"Notre planète brûle, et la Suisse regarde ailleurs"

 

Le combat continue

On ne s'attendait pas à ce que l'initiative pour un fonds climat, lancée par les Verts et les socialistes, soit acceptée. On n'est donc pas surpris du résultat (on notera cependant qu'elle est mieux soutenue à Genève, (42 % de "oui") où le Conseil d'Etat la soutenait, que dans les autres cantons, et mieux soutenue en Ville, où elle acceptée dans la majorité des locaux que dans le reste du canton. On s'attendait donc à perdre, on se demandait seulement dans quel rapport de force. On a perdu à 71 % contre 29 %. C'est beaucoup (les premiers sondages donnaient 40 % de suffrages à 'initiative), mais pas surprenant. Il y a quatre mois, c'était à 78 % que les Suisses et Suissesses refusaient de taxer les gros héritages pour soutenir la lutte contre le réchauffement climatique. On ne dira pas qu'on a progressé en gagnant sept points, puisqu'on reste largement minoritaires. On dira seulement qu'on est pas dans la marge du débat politique, sur un thème qui devrait y être au cour. Bref, on dira que le combat continue pour éteindre l'incendie planétaire qu'on a nous-mêmes, ici aussi, contribuer à allumer.

A quoi utiliser les moyens dont on dispose ?  A panser les plaies ou à éviter les blessures ?

Dans le classement des pays en fonction de leur politique climatique (le Climat Change Performance Index), la Suisse a perdu douze places et se retrouve 33ème. Elle a bien une "loi climat", mais ne l'applique pas. Parce qu'il y a, pour ses majorités politiques, toujours plus urgent. Et elle va donc largement rater ses propres engagements climatiques pour 2030. Sur 80 chercheurs en Suisse ayant participé à une enquête de Swissinfo portant sur l'état du climat, 95 % disent avoir perdu espoir que l'objectif de l'accord de Paris, limiter le réchauffement climatique mondial à 1,5°C, puisse être atteint -un pessimisme partagé par le Secrétaire général de l'ONU. Les chercheurs et chercheuses interrogé.e.s, dont les deux tiers estiment que le réchauffement progresse plus vite que prévu, l'estiment à 2,5°C d'ici la fin du siècle. En 2024, il a été de 1,55°C par rapport aux niveaux préindustriels. Et la Suisse se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale, et pourrait connaître d'ici 2100 une hausse de 4 à 4,5°C. Ce qui ferait purement et simplement disparaître 90 % des glaciers, avec des conséquences considérables sur le débit des cours d'eau et les réserves d'eau, dont les lacs. Dans les grandes villes de la plaine, les températures pourraient dépasser les 40°C l'été. La santé humaine, les infrastructures, la productivité agricole, les écosystèmes et souffriront grandement. Et on aura bien plus souvent affaire à des glissements de terrain, des avalanches, des effondrements de glaciers, des inondations et des sécheresses. Tout ça devrait rassurer l'UDC : la Suisse à dix millions d'habitants, même si on devait y arriver dans quelques années, on n'y sera plus, et de loin. S'il en reste trois millions, transpirants dans des EMS surchauffés et en déficit abyssal de personnel, on devra s'estimer heureux. Et le "on", ici, est impersonnel, parce nous,on sera morts et incinérés. Mais on aura quand même pu voter pour un "fonds climat". Comme sans doute les chercheurs interrogés par Swissinfo, dont 80 % considèrent que la Suisse devrait montrer l'exemple en matière d'action climatique, compte tenu de sa richesse et de sa production intensive de CO2... Ouais, elle devrait. Quant à s'attendre à ce qu'elle le fasse... disons qu'on devra faire plus appel à l'optimisme de notre volonté qu'au pessimisme de notre raison... Sur les 8,75 millions de francs investis par tous les acteurs de toutes les campagnes de votations du 8 mars, celle sur le "fonds climat" a reçu deux fois moins de financements que celle sur la redevance SSR... 

Les prononcements du peuple sont donc contradictoires (le climat est la deuxième préoccupation des Suisse.sse.s, et ils ont refusé l'élargissement de plusieurs autoroutes) Contrairement à ceux des majorités gouvernementale et parlementaire, qui sont assez constants : le Conseil fédéral est opposé à la création d'un "fonds climat", mais (du moins le ministre de la Défense, Martin Pfister) partisan de la création d'un "fonds armée". Il y a donc de l'argent pour un fonds, toute la question est de savoir à quoi on va l'affecter. C'est bien là une question de choix politique. Le choix politique du gouvernement fédéral et du parlement fédéral, aujourd'hui, c'est de couper dans le financement des transports publics et la rénovation des bâtiments pour leur isolation thermique, de ré-autoriser les centrales nucléaires et de regonfler le budget de l'armée. Les moyens financiers sont donc là -mais là pour qui, et pour quoi ? pour acheter des F-35... A quoi utiliser les moyens dont on dispose ?  A penser les plaies ou à éviter les blessures ? lutter contre les effets de la crise climatique ou à en éradiquer les causes ? Des moyens la Suisse en consacre effectivement à lutter contre les effets de la crise climatique. Mais insuffisamment, et pas pour éradiquer les causes de cette crise. Pour panser les plaies, pas pour éviter les blessures.

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