Rouler à 50 km/h à travers la ville et les villes ?
Une mobilité incohérente et déséquilibrée...
Le référendum lancé par les associations pour la mobilité douce et la protection du climat, et les partis de gauche, contre le droit proclamé comme fondamental et sans exception à rouler à 50km/h sur les "axes structurants" du canton, y compris ceux qui traversent la Ville et les villes, a vraisemblablement abouti, avec 5456 signatures déposées mercredi. On votera donc sur la modification, imposée par la majorité bagnolarde du Grand Conseil, de la loi sur la mobilité "cohérente et équilibrée" -qui, du même coup, deviendrait incohérente et déséquilibrée. On ne fera aucun pronostic sur le résultat de cette votation. On s'attend cependant à ce que le vote de la Ville de Genève et celui du reste du canton soient contradictoires, puisque c'est la Ville, en tant que collectivité, et ses habitant.e.s, qui subissent les effets du trafic pendulaire en provenance du reste du canton (mais aussi du canton de Vaud et de la France voisine).
Au-delà de l'affrontement caricatural du blaireau en SUV et du bobo en vélocargo
La modification adoptée par le Grand Conseil genevois de la loi sur la mobilité, modification précisément combattue par le référendum qui vient d'aboutir, revient sur la généralisation du 30 km/h décidée il y a un peu plus de trois ans par l'ancien Conseiller d'Etat Serge Dal Busco (et déjà ébréchée par son successeur, Pierre Maudet, qui avait autorisé le 50 km/h sur certains axes. Il ne s'agit plus maintenant, avec le projet sur lequel on devra voter, de l'autoriser sur "certains axes", mais de le rendre obligatoire sur tous les axes "structurants", sans possibilité d'y maintenir le 30 km/h, alors même qu'aux heures de pointe, la vitesse moyenne d'un automobiliste en ville est de 15 km/h, et le reste de la journée de 30 km/h. Autrement dit, on fixe une limite qu'on sera de toute façon incapable d'atteindre, sauf de 20 heures à 6 heures.
C'est la première fois à Genève que le peuple des automobilistes, piétons, cyclistes et motocyclistes votera sur une question, la limitation de la vitesse sur les voies de circulation motorisée, qui est à la fois une question environnementale, de qualité de vie (un tiers des habitantes et habitants de la Ville sont exposé.e.s à plus de 60 décibel de tapage routier, limite fixée par les normes fédérales) et de sécurité. En 2023, à Genève, 13 personnes sont mortes dans des accidents de la circulation. Les trois quarts d'entre elles étaient des motards et des cyclistes. 74 cyclistes ont en outre été grièvement blessés. Et ce sont les automobilistes qui mettent le plus en danger les autres usagers de la route. La séparation des usagers, et donc le développement des parcours cyclables et piétons exclusifs sont, avec la réduction à 30km/h de la vitesse dans les rues des villes (toutes les rues, toutes les villes) le meilleur moyen de réduire les risques. La question de la vitesse maximale autorisée est aussi une question sociale : les "axes structurants" comme la rue de la Servette ou la rue Pierre-Fatio traversent des quartiers populaires, pas des zones résidentielles.
Les deux tiers de l'espace public genevois sont déjà accaparés par le trafic motorisé individuel. Transports publics, cyclistes, piétons, arbres, mobilier urbain doivent donc se partager le tiers restant, alors que la marche est à Genève le mode de déplacement le plus fréquent, le plus utilisé : il est celui de 39 % des déplacements dans le canton, 50 % en Ville de Genève. Il est vrai que, quand on n'est pas en fauteuil roulant, tout déplacement commence et se termine à pied, mais il est vrai aussi que quand la totalité de ce déplacement se fait à pied, une bonne partie du temps qu'on y consacre est un temps d'attente (jusqu'à 40 % du temps de parcours) que les modes de transports motorisés veuillent bien laisser passer celles et ceux qui peuvent utilisent le plus ancien, le moins coûteux, le plus sain, le plus adaptable de tous les modes de transports disponibles, le seul qui n'en a rien à faire d'une limitation de vitesse : la marche...
Lorsqu'on choisit la vitesse maximale autorisée dans les ville, au-delà du choix entre deux normes, et d'un affrontement caricatural du blaireau en SUV et du bobo en vélocargo, (mais la caricature ne trahit pas ce qu'elle représente, si elle le grossit), on fait bien un choix de société : "Si la voiture doit prévaloir, il reste une solution : supprimer les villes, c'est-à-dire les étaler sur des centaines de kilomètres, le long de voies monumentales, de banlieues autoroutières" (André Gorz).



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