Initiative "Non" aux F-35 : un minimum de cohérence ne nuit pas

 

Signez, soutenez !

Le 28 avril dernier, une initiative populaire fédérale a été lancée, qui demande à la Confédération de renoncer à l'achat des avions de combat étasuniens F-35, achat que depuis des années, et en usant de tous les moyens (même légaux), le lobby militaire suisse (le Département de la Défense, ses deux ministres successifs Viola Amherd et Martin Pfister, Armasuisse, les sociétés militaires et les porteurs politiques des valises de tout ce petit monde) a réussi à imposer à ceux qui n'en voulaient pas, et à ceux qui voulaient un autre avion. L'initiative a été lancée par un comité citoyen. Un comité, tout aussi citoyen, a été créé à Genève mardi (AssociationcitoyennesNONauxF-35@proton.me). L'initiative n'émane donc, ni son comité de soutien, d'aucun parti politique. Mais elle attend tout de même un minimum de cohérence de ceux qui se sont prononcés, régulièrement, hautement, éloquemment, contre l'achat des F-35. Elle attend en particulier du PS* et des Verts, de la Jeunesse Socialiste et des Jeunes Vert.e.s, mais aussi du Groupe pour une Suisse Sans Armée**, qu'ils traduisent leurs discours en actes et leur opposition à cet achat en soutien à la seule démarche institutionnelle qui peut le suspendre tant que le peuple ne se sera pas prononcé sur sa pertinence, et cette fois en toute connaissance de cause : l'initiative populaire "Non aux F-35". Alors, signez-là, diffusez-là, appelez à la signer (il faut 100'000 signatures valables). Bref, soutenez votre propre choix politique !
Feuilles de signatures : https://www.fichier-pdf.fr/2026/05/13/initiative-non-aux-f-35/


Faire le choix du respect d'un processus démocratique

L'initiative lancée il y a deux semaines pour que la Confédération renonce à claquer six milliards de francs pour acheter des avions de combat étasuniens F-35 reprend textuellement une initiative lancée il y a cinq ans, qui avait abouti avec 133'000 signatures, mais qui avait été retirée après que les pressions se soient multipliées sur les initiants, qui avaient fini par y céder. Le comité d'initiative, et les comités locaux qui ont commencé à se créer, reprennent donc le combat pour annuler un achat, imposé à la suite d'un processus de sélection pour le moins discutable, et finalement ratifié à une majorité microscopique (50,1 %) par le peuple en 2020, après qu'on lui ait assuré que le prix d'achat était fixe... ce qui s'est révélé n'être qu'un pur mensonge. Le prix américain a augmenté, mais pas le crédit de six milliards voté par le parlement suisse. Résultat : au lieu de pouvoir acheter 36 F-35, ce qui lui coûterait 1,1 milliard de plus que prévu, la Suisse ne peut en acheter "que" 30 ou 31 (et encore, si leur prix n'augmente pas encore). C'est encore 31 de trop, mais le Département de la Défense, les militaires, Armasuisse, le ministre y tiennent. La Suisse a d'ailleurs déjà payé un acompte de 650 millions.

Et comment va-t-on les payer, les avions qu'on veut toujours acheter ? Le ministre de la Défense, Martin Pfister, demande une hausse de l'impôt le plus injuste, la TVA, pour trouver 31 milliards de financement de son programme d'armement, en plus, évidemment, des six milliards claqués pour acheter un avion totalement inadapté aux besoins suisses. Martin Pfister veut même ajouter 55 à 70 nouveaux avions de combat "modernes" aux F-35 auxquels il ne veut pas renoncer. La Société suisse des officiers, elle, veut pas moins de 100 milliards pour l'armée, alors que la ministre des Finances, Karin Keller-Sutter, se désole de n'avoir pu couper que cinq milliards dans la politique sociale, la formation, la recherche, l'aide au développement...

On nous dit qu'il est trop tard pour revenir sur cet achat ? Foutaise ! Cet achat repose sur un contrat, un contrat peut se rompre à tout moment tant qu'il n'est pas totalement respecté, il n'est pas trop tard pour rompre celui-là, et, pour commencer, pour dire qu'on veut le rompre, et en le disant, pouvoir prendre connaissance de ses clauses de résiliation (que Martin Pfister refuse de rendre publiques). Après tout, le Perou vient de rompre un contrat d'achat d'avions de combat F-35 (du même avionneur que les F-35), et la Suisse elle-même pourrait rompre un contrat d'achat de cinq systèmes Patriot aux Etats-Unis,  pour 2,3 milliards de francs, mais dont la facture pourrait presque doubler et atteindre 4,6 milliards. Du coup, la Suisse officielle, politique et militaire, n’exclut pas une rupture de contrat avec Washington. Mais elle persiste à l'exclure pour les F-35. Pourquoi ? Pour continuer à faire des courbettes à Trump ? Ou pour poursuivre une évolution qui mène la Suisse à ne plus être qu'un protectorat de l'OTAN ?

A en croire les sondages, une large majorité de la population (jusqu'à 80 % des personnes interrogées) s'oppose aujourd'hui à l'achat des F-35, et à en croire les rumeurs, une majorité du Conseil fédéral envisagerait d'y renoncer. Sans doute le lancement d'une initiative ni même son aboutissement n'ont aucun effet suspensif mécanique, obligatoire. Mais le choix politique d'une suspension peut-être fait, comme il l'a été en 1992 par l'un des prédécesseurs de Martin Pfister, Kaspar Villiger, qui avait attendu le vote du peuple sur l'initiative "Pour une Suisse sans nouveaux avions de combat" avant de relancer le processus d'achat des F/A-18. C'était, et cela reste, faire le choix du respect d'un processus démocratique. Et pour les partis de gauche*, mais aussi pour le Groupe pour une Suisse Sans Armée**, faire le choix de la cohérence, et ne pas se contenter d'une posture d'opposition, mais s'opposer réellement. 

* Le coprésident du PS, Cedric Wermuth, dénonce "celles et ceux qui ne tirent pas les conséquences nécessaires de la débâcle du F-35" et le parti réclame l'abandon du processus d'acquisition des F-35... mais fait pression sur ses élus fédéraux pour qu'ils ne figurent pas dans le comité d'initiative qui réclame précisément cet abandon... 

**Dans une résolution de son Assemblée générale du 10 mai, à Soleure, le GSSA dénonçait "une Suisse qui, en remplissant les caisses de guerre et en alimentant les machines de guerre, se rend complice des grands et petits seigneurs de guerre" et "la coopération avec l'OTAN (...) extrêmement coûteuse comme le montre le F-35, avion compatible avec l'OTAN". Logiquement, le GSSA demande donc "la résiliation immédiate du contrat sur le F-35"... mais refuse de soutenir l'initiative populaire qui formule la même demande...




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