Brèves de comptoir

 Samedi il y a  deux semaines est mort à Paris un homme de presque 105 ans. Il s'appelait Edgar Nahoum, il était né à Paris dans une famille juive venue de Salonique. On le connaissait sous le nom qu'il avait pris dans la Résistance contre le nazisme: Edgar Morin. Il s'était défini comme un «braconnier du savoir», un «optipessimiste» (à la façon de Gramsci, pessimiste de la raison et optimiste de la volonté ?) affronté à la «complexité du réel», on l'avait présenté comme un «penseur planétaire», il se définissait comme un «omnivore culturel» et voulait «relier ce qui, dans notre perception habituelle, ne l'est pas», et identifier «ce qui nous unit comme être humains». Juif résistant («que serions-nous devenus sans la Résistance ? Nous aurions eu une carrière ? Grace à la Résistance, nous avons eu une vie»), il avait, presque naturellement, été communiste dès 1941, et cadre du parti, mais en avait été exclu en 1951 et avait ensuite reconnu son aveuglement face au stalinisme. Proche des positions de Martin Buber, il s'était engagé contre la guerre d'Algérie, avait écrit et publié une quarantaine de livres, dont quatre encore en 2024, à l'âge de 103 ans. Et dans une tribune publiée par «Le Monde», il appelait à la «résistance de l'esprit». Un  Mensch. 

Le lendemain de la disparition d'Edgar Morin disparaissait notre camarade Roger Michel. Nous avons milité avec lui, siégé avec lui au Conseil municipal, parlé avec lui de nos lectures de Césaire, de Depestre, de Laferrière, d'Haïti... avec qui en parler désormais ?
Un jour après Roger Michel disparaissait Areski Belkacem, compositeur, arran-geur, styliste, accompagnateur, choriste. Areski pour les intimes, dont Jacques Higelin, devint indissociable de sa compagne de près de soixante ans, Brigitte Fontaine: à chaque fois que nous savourons une chanson d'elle, il y avait lui dedans, derrière, à côté. Et comme les chansons restent, il reste avec elles.
Et trois jours plus tard, c'est Marjane Strapi qui disparaissait. Pour ses proches, elle est «morte de tristesse un peu plus d'un an après le décès de l'amour de sa vie», l'acteur, producteur et scénariste Mattias Ripa. Marjane Strapi, on l'a découverte avec sa bande dessinée puis son film «Persepolis». Elle y racontait son enfance iranienne sous la férule des mollahs, la répression, l'exil en Europe -en France depuis 1994, elle était devenue française en 2006. Primée à Angoulême et à Cannes, elle avait refusé la Légion d'Honneur en 2025 pour dénoncer l'attitude «hypocrite» de la France à l'égard de l'Iran. Engagée dans le mouvement «Femme, Vie, Liberté», elle disait «Je ne prétends pas détenir la bonne parole, j'essaie simplement d'être la plus juste possible«», disait-elle. Alors, soyons justes : Cette première semaine de juin, ça été une putain de semaine de merde. Et ça s'est pas amélioré : il y a une semaine, juste avant la grande manif antiG7 à Genève, c'est Jean Ziegler qui abandonnait. On y reviendra...

Toutes les armées européennes, pre-nant exemple sur l'Ukraine, dévelop-pent des robots combattants et des drones bombardiers, et rêvent de batailles sans combattants humains, avec juste des programmateurs. Le progrès, quoi. Le «Canard Enchaîné», demande «qui sera tenu pour responsable, voire coupable (...) d'un crime de guerre provoqué par ces guerriers sans cerveau et ces avions sans pilote ?»... Réponse : Personne. C'est le but. Parce qu'on voit mal un drones ou robot traîné devant la Cour pénale internationale... Et le droit international humanitaire, le droit de la guerre, les Conventions de Genève, on en fait quoi ? Ta gueule, on n'est pas là pour rigoler...

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