Brèves Troubles
Le Département des institutions et du numérique (de justice et police, quoi, comme on disait dans le temps) qualifie le bilan de l'intervention de la police lors de la manifestation antiG7 de «positif». Comme un test de grossesse avant un avortement ou un test covid avant un confinement ? La Ligue suisse des droits humains, la Coordination genevoise pour le droit de manifester et les Juristes progressistes dénoncent des «exactions», et Amnesty International des «défaillances policières». Mais dekoikis'mêlent, ces droitsdel'hommistes ? Pour Carole-Anne Kast, l'action policière a été «proche de la perfection». Proche comment, combien proche ? Très proche, un peu proche, trop proche, à touche-touche ? Le syndicat SIT répond en saluant plutôt «le courage des travailleuses et travailleurs descendu-e-s dans la rue ce 14 juin 2026 pour dénoncer les politiques néolibérales, patriarcales, racistes, climaticides, et pour certaines néofascistes, menées par les gouvernements du G7 à l’occasion de leur réunion à Évian (...) après des mois de psychose sécuritaire et de colère largement alimentées par le patronat, la droite et le Conseil d’État, qui n’ont cessé de jeter des hectolitres de pétrole sur le feu en s’attaquant au droit démocratique de manifester». Le syndicat dénonce «avec véhémence les violences policières intolérables dont ses membres, employé-e-s et militant-e-s, ont été victimes en fin de manifestation», exige «des explications et des excuses» et se réserve le droit «d’entreprendre toutes actions utiles, politiques et judiciaires, afin d’obtenir les garanties indispensables quant à l’exercice de nos droits démocratiques». Et sur la proximité de l'action de la police avec la perfection, le SIT signale des tirs de lacrymogènes sur son véhicule en mouvement dans la manif, «toutes fenêtres et hayon ouverts, au milieu de manifestant-e-s ce qui «s’appelle une mise en danger de la vie d’autrui, qui aurait pu avoir des conséquences dramatiques». Et le syndicat ajoute qu'en fait de proximité, il y eut celles de ses employés, de ses militants et de ses membres pris dans la nasse policière de Mon-Repos, et «contraint-e--s de faire leurs besoins dans l’herbe sous les yeux de la police et de tous-tes», voire, pour l'une, «de remplacer son tampon hygiénique devant deux policiers qui n’ont pas daigné détourner leur regard. Elle n’a pas eu accès à de l’eau courante pour se laver les mains». On était «proche de la perfection», donc. D'ailleurs, les félicitations de la droite sont tombées sur la police comme des lacrymos sur la nasse de Mon-Repos : le PLR «remercie les forces de l'ordre», l'UDC la félicite pour son «sans faute»... A la place de Carole-Anne, on s'inquiéterait. Mais bon, on n'y est pas, à la place de Carole-Anne. Ce qui d'ailleurs vaut mieux pour tout le monde.
La manif de dimanche a coûté assez chez en termes de mobilisation policière. Or c'est la France qui a décidé d'accueillir chez elle le G7 contre lequel on a mani-festé à Genève, et la France ne voit pas pourquoi elle devrait assumer une partie des coûts sécuritaires en marge du G7, vu que la présidence française avait expliqué que si bordel il devait y avoir à Genève, ça serait pas à cause du G7 mais à cause de la votation sur l'initiative UDC «pas de Suisse à dix millions», tenue le même jour qui aussi coûté des sous (c'est pas gratuit, une votation fé-dérale) et qu'on n'a pas demandé à l'UDC de rembourser. De la gauche à la droite, tous les politiques se sont mis à exiger que la France paie. Ouais, mais on fait comment pour l'y forcer ? On bloque le détroit d'Yvoire ? on balance un drône sur la mairie d'Annemasse ?
N'empêche, c'était marrant, Genève, ces jours. Vous partiez de la Jonction pour arriver à Cornavin, vous croisez des policiers neuchâtelois, vaudois, fribour-geois, zurichois, nidwaliens, tessinois, et même des gendarmes français. Un vrai petit tour multilingue de la Suisse et de ses voisins. Ne manquait qu'un chouïa de diversité dans l'apparence de toutes ces polices, toutes fringuées de la même manière. Heureusement qu'il y avait les insignes et les accents pour les identifier, parce que sinon, ils se ressemblaient tous, nos poulets confédérés.
D'entre les centaines de personnes prises dans la nasse policière du parc Mon-Repos à la fin de la manif anti-G7 de diman-che, y'avait des personnes âgées. C'était sûrement des des vioques blocks, chantant «prenez garde, v'la la vieille garde»...


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