Genève : un clou planté dans le Salaire minimum

A qui le tour ?

Genève a donc accepté de payer les étudiant.e.s en emploi pendant leurs vacances 25 % en dessous du salaire minimum  (sept locaux de vote de la Ville le refusant cependant),  Comme si la précarité étudiante n'existait pas. Comme si priver quantités d'étudiantes et d'étudiants de tous âges de mille francs par mois était anodin. Comme si le salaire de leur travail était de l'argent de poche. Comme si leurs loyers. leurs cotisations d'assurance-maladie, les prix de leur habillement et de leur alimentation et leurs taxes d'études étaient exempts de hausse. Comme si toutes et tous étaient à la charge de leurs parents. Comme s'il était cohérent d'autoriser le dumping salarial l'été ou en fin d'année tout en assurant urbi et orbi le combattre le reste du temps.  En réduisant d'un quart le salaire minimum  pour les emplois occupés par des étudiants pendant leurs vacances, à quelles autres dispenses de respecter la loi se prépare-t-on ? A une dispense pour les femmes ? Les plus de cinquante ans ? les gros ? les petits ? les étrangers ? les frontaliers ? 

Le salaire minimum légal,  une obligation ou une recommandation à bien plaire ?

On pourra donc, à Genève, payer des gens 18,44 francs de l'heure (au lieu des 24,59 francs du salaire minimum légal), voire dans l'agriculture et la floriculture 13,55 francs au lieu de 18.07, et cela pendant soixante jours par année pendant les vacances scolaires et universitaires, à la seule conditions qu'ils et elles soient immatriculé.e.s dans "un établissement de formation reconnu". "Un salaire de plus de 3300 francs mensuels à plein temps reste digne", assure benoîtement le patron d'une entreprise de restauration, député maudétiste, Vincent Canonica -à qui on s'abstiendra de demander quel est son salaire. 

La FER (le syndicat patronal genevois) avait effectué auprès de ses membres un sondage sur lequel les partisans de la réduction du salaire minimum touché pendant leurs vacances par les personnes en formation se sont appuyées pour justifier cette réduction, en affirmant que si on ne réduisait pas ce salaire, les entreprises ne proposeraient plus de "jobs d'été" ou d'hiver à des étudiant.e.s. Ce qui au passage indiquait clairement que proposer de tels emplois était un objectif secondaire, et que l'objectif premier était de les payer le moins possible. Or sur 45'000 entreprises privées à Genève, seules 110 avaient pris part au sondage, et seules 27 avaient répondu que si le salaire minimum était intégralement respecté, elles ne proposeraient plus de "jobs d'été" (ou d'hiver). C'est donc une minorité harpagonesque qui a voulu faire la loi. Et a été suivie par celles et ceux qui l'ont faite. On peut fortement douter que les employeurs qui assuraient qu'il fallait payer en dessous du salaire minimum les étudiantes et étudiants employés pendant leurs vacances en embaucheront plus parce qu'ils en auront désormais le droit. De toute façon, et quoiqu'en disent les milieux patronaux, l'enjeu n'était pas là : il était, et reste, d'affaiblir autant qu'on le peut le salaire minimum légal,  de n'en faire qu'une sorte de recommandation, à bien plaire. "Nous ne remettons pas en cause le salaire minimum", assurent, jusque dans la brochure officielle de votation les partisans de la loi (dont le Conseil d'Etat) et les milieux patronaux soutenant sa remise en cause pour les étudiant.e.s ? Gros mensonge : bien sûr qu'ils le remettent en cause, et continueront à le remettre en cause là où il existe, et même là où il a été institué par le peuple (comme, à Genève en 2020, par 58.16 % des suffrages), en soutenant par exemple la mise en oeuvre de la "motion Ettlin", qui veut précisément n'en faire qu'un appendice des conventions collectives. 

La majorité des partisans de ce clou planté dans le salaire minimum a sans doute cru (parce qu'on n'avait cessé de le leur seriner) voter sur des "jobs d'été" (c'était d'ailleurs le titre de la loi votée par la droite). Mais c'est sur le salaire d'un travail qu'on votait.  Le salaire qu'une personne en formation touche, c'est en moyenne 42 % de ses ressources. Mais c'est 58 % si elle a de 26 à 30 ans et 72 % pour les plus de 31 ans. En 2022, une étude de l'Université de Genève signalait que pour la moitié des étudiant.e.s qui exercent une activité rémunérée parallèlement à leurs études, cette rémunération était absolument nécessaire à la couverture de leurs dépenses de première nécessité. Ce qui n'empêche pas le député PLR Jacques Béné d'asséner qu'un travail à temps partiel, après tout, n'est pas un vrai travail, mais un "passe temps". Comme sans doute son mandat de député (rémunéré largement au-dessus du salaire minimum). On pourrait se gausser de la vision archaïque que ces notables cultivent de la vie des étudiants. On se contentera de soupirer : on est donc encore là, à Genève, en 2026 ? A transformer des étudiant.e.s en travailleurs et travailleuses pauvres, et à les renvoyer à l'aide sociale tout en dénonçant la croissance des dépenses publiques pour financer celle de ceux qui en ont besoin ?

Eh bien, oui, on en est là...

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