle de la Présidentielle de 2002, perdue face à Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen), à en assumer personnellement la responsabilité en se retirant de la vie politique. Non sans rester une sorte de boussole pour ce qui reste de socialistes dans le PS français. Un hommage national lui sera rendu aujourd'hui, et tous les chefs et cheffes de parti nationaux lui ont rendu leur propre hommage, personnel et au nom de leur parti. Il va de soi qu'il ne peut être question de douter de la sincérité de cet hommage, qu'il soit rendu par Olivier Faure, Emmanuel Macron ou Marine Le Pen.
Faut pas trop dénigrer le Grand Conseil genevois. Bien sûr, vu la majorité qui y sévit le plus souvent, faut pas trop en attendre, mais il arrive que dans son ciel plombé de gros cumuli (ça se dit bien comme ça, le pluriel de cumulus ?) bien droitiers, un petit soleil timide arrive à faire passer un petit rayon raisonnable : c'est ainsi que jeudi, dans la même session où il glosait sur le dress code des baigneuses des piscines municipales et accouchait d'une disposition pénale ubuesque, il décidait (sur proposition de sa com-mission des visiteurs de prison mais contre l'avis de l'UDC et du PLR, de plus en plus souvent confits dans la même mélasse), de ne plus envoyer à Champ-Dollon les personnes inca-pables, ou refusant, de payer leurs amendes ou de s'acquitter de leur peine pécuniaire. Bon, en soi, c'est bien, même si c'est pas tout à fait raccord avec le code pénal fédéral et nous prive personnellement de la possibilité de faire un petit état des lieux carcéraux, mais ça ne répond pas à deux questions: est-ce que ça signifie qu'on renonce aux jours-amende (et au rétablissement de la prison pour dettes) et qu'on n'envoie plus en prison celles et ceux qui ne paient pas leurs amendes, ou est-ce que ça signifie qu'on les emprison- nera ailleurs qu'à Champ-Dollon. Mais où, alors ? à Curabilis ?
Y'avait pas qu'en France qu'on votait, dimanche. En Italie aussi, on votait. En référendum, sur une réforme judiciaire voulue par la Première ministre d'extrême-droite, Giorgia Meloni, qui voulait changer les conditions de carrière des juges et procureurs et le fonctionnement du Conseil supérieur de la magistrature. Une réforme dénoncée par l'oppo-sition de gauche et l'association nationale des magistrats comme une tentative de mainmise du gouverne-ment sur la justice, sans donner aucune réponse à des problèmes comme le surpeuplement des prisons ou la lenteur des procédures judi-ciaires (et la longueur des procès). Résultat: le référendum sur la ré-forme s'est transformé en un référen-dum pour ou contre Meloni. La réforme a été sèchement refusée par les citoyennes et les citoyens, mais Meloni a tout aussi sèchement refusé de démissionner. ça doit être son côté macronien...


Commentaires
Enregistrer un commentaire