Rapport d'"experts" sur les dépenses publiques genevoises : Les Palotins et la tronçonneuse
Aujourd'hui, dans le calendrier pataphysique, nous sommes le 11 Palotin, et c'est le jour des Sts Palotins des Phynances. Le jour qui convient pour évoquer le plan pataphysique d'"économies" présenté aux Palotins des Phynances genevoises (Conseillers d'Etat, députés) par des "experts" mandatés par le Conseil d'Etat, sans que l'on sache précisément de quoi ils sont "experts", ni combien ils ont été payés pour recommander de s'en prendre à celles et ceux qui ont le plus besoin d'aide pour surnager. Ni qui sont les cadres, directeurs d'établissement publics, auditeurs qui ont été consultés. On sait en revanche ce qui a été demandé à la commission d'"experts", et on sait désormais ce qu'elle propose : réduire les dépenses publiques cantonales sans augmenter les impôts. Comment faire ? C'est simple : on coupe partout où on considère qu'on peut couper. Surtout si ce qu'on coupe bénéficiait à des milieux moins privilégiés que ceux dont sont, sans doute, sortis les "experts", et ceux qui vont soutenir leurs propositions. On est donc quelque part entre Musk et Millei.
Passer de l'Etat social à l'Etat asocial
Les "experts" désignés par le Conseil d'Etat pour "faire des économies" sans augmenter les impôts ont fait ce qui leur était demandé : proposer de tronçonner dans les dépenses publiques pour les réduire de plus d'un demi-milliard, dans un plan qui s'ajoute à un plan de poids comparable déjà adopté par le Conseil d'Etat, ainsi qu'à des mesures complémentaires de l'ordre de 300 millions. Prenez votre boulier, faites l'addition, on n'est pas loin du milliard et demi d'"économies", alors même que les comptes 2025 du canton sont bénéficiaires. Alors pourquoi ces coupes ? "parce que "le vent va tourner", annonce le Conseil d'Etat. Tourner pour qui ? Certainement pas pour les plus fortunés (dont on a baissé les impôts), les plus grosses entreprises (dont on baissé les impôts), les traders de matières premières (qui se font des roubignoles en platine grâce aux crise géopolitiques). Mais si les 53 mesures proposées par les "experts" sont, en tout ou partie, mises en oeuvre, le vent, en effet, va tourner. Pour les moins friqués des résidents en EMS (retour des chambres à deux lits), des assurés-maladie (durcissement d'accès aux subsides permettant précisément aux moins friqués d'être assurés), des retraités (baisse des prestations complémentaires, suppression de la réduction de 50 % sur les abonnements TPG), des jeunes de moins de 25 ans (suppression de la gratuité des TPG)... "On ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs", résume la Conseillère d'Etat PLR Nathalie Fontanet. C'est qui, les oeufs ? Dans l'énumération de coupes, ce qui importe, ce qui définit la cible, c'est sans doute moins le secteur où les coupes sont proposées que la population qui va les subir : "les moins friqués", d'abord. Mais aussi, pour d'autres propositions, les élèves et les enseignants des écoles (hausse des effectifs), les étudiant.e.s (hausse des taxes universitaires), les personnes hospitalisées (dont les jours d'hospitalisation seront réduits), l'IMAD, les communes (transferts de charges sans transferts de compétences, ce qui pourtant permettrait durablement de réduire les dépenses du canton -mais comme ce serait en accroissant celles des communes, en particulier des villes et surtout de celle de la Ville, il ne saurait en être question, puisque ce serait renforcer un autre secteur public que celui auquel on s'attaque). On ajoutera que les propositions des "experts" s'en prennent, évidemment, au fusible habituel : la fonction publique (augmentation du temps de travail, réduction du temps de prise en charge du salaire en cas de maladie, non-remplacement des départs à la retraite, facilitation des licenciements). Et on n'aurait garde d'oublier qu'ils proposent aussi de réduire à cinq le nombre de Conseiller.e.s d'Etat et de priver les députés du Grand Conseil du pouvoir de proposer des lois (un législatif qui ne légifère pas ? fallait oser...).
Le rapporteur de la commission d'experts, Stanislas Zuin, présente son document comme "un catalogue de propositions dans lequel le pouvoir politique fera son choix". Le Conseil d'Etat va consulter partis et partenaires sociaux, puis proposer au parlement les mesures qu'il a retenues, le parlement lui aussi fera son choix (les députés vont-ils voter la perte de leur droit de proposer des lois ?). Aucun des choix faits à ces différentes étapes ne sera le même que celui fait à l'étape précédente. Et tout finira devant le peuple, qui ne retiendra sans doute pas grand'chose du "catalogue" des experts.
Mais derrière tout cela, derrière les raisonnements comptables, derrière l'emprunt de la tronçonneuse de Millei, n'ayons garde de croire qu'il n'y a pas de projet politique. Il y en a un : passer de l'Etat social à l'Etat asocial. Et c'est à ce projet qu'il va nous falloir nous opposer, de toutes les manières possibles. Comment le reconnaît le rapporteur de la commission d'"experts", Stanislas Zuin, l'adoption de tout ou partie de ses propositions sera "forcément très impopulaire, et il y aura des résistances".
Ouais, il y en aura.



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