Le 14 juin, défendons le service civil
Putain, trente ans...
Le 14 juin, le peuple suisse se prononcera sur les conditions d'accès au service civil. Les Jeunes Verts et la Fédération suisse pour le service civil, soutenus par une trentaine d'associations et d'organisations (dont les partis de gauche) avaient lancé contre cette contre-réforme de la loi un référendum qui a abouti. On votera donc sur la tentative de démanteler le service civil pour gonfler inutilement les effectifs de l'armée, sans la rendre plus efficace mais en privant les secteurs qui emploient les civilistes de leur apport. On peut même douter que le durcissement des conditions d'accès au service civil ramène à l'armée ceux qui ne pourraient plus servir ailleurs : ils se feront plutôt réformer médicalement... Selon un sondage Tamedia réalisé les 22 et 23 avril, partisans et adversaires des restrictions d'accès au service civil seraient, dans leurs intentions de vote, à égalité (46 % de part et d'autre), avec 8 % d'indécis. Les hommes y sont favorables à 51 % (contre 44%) , les femmes opposées à 49 % (contre 40 %), les villes et la gauche opposées, les campagnes et la droite favorables, les jeunes opposés et les vieux favorables, et le soutien baisse au fur et à mesure que le niveau de formation augmente. Un paysage politique connu. Et une certitude : la défense du service civil ne sera victorieuse que si nous nous mobilisons pour l'assurer. Parce qu'il relève d'une liberté de choix acquise en 1996 (putain, trente ans...) au nom de la liberté de conscience.
Ce n’est pas le service civil qui est trop attractif, c'est l’armée qui ne l’est pas assez
Ce n'est pas la première fois que le peuple se prononce sur le service civil, mais c'est la première fois qu'il se prononce sur une proposition de réduire les possibilités d'y accéder, parce que le Conseil fédéral trouve qu'il est trop attrayant. Qu'il attire trop de personnes aptes au service militaire, et qui préfèrent un service civil plus long, mais plus utile. Pour nos zautorités, le service civil doit rester tel qu'il avait été conçu : une exception limitée à une règle générale (l'obligation faite à tout Suisse mâled de servir dans l'armée). Il n'y a pas de libre choix entre service militaire ou service civil : si on est apte au premier, on ne peut s'y soustraire -sauf pour des raisons de conscience. Mais les hommes concernés ne l'entendent pas de cette oreille : pour eux, c'est un choix libre de faire l'un ou l'autre. Et 6600 choisissent chaque année le service civil plutôt que le service militaire. C'est trop pour le gouvernement, qui veut réduire ce chiffre (pourtant pas exorbitant) à 4000. Parce que l'armée dit manquer d'hommes. De femmes aussi, sans doute, mais elles ne sont pas tenues à servir, même si elles peuvent choisir de le faire -c'est le seul libre choix que l'armée et le Conseil fédéral conçoivent. Or ce n’est pas le service civil qui est trop attractif, mais bien l’armée qui ne l’est pas assez, et si la majorité du parlement a durci les conditions d'accès au service civil, c'est dans l'espoir que ce durcissement sera dissuasif. Les militaires qui auront effectué tous leurs jours d'instruction n'auraient plus accès au service civil, ceux qui voudraient transformer leur service militaire en service civil devraient obligatoirement y être astreints 150 jours, sans que l'on tienne compte des jours de service militaire qu'ils auront effectué. Et s'ils choisissent le service civil, c'est 180 jours d'astreinte qui leur seraient imposés. Enfin, les affectations nécessitant des études de médecine (y compris dentaire ou vétérinaire) seraient impossibles.
La majorité des civilistes travaillent pour des collectivités publiques, ou des acteurs associatifs ou parapublics, où ils sont souvent indispensables (et le seraient plus encore si la Suisse devait restreindre les possibilités d'immigration légale) à l'accomplissement de tâches importantes, voire essentielles (et que le vieillissement de la population rendra encore plus essentielles), dans les hôpitaux, les maisons de retraite, les institutions pour personnes handicapées, l'environnement, l'agriculture de montagne, les écoles. En 2025, 50 % des tâches accomplies par les civilistes l'ont été dans le domaine social, 18 % dans l'instruction publique, 15 % dans la santé, 10 % dans l'environnement. Et si la société ne peut se passer de leur apport à l’accomplissement de ces tâches, l'armée, elle, peut parfaitement se passer d'eux -et eux d'elle. Alors, qu'elle s'en passe, comme elle le fait depuis 1996, des milliers de jeunes hommes s'en passant pour servir utilement les gens de ce pays... Car cela ne fait que trente ans -un peu plus d'une génération, en somme- qu'on ne risque plus des mois de prison pour avoir "refusé de servir" de la seule manière imposée aux jeunes hommes. On pouvait dès lors choisir une autre manière. Pour nous, c'était trop tard (on s'est pris dix mois de prison). Pour des milliers d'autres, ce fut une liberté nouvelle : celle de choisir de pouvoir être utile aux autres plutôt que se résigner à ne l'être qu'à gonfler les effectifs de l'armée.


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