Fonds de tiroir

 «L'ombre bienveillante de Lénine plane sur la réouverture du St Honoré», titre la «Tribune de Genève» de vendredi. Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Qu'est-ce que l'«ombre de Lénine», certainement plus «bienveillante» que le Lénine vivant, a à faire avec une boulange-rie, pâtisserie et tea-room  qui fête ses 40 ans aux 91-93 de la rue de Carouge ? C'est simple : quand la rue de Carouge était surnommée la Karoujka tellement il y avait une foultitude de révolutionnaires russes (et d'indics et d'espions de l'Okhrana, la police politique tsariste) qui crêchaient, palabraient et buvaient dans le coin, l'un d'entre eux, Vladimir Illitch Oulianov (Lénine, donc) avait ses habitudes à la cantine russe du 91 (la cantine Lepechinski) et dans la salle de réunion du 93. Or en décapant un mur, les patrons du Saint Honoré ont découvert un passage entre les deux salles, plus d'un siècle après que Lénine l'empruntait, en 1904, pour passer de la cantine à la salle des complots révolutionnaires. Il avait même sans doute habité dans l'immeuble avec son épouse, Kroupskaïa, dans un petit deux pièces du rez-de-chaussée. Dans l'immeuble, la faction bolchévik du Parti social-démocrate russe (le POSDR) avait aussi sa bibliothèque et ses archives. Et un piano. Pour jouer l'Internationale, évidemment. Ouais, c'était le bon temps, les bolchéviks étaient encore des révolutionnaires et pas des potentats, et les Russes de Genève des proscrits, pas des oligarques. 

Titre, suivi de deux pleines pages d'articles, du «Matin Dimanche» : «Beaucoup de futures mamans renoncent trop tard à l'alcool». Ouais, mais si elles y avaient renoncé plus tôt, elles se seraient peut-être pas retrouvées enceintes... on sous-estime toujours l'impact sur le taux de natalité de la consommation d'alcool par les femmes, notamment celles qui auraient mieux fait de pas picoler avant que les futurs papas leur aient balancé leurs spermatos alors qu' elles, les futures mamans, n'avaient pas le moindre désir de maternité... Selon une enquête d'Addiction Suisse, 94% des futures mères déclaraient l'année dernière n'avoir pas bu une goutte d'alcool depuis avérée leur grossesse, mais presque la moitié d'entre elles (49 %) en avoir bu entre la conception (dont elles se souviennent quand même) et la confirmation qu'elles étaient en cloque. Et même 6 % ont continué en se sachant enceintes. Et une sur cinq considère que boire un petit verre se temps en temps en étant enceinte n'est pas dangereux et que certains alcools sont moins dan-gereux que d'autres. Ben, si ça peut faire oublier à la future mère qu'elle va se retrouver avec un gniard à charge pendant au moins quinze ans, on va pas lui faire le reproche d'une pinte et la conduire de force aux alcoolos anonymes...

La collaboration de la commune de Crans-Montana avec la justice, dans l'instruction sur l'incendie meurtrier du «Constellation» le 31 décembre dernier, est qualifiée de «chaotique» par les avocats des familles de victimes, et, du coup, par une partie de la presse. La commune assure bien collaborer «pleinement avec la justi-ce», mais les documents municipaux utiles à l'instruction ne sont transmis au Ministère public qu'à un rythme déconcertant, des pièces sont retrou-vées sur un ordinateur où elles avaient délibérément été mal classées, et qui plus est sous un faux nom, par le responsable du Service municipal des constructions, des documents sont caviardés, la commune trie les documents qu'elle remet à la justice, et les remet au compte-goutte, en plusieurs fois, en y mettant par fois plusieurs semaines. Ben quoi, on est en Corse, non ?


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