Utiliser la droite pour battre l'extrême-droite ?
Tanulság Magyarországról
Après seize ans de pouvoir sur la Hongrie, Viktor Orbán et son parti, le Fidesz, sont lourdement tombés de leur piédestal le 12 avril. Le parti rival, Tisza, a obtenu plus des deux tiers des sièges au parlement (ce qui va lui permettre de revenir sur les contre-réformes menées par Orbán) et son chef, Peter Magyar, va devenir le nouveau Premier ministre. Une révolution dans les urnes ? Disons : un retour à une certaine normalité démocratique. La chute de l'inspirateur des extrêmes-droite européennes, Orbán, est une excellente nouvelle... même si son successeur est issu du parti d'Orbán (il en était encore membre il y a deux ans), pas d'une gauche alternative (ou même social-démocrate), la gauche étant quasiment absente du nouveau parlement hongrois -à quelques individualités près. La gauche ne soutenait pas le programme de Magyar, elle soutenait le seul candidat capable de battre Orbán. Y verra-t-on un message, ou une leçon, de l'élection hongroise à la gauche et à la droite démocratiques : pour battre une candidature d'extrême-droite, est-ce que rien ne vaudrait mieux qu'une candidature de droite ? En France, on imagine bien qu'Edouard Philippe et Dominique de Villepin répondent "oui, la mienne"...
A défaut d'être d'accord sur ce qu'ils voulaient, les adversaires d'Orbán savaient ce dont ils ne voulaient plus
Le futur Premier ministre hongrois Peter Magyar a promis de démanteler "brique par brique" le système autoritaire mis en place par le Premier ministre qu'il a écrasé dans les urnes, Viktor Orbán. Il a promis de rétablir des relations normales avec l'Union Européenne et l'OTAN et d'en être un membre loyal et fiable, d'améliorer les services publics, de lutter contre la corruption, de mettre en place une limite à deux mandats, de restaurer l'équilibre des pouvoirs, l’indépendance de la justice, l'autonomie des universités et la liberté des media -bref, d'opérer un véritable changement de régime... mais il refuse l'envoi d'armes à l'Ukraine, à l'adhésion de laquelle à l'Union Européenne il s'oppose aussi. Et il n'a nullement promis de rompre avec la politique xénophobe d'Orbán, qui avait bunkérisé la Hongrie face aux réfugiés.
Toute l'extrême-droite européenne avait pour Orbán les yeux énamourés des fidèles. Il était soutenu et défendu par Trump, par Poutine (dont il était le représentant au sein de l'UE), par Marine Le Pen, qui, le 23 mars louait "l'intelligence, le courage et la vision" d'un "dirigeant exceptionnel", qui va certainement gagner les élections hongroise, et dont la victoire annoncera pour 2027 "une vague électorale qui transformera l'Europe en 2027". On se gardera bien, nous, de croire que la défaite d'Orbán annonce d'ores et déjà celle de Bardella ou de Le Pen en 2027 en France, et de l'extrême-droite ailleurs. On se contentera de répéter que ce qu'Orbán a fait en Hongrie, et ce que Trump a commencé de faire aux Etats-Unis, est précisément ce que ses pairs, ailleurs, entendent faire chez eux, s'ils en ont la possibilité. Orbán a enseigné à Meloni, à l'AfD allemande, à Ma'Dalton et sa baudruche en France, et même à Trump. Qu'est-ce que Magyar peut enseigner à toutes celles et tous ceux que ce qu'Orbán enseignait révulsait ? Que les victoires de l'extrême-droite ne relèvent ni d'un destin, ni d'une fatalité, mais résultent seulement de la faiblesse de ses adversaires. De leur faiblesse, et de leurs divisions.
Magyar a gagné parce que même celles et ceux (notamment à gauche) qui étaient en profond désaccord avec lui, avec son parcours, avec des points importants de son programme, ont voté pour lui pour se débarrasser d'Orbán. Le jeu était à somme nulle : c'était Orbán ou Magyar. Un choix simpliste, pas forcément enthousiasmant, mais qui a permis à l'un de mobiliser toutes celles et tous ceux qui ne voulaient plus de l'autre et de sa mainmise, et de celle de son parti, sur la société, les institutions, les media.
A défaut d'être d'accord sur ce qu'ils voulaient, les adversaires d'Orbán savaient ce dont ils ne voulaient plus. Il leur fallait donc se rassembler, ils l'ont fait, et ils ont gagné. Cela ne suffit pas à un réel changement politique, mais c'était nécessaire pour le rendre possible.
A bon entendeur...



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