Fonds de tiroir
Depuis 2019, le 14 juin est dans toute la Suisse le jour de la grève féministe, en référence à la première grève des femmes du 14 juin 1991, et son demi-million de participantes. Mais le 14 juin de cette année, ce sera le jour de la grande manifestation, à Genève, contre le sommet des sept potentats réunis à Evian. Du coup, les collectifs vaudois et genevois de la grève fémi-niste invitent, sans renoncer à mani-fester le 13, à rejoindre la manif du 14. Parce que les collectifs soutiennent la manif anti-G7 et le mouvement qui la portent. Et ils la soutiennent parce que les luttes féministes font face à une montée du masculinisme, renforcée par quelques uns des poten-tats réunis à Evian -à- commencer par Trump. Et donc que la grève féministe est aussi une grève contre eux. Donc les luttes convergent, puisque les oppressions elles aussi convergent. Oualà, c'était notre minute d'expli-cation: «Dis Tonton, ça veut dire quoi, l'intersectionnalité ?». Ben ça veut dire toutes à la manif ! Même autorisée seulement sur la rive-droite? Ouais, même. Surtout que sur la rive-droite, y'a la légation des USA...
Interdite ou autorisée, il y aura manif le 14 juin à Genève, contre la réunion de la coupole «occidentale» (car figu-rez-vous que le Japon est «occiden-tal»...). Il y aura manif à Genève, parce que c'est Genève, qu'Evian sera bouclée et que c'est par Genève que passeront, pour se rendre à Evian, les chefs d'Etat et de gouvernement des USA, de France, du Royaume-Uni, d'Allemagne, du Japon, d'Italie et du Canada. Eux, les chefs d'Etat de notre camp du Bien, il ne peut-être question de leur interdire quoi que ce soit : ce sont des chefs, et on n'interdit rien aux chefs. On n'interdira rien non plus à la cohorte de leurs accom-pagnants: ministres, conseillers, tra-ducteurs, membres des services de sécurité et on en passe. Ils seront des centaines. En revanche, à nous, habi-tantes et habitants de ces contrées, beaucoup de choses nous seront in-terdites, ou rendues extrêmement dif-ficiles. Parce nous, nous ne sommes pas des chefs. Mais nous, nous sommes déjà ici. Et puisque les capi de tutti i capi y sont, nous avons le droit de les y accueillir comme il convient. La camarilla autorisée des chefs se comp-tera en centaines ? Autorisée ou non, la manifestation des obscurs se comptera en milliers. Au moins. Du coup, c'est mobilisation générale des deux côtés de la frontière. Côté suisse, le Service de renseignement de la Confédération (SRC) a fait savoir qu'il considérait le sommet du G7 comme porteur d'une «menace élevée pour la Suisse». Vu qui il rassemble, on se dit que y'a pas que pour la Suisse qu'il est une menace, mais vous savez ce que c'est, hein, le reste du monde, c'est vraiment un reste. Donc, le SRC craint la menace terroriste, l'extré-misme violent (pas celui de tel ou tel chef d'Etat ou de gouvernement, celui de manifestants) et les cyberattaques contre les infrastructures critiques. A part ça, ça va pas être simple de passer la frontière entre Genève et la France pendant la kermesse des potentats à Evian. Sur 35 passages frontaliers, y'en aura que sept ouverts (plus trois par intermittence, ainsi que les gares de Cornavin et d'Annemasse et l'aéroport). Bon, la fermeture des douanes, on s'en fout, on connaît des coins ousqu'on peut passer la frontière en douce. Dans les bois de Meyrin, par exemple, par où rentraient en Suisse pendant la dernière guerre mondiale des réfugiés et des résistants. Sous le regard attendri de notre pépé.
Cet été, la Coupe du monde de football se tiendra aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Mais alors que ce tournoi s’annonce d’une ampleur inédite, la réalité qui se dévoile chaque jour raconte une tout autre histoire : Aux États-Unis, près de 500 000 personnes ont été expulsées en 2025. Des agents de l’ICE opèrent près des stades. Des fans LGBTQIA+ risquent de subir harcèlement et violence. Des ras-semblements pacifiques sont répri-més et interdits. Amnesty Interna-tional Belgique lance une pétition pour «rappeler au président de la FIFA, Gianni Infantino, et aux autorités des pays hôtes que le monde les regarde, et que la situation est inacceptable». De quoi ils se mêlent, les droitdelhommistes mangeurs de frites, hein ? Et est-ce qu'on doit vraiment leur rappeler qu'Infantino et Trump se contre-foutent de ce genre de rappel ?


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