"L'ordre cannibale du monde" à Evian, son refus à Genève
Dans le cerveau du monstre...
Jean ne sera pas des nôtres,
dimanche. Pas physiquement. Tout ou presque avait été tenté pour le faire taire, sans y parvenir. La maladie seule avait ce pouvoir. Jean
Ziegler n'est pas mort, il a seulement oublié de continuer à vivre.
Mais ses révoltes, ses indignations, sa conscience insurgée sont
nôtres. Mais toutes les raisons pour lesquelles nous
serons là, par milliers, il nous les avait données : "Un
ordre du monde qui donne
comme naturels, universels, nécessaires, la richesse
rapidement croissante de quelques uns et le dépérissement
continu du plus grand nombre, où les libertés fondamentales,
le relatif bien être, les droits civiques des démocraties
industrielles sont payés par le sang d'anonymes multitudes
de travailleurs du Tiers monde, est un ordre inacceptable".
Dimanche, nous marcherons sans Jean, mais avec lui quand même.
Rendez-vous au parc Mon Repos (Perle du Lac), départ de la manifestation à 15h15 quai Wilson. Et pendant tout le sommet d'Evian, manifestons,
débattons, rencontrons-nous, organisons-nous à Genève, parce que "c'est
ici qu'est le cerveau du monstre" et qu'ici, des rencontres
internationales feront ce contre-sommet dont ni les autorités
françaises, ni les autorités genevoises ne voulaient. Programme des manifestations :
https://nog7ge.noblogs.org/2026/06/03/grille-horaire-des-rencontres-internationales-nog7/
Caminante, no hay camino,
Se hace camino al andar
Parlons avec les mots de Jean
Ziegler, mettons-les entre guillemets et en italiques, mais faisons-en
les nôtres."Ne parler que des fleurs et des arbres,du temps qu'il fait
et des nuages qui voyagent à l'horizon ? Le ferais-je, je me
mépriserais".
"Une évidence m'habite : l'action de
chacun compte" assurait Jean -dont l'action a compté. Quelle action
compte ? Toutes celles qui se mènent sans compter le profit qu'on peut
en tirer. Manifester comme nous le ferons dimanche. Publier. Parler,
Siéger dans un parlement, en prenant bien garde que le parlement ne
siège pas en nous. Et rester libres. Et ne pas dissocier ce que nous
faisons ici pour changer les choses ici, et ce que nous y faisons pour
aider à ce qu'elles changent ailleurs. Car des peuples
résistent. Non « les peuples », mais certains d'entre eux, et en leur
sein, certains mouvements nés précisément de la volonté de résistance à la
dépossession et au pillage organisés par le capitalisme. Séparées les unes des autres,
ces résistances sont toujours vaincues, et plus sûrement encore si ceux contre
qui elles se mènent arrivent à les dresser les unes contre les autres. Coordonnées les unes aux autres, en revanche,
elles peuvent vaincre.
Dimanche, nous manifesterons
évidemment contre les sept potentats qui se croient encore les maîtres
du monde, mais qui se réunissent surtout parce qu'ils perçoivent que
d'autres leur disputent, ou leur contestent ce titre. Mais nous
manifesterons aussi contre ce qu'est devenu, depuis longtemps, notre
pays (il a oublié qu'il fut autre, lorsqu'il était la seule république
démocratique d'Europe et était devenue un refuge et une base pour les
révolutionnaires du continent). "La Suisse dont je rêve échappe à la
raison d'Etat, elle est solidaire et elle est européenne", avait déclaré
Jean, il y a presque 30 ans. A nous d'en f aire plus qu'un rêve,
puisque "l'utopie est une force historique". Et qu'étant "toujours les
héritiers d'autres dans un combat qui traverse les siècles", nous sommes
désormais les héritiers de Jean Ziegler. Et nous manifesterons avec
lui. Comme nous le faisons, à nos pas différents, depuis des
décennies...
On s'autorisera à conclure, puisque Jean ne le peut plus -mais on sait que, quand on lui avait demandé ce qu'il pensait du texte qui suit, il y avait adhéré Par gentillesse ou par conviction, peu désormais importe : nous pouvons croire qu'il l'ait fait sien, comme nous venons de faire nôtres plusieurs des siens. Or donc :
« La vraie question n’est pas de savoir pourquoi les
gens se révoltent, mais pourquoi ils ne se révoltent pas », résumait
Wilhelm Reich. Le temps, forcément, nous manque, et nous ne pouvons pas
attendre. Ne pas attendre qu'on nous écoute pour parler, ne pas attendre qu'on
nous comprenne pour expliquer, ne pas attendre d'être aimé pour aimer, ne pas
attendre qu'on nous suive pour agir, ne pas attendre d'avoir tout prêt, sous la
main, complet et définitif, le modèle de la nouvelle société, pour se défaire
de l'ancienne.
Caminante, no hay camino,
Se hace camino al andar
(Antonio Machado, 1938)



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