Manif genevoise NO G7, débordements, répression :
A DROITE ON NASSE,
A GAUCHE ON CHOUINE
Ce qui devrait nous importer dans la manifestation genevoise du dimanche 14 juin contre le G7, c'est son contenu, ce sont ses enjeux, parce que ce sont eux qui la justifient, totalement : ne pas se contenter d'être contre le monde tel qu'il est, dire le monde tel qu'il devrait être et s'organiser pour le faire advenir, pour transformer la colère en changement -tout ce qui a pu être débattu dans les rencontres internationales organisées par la coalition NoG7. Mais de quoi a-t-on débattu ad nauseam dans les grands media ? de l'écume de la vague, pas de la vague. D'une voiture incendiée, d'une vitrine de banque fracassée, et d'une épidémie de panneaux de bois sur les devantures des commerces. La ville atteinte de jaunisse a attendu les Blacks Blocs comme dans la Nuit des Morts Vivants on attend les zombies. Et ils ont répondu à l'attente, ces démons familiers de nos plus grandes manifs depuis quarante ans. Leur violence contre les biens est une arme médiatique : elle est le medium de leur message, et leur victoire, c'est quand on parle plus d'eux que des manifestants, et plus de la vitrine cassée d'une banque ou d'une voiture brûlés que des contenus de la manifestation qu'ils ont débordée.
Un "Groupe de Mon-Repos" quarante ans après le "Groupe d'Yverdon" ?
Après l'épisode de la manif anti G7 d'il a dix jours, puis de la nasse policière autour des manifestants revenus au parc Mon-Repos, les commentaires des uns et des autres ont été tels qu'on les attendait : la police se félicite, le Conseil d'Etat félicite la police, la droite et le patronat font chorus, les partis de gauche (y compris ceux qui ont des représentants au Conseil d'Etat, et n'entendent nullement y renoncer) dénoncent des "méthodes répressives inacceptables" et demandent des comptes (mais à qui ?) et "une enquête impartiale sur ce qui s'est passé". Et à gauche de la gauche (mais aussi au sein du PS, sans qu'il le fasse lui-même), on exige des démissions. Autrement dit, des changements de personnes. Un autre Procureur général, une autre ministre de la police, une autre cheffe de la police. Pour les remplacer par qui, puisqu'on n'entend pas se passer de ces postes (on n'est pas à Barcelone en 1936, on est à Genève nonante ans plus tard) ? Un changement de tête, est-ce que c'est un changement de politique, s'il n'y a pas de changement de rapport de forces -autrement dit, de majorité ? Bien sûr que non. Le PS a-t-il dénoncé l'attribution à sa représentante du département qu'on appelait naguère "de justice et police" ? A-t-il exigé de Carole-Anne Kast qu'elle le refuse ? Menace-t-il aujourd'hui de quitter le Conseil d'Etat pour protester contre les pratiques policières du 14 juin ? On se retrouve là dans un bon vieux débat de derrière les fagots de gauche : celui qui porte sur la présence minoritaire de socialistes dans un gouvernement à majorité de droite, affublé d'un parlement à majorité de droite. On y va, ou on n'y va pas ? Si on y va, c'est pour y faire quoi ? Et si on n'y va pas, de quels instruments politiques, de quels moyens de lutte, de quelle stratégie, on se dote pour pouvoir peser sur les décisions qui importent, et ne pas être confiné (nassé ?) dans une fonction tribunitienne, proclamatoire, avec plus de posture que d'efficacité ? Un vieux débat qu'on regrette aujourd'hui, de ne plus mener côte à côte avec Jean Ziegler.
Faut arrêter de chouiner, camarades : le PS (ni les Verts) n'est pas contraint de participer, minoritairement, à un gouvernement (fédéral ou cantonal), il a choisi de le faire. Faut pas après qu'il se plaigne des dommages collatéraux de ce choix (par exemple de retrouver l'une des siennes à la tête d'un département dont ni elle, ni lui ne voulaient) ou alors, il faut qu'il fasse un autre choix, et cesse de considérer que sa place naturelle est d'être au gouvernement quoi qu'il en coûte. Et qu'il n'attende pas pour le faire, ce choix que quarante après que le Groupe d'Yverdon, un groupe de Mon-Repos le lui suggère.



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