"NON à une Suisse à dix millions" : Se croire dans le camp des gagnants et se retrouver dans celui des perdants

En 2025, l'immigration en Suisse a dépassé d'un peu moins de 75'000 personnes l'émigration de Suisse (on ne compte là que l'immigration légale d'étrangers, à laquelle s'ajoute celle de ressortissants suisses nés à l'étranger, et celle d'immigrants illégaux). 75'000 immigrants de plus que d'émigrants, est-ce trop ? Non, c'est juste nécessaire : 80 % de ces "nouveaux étrangers" viennent en Suisse pour y travailler, disposent d'un contrat de travail et d'un permis, et nombre d'entre eux reviendront dans leur pays d'origine après avoir largement contribué à faire de la Suisse ce qu'elle est et des conditions de vie des Suisses ce qu'elles sont. Plus d'un tiers des médecins et presque un tiers des infirmiers actifs en Suisse sont des immigrants. Peut-on 'en passer ? Oui, en fermant des lits, voire des hôpitaux, en réduisant les hospitalisations, en employant des frontaliers, en repoussant l'âge de la retraite. Au soir du 14 juin, si l'initiative udéciste devait être acceptée, ceux qui se croiront du côté des vainqueurs du jour seront les perdants des décennies qui suivent. 

Que l'initiative passe ou trépasse, la population résidente continuera de vieillir. Mais si elle passe, la Suisse n'aura plus les moyens d'y faire face  - Il faut donc qu'elle trépasse.

On peut s'attendre, le 14 juin au soir, à un vote serré sur l'initiative contre une Suisse "à dix millions" d'habitants,  mais aussi à une Suisse fortement clivée entre des villes refusant l'initiative udéciste et des campagnes l'acceptant, des centres très peuplés et des périphéries en déclin démographique. Et c'est un paradoxe, que relève Yves Pétignat dans "Le Temps de samedi : ce sont les régions qui auraient le plus besoin d'un apport de population qui vont voter pour une initiative bloquant cet apport, et les régions où l'immigration est la plus forte qui refuseront une initiative visant à la freiner. C'est là où la population vieillit le plus qu'on soutiendra une proposition accélérant son vieillissement, l'exode des jeunes, la baisse de la population active. Où l'immigration se concentre-t-elle ? Dans les villes qui refuseront de la limiter. Où votera-t-on pour la limiter ? Là où elle seule permet d'éviter une dépopulation et d'assurer la prise en charge de la plus âgée de celle qui reste. Il est vrai que de cela, des hôpitaux publics, de EMS, du financement de l'AVS, l'UDC s'en fout -comme elle se fout des transports publics, de l'environnement, du logement. 

Aujourd'hui, ce sont les cotisations des immigrants qui permettent à l'AVS  de tenir encore. L'UDC le sait, qui admet qu'en cas d'acceptation de son initiative "pas de Suisse à dix millions", il faudra relever l'âge de la retraite pour compenser le manque de main d'oeuvre immigrante et faire travailler et cotiser plus longtemps la main d'oeuvre résidente en état de le faire. Parce qu'en Suisse, le nombre de retraités augmente de 20'000 personnes par an, qui s'ajoutent à des retraités qui vivent de plus en plus vieux -et qui sont donc à la retraite de plus en plus longtemps, jusqu'à un âge nécessitant leur prise en charge. Or sans l'immigration, il serait déjà impossible aujourd'hui de maintenir un système de santé, et d'accueil des personnes les plus âgées, capable de faire face à cette pression démographique, et il sera demain nécessaire de réduire les possibilités de soins, d'hospitalisations et de prise en charge dans les EMS. C'est une évidence triviale, à laquelle l'UDC n'oppose qu'un déni de réalité. Comme elle n'a que cela à opposer à ces deux autres évidences : que son initiative passe ou trépasse, la population résidente continuera de vieillir. Mais la Suisse n'aura plus les moyens de faire face à ce défi démographique  si l'initiative passe - Il faut donc qu'elle trépasse.

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