Rapport 2025-2026 d'Amnesty International sur la situation des droits humains dans le monde
Un ordre mondial dangereux Mardi, Amnesty International a publié son rapport annuel 2025-2026 sur la situation des droits humains dans le monde. Ce rapport alerte sur l'émergence d'un "nouvel ordre mondial dangereux" caractérisé par la montée de unilatéralisme, du mépris du droit international, des libertés fondamentales et des droits humains par les pays les plus puissants. Amnesty dénonce l’intensification de la répression, des pratiques autoritaires, des conflits violents, mais aussi la montée des inégalités, et l’inaction de nombreux États occidentaux, "voire l’action de certains membres du Conseil de sécurité des Nations unies" pour affaiblir le multilatéralisme et la justice internationale, nier l'universalité des droits humains, généraliser l'impunité des auteurs de violations des droits fondamentaux et des "crimes les plus graves au regard du droit international.
https://www.amnesty.fr/actualites/rapport-annuel-situation-des-droits-humains-dans-le-monde-2025/
Nous sommes au bord du précipice ? Faisons un grand pas en avant !
Pour Amnesty International, "un nouvel ordre international dangereux" s'installe. Résumons-le, comme Amnesty le fait, en doutant cependant qu'il soit si "nouveau" que l'ONG le dise.
Les Etats les plus puissants, et les plus coupables des violations des droits fondamentaux, sont aussi ceux qui contribuent, voire attisent, et même provoquent, des conflits ou leur aggravation, à Gaza, en Ukraine, au Soudan, au Congo, en Iran (le rapport d'Amnesty a été rédigé avant le déclenchement de la guerre des USA et d'Israël contre l'Iran) : "Les États comme les groupes armés semblent ne plus avoir de limites et ont multiplié nombre de crimes de guerre et de violations graves du droit international humanitaire. La vie de millions de personnes a été anéantie. Un génocide se déroule à Gaza au vu et au su du monde entier, sans susciter une réaction à la hauteur de la gravité des faits". Dans le même temps, ces Etats (et les autres, comme la Suisse) réduisent l'aide au développement, et de nombreux États ont mis en place des mesures répressives destinées à réduire au silence les défenseur·e·s des droits humains, la société civile, les media indépendants et les opposant·e·s, toutes politiques répressives que le développement des technologies de surveillance (surveillance numérique, logiciels espions, intelligence artificielle) favorisent et rendent de plus en plus efficaces. Et il n'y a pas que des Etats qui concourent à ce "nouvel ordre dangereux" : des multinationales et des mouvements politiques, sociaux, culturels, y prennent part. En outre, "l’échec mondial et l’inaction générale dans la lutte contre les inégalités, l’effondrement climatique et les transformations technologiques mettent en péril les générations futures", et pour couronner (d'épines) le tout, "les 100 premiers jours de la présidence de Donald Trump ont accentué des régressions mondiales et des tendances profondes observées en 2024 (...)
Dès le début de son deuxième mandat, Trump s’en est pris rapidement et délibérément à des institutions et des initiatives américaines et internationales essentielles qui avaient pour objectif de rendre notre monde plus sûr et plus juste. (...) "Son offensive, tous azimuts, contre les concepts mêmes du multilatéralisme, de l’asile, de la justice raciale et de genre, de la santé mondiale et de la protection du climat aggrave les dommages considérables qu’ils ont déjà subis et encourage d’autres dirigeants et mouvements anti-droits à poursuivre leurs attaques. L’« effet Trump » accélère la plongée de l’humanité dans une nouvelle ère brutale, marquée par les pratiques autoritaires et la cupidité des entreprises".
Et ne croyez pas, lecteurs helvètes, que vous vivez dans une zone préservée, comme Genève dans le roman de Clifford D. Simak "Dermain les chiens" . La Suisse n'échappe pas (pourquoi, d'ailleurs, y échapperait-elle ?) aux critiques d'Amnesty, qui relève sa passivité à l'égard des violations des droits fondamentaux par les régimes les plus coupables de ces violations (les USA, la Russie, Israël, les Emirats arabes unis, entre autres), mais aussi les pressions exercées en Suisse même sur la liberté d'expression et la liberté de réunion, les brutalités policières. les violences "basées sur le genre", la montée du racisme, de la xénophobie, de l'islamophobie et de l’antisémitisme, et le durcissement de la politique d'asile. Amnesty appelle la Suisse, "en tant que défenseuse du droit international, (à) adopter une position claire contre les pratiques autoritaires", à soutenir la Cour pénale internationale "et à condamner systématiquement les violations du droit international". Finalement, elle est optimiste, Amnesty...
Avec l'émergence de ce "nouvel ordre mondial dangereux", "il ne s'agit plus d'une simple détérioration aux marges du système, mais d'une attaque ouverte contre ses fondements", précise la Secrétaire générale d'AI, Agnès Callamard, comme en témoignent les sanctions contre la Cour pénale internationale, les critiques contre des mandats de l'ONU, le retrait d'accord internationaux de désarmement, de droits humains, de lutte contre les atteintes à l'environnement et les effets du dérèglement climatique. Mais "les pratiques autoritaires et l’anéantissement du droit international ne sont toutefois pas une fatalité : les populations résistent aux atteintes aux droits humains ; les gouvernements peuvent garantir la justice internationale et doivent continuer à le faire", en soutenant les enquêtes internationales et nationales "sur les nombreux crimes relevant du droit international commis par toutes les parties à des conflits" en mettant en oeuvre la compétence universelle ou en l'intégrant dans leurs systèmes nationaux, en appliquant appliquer les avis et décisions de la Cour internationale de justice (CIJ), en traduisant en justice les auteurs en justice les auteurs de crimes définis par le droit international, et en "protégeant la Cour pénale internationale (CPI) et son personnel contre les sanctions et autres menaces". Cet appel, Amnesty l'adresse aussi à la Suisse.
Si rien ne se passe, si la communauté internationale (ce qui suppose son existence) ne se mobilise pas contre les inégalités, l'impunité et le mépris des droits fondamentaux, une ère dangereuse pourrait s'ouvrir, avertit Amnesty. Qui, à sa manière, reste optimiste, puisqu'elle suppose non seulement qu'il existe une "communauté internationale", distincte autant de l’espèce humaine en général que d'une simple addition des (dé)raisons d'Etat, mais qu'on peut attendre de cette hypothétique "communauté internationale" qu'elle existe autrement que sous la forme de réunion autoproclamatrices et soit capable, et disposée, à intervenir contre les Etats les plus puissants.



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