Du bon usage des canicules

 

Refaire le monde ou empêcher qu'il se défasse ?

En 1921, Charles-Ferdinand Ramuz écrit «Présence de la mort». Un roman apocalyptique, écrit en 1921, qui nous raconte à hauteur du Léman la consumation annoncée du monde. Il ne l'attribue pas à l'activité humaine, mais au rapprochement de la Terre et du soleil. Peu lui importe la cause de la fin d'un monde, c'est cette fin, et ce qu'en vivent les vivants, qui lui importe. Et ce qu'il en écrit est prémonitoire. En exergue du livre, il dit l'avoir écrit «en souvenir d'un été où on a pu croire que ce serait ça». Mais c'était bien ça. 

Ramuz écrit dans une langue qui est à lui seul, qui ressemble à une langue parlée mais qui n'est parlée par personne. Son livre est à lire à haute voix, pour qu'on entende cette voix qu'on ne peut entendre qu'ainsi. Il s'ouvre par cette annonce qu'on croirait aujourd'hui celle du refus obstiné d'entendre les avertissements lancés depuis des décennies à propos du changement climatique :
«Alors les grandes paroles silencieuses vinrent : le grand message fut envoyé d'un continent à l'autre par dessus l'océan. 
La grande nouvelle chemina toute cette nuit-là au-dessus des eaux par des questions et des réponses.
Rien pourtant ne fut entendu» 
Le premier rapport du Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat, le GIEC, annonçait en 1990 ce qui se produit aujourd'hui. Et «rien pourtant ne fut entendu» 

Alors, relisant ce livre plus d'un siècle après qu'il fut écrit, on va le reprendre*, confronter ce que nous en avons extrait avec ce que nous venons de vivre et allons encore vivre, de plus en plus souvent... et le confronter, aussi, à ce que nous pourrions faire pour ne pas le revivre et le faire revivre à celles et ceux qui nous suivront... ou à l'usage que l'on pourrait faire des canicules pour refaire le monde, ou à tout le moins, comme s'y résignait Camus, «empêcher qu'il se défasse». Mais même cela suppose qu'on le change. Fondamentalement, radicalement. Parce que, écrit Ramuz, au contraire de ce qui dira Camus recevant son Prix Nobel presque quarante ans plus tard, «il y a de même un travail plus beau que de faire, une plus belle espèce de travail : c'est de défaire». Et qu'il n'y a qu'un seul remède à l'écoanxiété : l'écoradicalité

*Dans ce qui va suivre, tout ce qui est en italique est de Ramuz)

On n'y croyait pas, on n'y pouvait pas croire, tellement tout y était tranquille; eh bien, que oui !

«Parmi nos petits champs à nous, notre bon tout petit pays à nous, où on n'y croyait pas, on n'y pouvait pas croire, tellement tout y était tranquille; eh bien, que oui !»
«Il n'y avait pas eu d'autres signes jusqu'à ce jour que l'extrême sécheresse. On était à la fin de juillet; elle durait depuis trois mois. Quelques averses orageuses en juin, quelques grosses pièces de cent sous tombées encore certains soirs, ce mois-là, à l'improviste, sur le pavé devant chez moi : c'était tout. Les foins avaient été beaux, la moisson abondante et drue. C'est ensuite que la terre avait commencé à se fendiller, l'herbe à jaunir et à devenir rare.
On marque ces commencements, et qu'il n'y avait eu, en somme, aucun signe extraordinaire jusqu'en cette fin de juillet. Extérieurement, rien encore que la sécheresse et la grande chaleur, le thermomètre ayant commencé par monter jusqu'à 30° au milieu de la journée, puis jusqu'à 32°, 34°. Et on souffrait bien un peu, mais c'était supportablement, parce qu'il y avait cette beauté du ciel, et puis nous sommes ici au bord d'un lac»

En juin, en Suisse, des enfants se sont évanouis dans leurs écoles où il faisait plus de 30° (38° dans une classe d'une école vaudoise, le 26 juin. ). Des personnes âgées ont été confinées chez elles ou dans leur EMS par la chaleur du dehors, mais celle du dedans était presque la même, des salariés devaient travailler dans des bureaux, ou des ateliers surchauffés, ou dans des espaces publics brûlants où on ne tient pas plus d'un quart d'heure, Dans les appartements des immeubles des années soixante, il faisait plus de 26°C la nuit... Mais peut-être bien que cet été où bien des records de chaleur auront été battus sera finalement moins chaud que tous ceux qui lui succéderont. On supporte, ou on subit, une canicule dans un pays dont le climat se réchauffe deux fois plus vie qu'ailleurs, et où, en une semaine (du 22 au 28 juin derniers, la mortalité des personnes âgées a augmenté de 16 %). Qu'aura-t-il appris de ce moment, ce pays ? Rien de plus que des moments précédents, comme celui de 2003, lorsqu'une canicule faisait des dizaines de milliers de morts en Europe (ou, plus précisément dit, provoquait une surmortalité de dizaine des milliers de personnes).  On est en moment de canicule? on attend qu'elle se termine, que les températures baissent, qu'on revienne à des températures normales sans s'apercevoir que ce sont les canicules qui deviennent la normalité estivale, qu'elles seront de plus en plus fréquentes, de plus en plus fortes et de plus en plus longues. Et que s'il aura fait très chaud cet été, il fera encore plus chaud, plus souvent, plus longtemps les étésprochains. Et les canicules de cette année apparaîtront, alors, comme des périodes de chaleurs estivales normales. Les centre-villes seraient particulièrement frappés, puisque particulièrement minéralisés et peu végétalisés. A Genève, on pourrait avoir dans vingt-cinq ans. des canicules de trois semaines, avec des températures diurnes dépassant les 40°C et nocturnes de 30°C, et des alertes de chaleur à risque (des "plans canicules") d'un mois.  

 Et on a commencé à avoir peur, mais on n'a pas pu aller jusqu'au bout de sa peur, parce que c'était déjà fini

«J'écoute venir les bruits qu'il y avait, pendant qu'ils viennent.
Pendant que je peux, j'écoute, et c'est s'ils viennent encore, s'ils se lèvent encore, comme ils faisaient au temps d'avant.
Cette nuit-ci, j'écoute, et il n'y a plus rien, où que je me tourne, cherchant jusque dans les recoins de l'air, comme quand on va avec le balai»
«Et rien que cette sécheresse, qu i a été remise devant nous (...) Et on a commencé à avoir peur, mais on n'a pas pu aller jusqu'au bout de sa peur, parce que c'était déjà fini»
«Ce qui était en haut vient en bas. La neige ne va plus être la neige, la glace cesse d'être la glace»
«Il y avait eu des éboulements; la masse des terres descendues risquait de faire barrage dans le lit du torrent; (...) Et, à bien écouter, on aurait entendu déjà cette espèce de grosse toux qui venait de là où sont les glaciers»

Parce qu'il y avait encore des grands glaciers, en 1921, quand Ramuz écrivit «Présence de la mort». Un siècle plus tard, il n'en reste plus grand'chose, et bientôt plus qu'un  souvenir. Le «jour de recul des glaciers» est tombé, en 2026, le 29 juin dernier. Ce jour marque la fin de la fonte des réserves hivernales de neige. Au-delà, ces réserves sont épuisées, les glaciers sont à nu, sans protection   contre les chaleurs estivales, et fondent. Depuis 2000, ils ont ainsi perdu 40 % de leur masse. Et ils vont continuer d'en perdre, jusqu'à ce qu'ils ne soient plus qu'on long pierrier prêts à dégringoler sur les villages d'en dessous, s'ils n'ont pas déjà été noyés par des eaux de fonte

«ils ne voient rien. Ils n'ont rien vu venir, malgré les annonces qu'il y a 46°, 47°, 48° sur les glaces de la haut, et les neiges pas habituées»
Il faudra bien qu'elle s'y habituent, les neiges, à se transformer en pluie... et qu'elle s'y habituent, les stations de sport d'hiver, à ce que leurs pistes se transforment en torrtents. Et que leurs remonte-pente ne servent plus à rien. Et que plus personne ne périsse dans l'oncendie d'un bar une nuit de Réveillon. 

« On était prisonniers. Parce que c'est rond. Prisonniers de ce qui est rond. De ce qui est périssable et rond»

On est prisonniers de la Terre. De notre planète. De la seule planète que nous ayons. Et qui est périssable et ronde. Ce n'est pas elle que nous pouvons faire périr -elle périra de toute façon, bouffée par son étoile agonisante. Ce que nous pouvons faire périr avant l'heure, c'est nous. 

Voila comment les hommes sont faits. Ils vont à la mort par peur de la mort, ils la fuient du mauvais côté. Croyant s'éloigner d'elle, ils vont à sa rencontre

« derrière ce front, plus aucune chose qui pense ou qui sente. On va à la mort par peur de la mort. (...) Celui-ci voit qu'il va ne plus rien être, et il a tellement peut de ne plus être qu'il pense : "Plutôt n'être plus !" Voila comment les hommes sont faits. Ils vont à la mort par peur de la mort, ils la fuient du mauvais côté. Croyant s'éloigner d'elle, ils vont à sa rencontre»

A la fin de son récit, Ramuz a fait monter, le plus haut possible, dans les montagnes, des groupes fuyant l'enfer qu'est devenue la plaine et les villes, pour, sinon un peu de fraîcheur (il n'y en a plus nulle part), du moins des températures supportables plus longtemps que celles s'étant imposées là d'où il venaient. Et en haut, dans les alpages, ils s'affrontent avec les habitants. Et les derniers survivants, ceux d'en bas et ceux d'en haut, qui montent pour fuir et ceux qui ne peuvent plus fuir nulle part, se massacrent. 

«Et il y a bien toujours la menace de cette fin, mais sans qu'on sache quand cette fin interviendra»
On ne le sait toujours pas. Tout ce qu'on sait, c'est qu'elle interviendra. Tout ce qu'on peut faire, c'est qu'elle intervienne sans qu'on en soit responsable. Qu'elle intervienne parce que c'est dans l'ordre des choses et du monde que, juste avant de mourir, l'étoile autour de laquelle tournent des planètes, gonfle et les bouffe, les planètes. Mais c'est dans longtemps. Très longtemps. Et on n'y peut rien. Par contre, ce qui n'est pas dans l'ordre des choses, et qu'on pourrait éviter, puisqu'on a encore le temps, le pouvoir et les moyens, c'est d'avancer nous mêmes de millions d'années le moment de notre propre disparition. Le droit au suicide est certes un droit fondamental, mais c'est un droit personnel, irréductiblement individuel, pas le droit de toute une espèce -la nôtre.


L'empêchement n'était pas hors de nous, 
il était en nous

«Il y a des choses qu'on comprend tout-à-coup : l'empêchement n'était pas hors de nous, il était en nous»
«la plupart des hommes sont ainsi faits qu'ils ne peuvent s'intéresser qu'à l'immédiat et au détail; ils aiment à se laisser tromper»
«Jusqu'au bout, jusqu'au tout dernier moment, tant que tu pourras; tant qu'un petit reste de souffle te sera accordé, un rien de souffle encore, parce que le mot est court (et peut-être  bien est-ce pourquoi il est court)»

On est pressés d'en revenir à nos comportements habituels sans admettre qu'ils sont devenus suicidaires. Il est tellement plus rentable politiquement, et plus confortable personnellement, de croire ou de vouloir croire, et en tous cas de faire croire,  qu'on n'a nullement besoin de changer quoi que ce soit de «notre mode de vie»... c'est-à-dire du mode de vie de la majorité de la population ou de cette fumisterie : la «classe moyenne». On pourrait réduire de 70 % nos émissions de CO2 par la sobriété. La sobriété ? Mais vous n'y pensez-pas : «notre» économie n'y survivrait pas. 
On aimerait, optimisme de la volonté, considérer que le présent épisode aura l'effet de provoquer, plutôt qu'une angoisse qui ne provoque à rien  qu'à un enfermement de soi-même dans soi-même, à une prise de conscience et à des prises de décision qui seraient autant de ruptures avec les politiques passées et les comportement devenus habituels. On aimerait que ce passage de la prise de conscience  à la prise de décision se fasse, mais on en doute. Les responsables, et les coupables, de notre cuisson à l'étouffée seront morts et incinérés, puisque la mort est notre terme à toutes et tous, mais leur mort à eux sera normale, leur arrivera  comme si de rien n'était, et peut-être même seront-ils honorés pour leur oeuvre, en laissant comme héritage aux générations suivantes la tâche de réparer les conséquences de leurs actes, ou de tenter d'y survivre. Cela, sans doute, peut être qualifié de crime contre l'humanité -de crime commis par la part la plus puissante de l'humanité présente contre l'humanité à venir.

J'ai trop aimé le monde. Quand j'ai cherché à imaginer plus loin que lui, c'est encore lui que j'ai imaginé. 

«J'ai trop aimé le monde; je vois bien que je l'ai trop aimé. A présent qu'il va s'en aller. Je me suis trop attaché à lui, comme je vois, à présent qu'il se détache de moi. Je l'ai aimé tout entier, malgré lui. Je l'ai aimé malgré ses imperfections, ayant vu que c'était par elles seulement que la perfection existait; et il était bon parce que mauvais.»

Est-on prêts à nous doter des outils pour organiser notre vie sociale dans un environnement climatique dont nous n'avons d'expérience que celle que, peut-être, nous avons pu acquérir dans une voyage d'agrément ? On sait ce qu'il faudrait faire, à court terme : Moins de voitures en ville, moins de zones pavillonnaires, moins de voyages en avion, moins de bouffe industrielle, moins de pesticides dans l'agriculture, un temps de travail massivement réduit. Moi,s ou plus du tout. Le fera-t-on ? Le changement, le vrai, ça casse et ça fait mal. Alors, on fait tout pour ne pas l'assumer. Ou le reporter. Ou le réduire à une apparence. Ou à annoncer que les progrès de la technologie le rendront inutile. Que quand l'IA réfléchira à notre place, on n'aura plus à se réchauffer les neurones pour trouver le moyen de sortir du merdier dans lequel nous nous sommes nous même mis. La technologie va nous sauver ? foutaise !  Tout ce que nous faisons sur internet, absolument tout même lorsque nous ne le sauvegardons pas, ni ne le diffusons, finit dans un centre de données -un datacenter. Or chaque datacenter (et ils se multiplient) bouffe autant d'énergie, rejette autant de CO2, consomme plus d'eau (on prévoit qu'ils en consommeront 9,3 milliards de litres en 2030)  et contribue autant au réchauffement climatique, qu'une ville moyenne.  Comme disait Lacan, «les machines sont notre portrait». 
Il paraît que les pertes économiques dues au réchauffement climatique se chiffrent déjà en milliards. C'est un bon début, mais il faudrait faire mieux, c'est-à-dire pire, pour que ceux qui y perdent soient réellement ceux qui méritent d'y perdre, et pas le vulgum pecus.

Tout tend à quelque chose qui n'avait pas été permis encore

Vive la canicule, si  elle faisait finalement admettre la réalité d'un changement climatique par ceux qui se plaisaient à le nier ou à nier que les humains y soient pour quelque chose, et, mieux, si elle rendait indispensables les changements, tous les changements, nécessaires pour que le monde reste vivable aux humains qui succéderont à ceux qui sont prêts à le rendre invivable à tous les autres qu'eux-mêmes.  
Il y a un bon usage de la canicule : celui d'un coup de pied au cul. 

«à présent, liberté pour nous, et égalité ! (...) Un d'abord, ici, rien qu'un, et la chose n'a été écrite que devant celui-ci d'abord, qui l'a lue; -qui l'a relue à haute voix.
- Plus rien qui puisse nous empêcher de faire ce qu'on veut, vous entendez- vous autres, depuis aujourd'hui, plus rien... Mais dépêchons-nous ! (...)
On a entendu d'en haut, sans bien savoir encore ce que c'était, cette chose qui venait. Quelque chose commence à venir, qu'on ne voyait pas venir. Derrière des portes encore tenues fermées, de l'autre côté de ces murs; sous les tuiles couleur de pain trop cuit, noires de suie, vertes de mousse, là où on se tenait et on s'est tenu jusqu'ici; - mais un contrevent bat et un autre a battu: une femme : "On y va ?" les marches des escaliers de bois sous les souliers à clous résonnent. (...)
Et aussi ce bruit, justement ce bruit. Comme quand une troupe est en marche, comme quand un grand nombre d'hommes sont en chemin pour venir.»

Comme une révolution qui commence ou comme tellement de réformes fondamentales ensemble que ça finit par être une révolution ?

«On s'est mis à chanter l'Internationale (...)
Et alors : "Qu'est-ce qu'il arrive ?"
Et puis, tout à coup : "Ah ! c'est vrai !"»
«On achevait de piller les banques.»
«Un mot avait circulé de bouche en bouche : révolution; et on n'avait plus vu que cette menace-là, qui était venue en avant. Il y a ceux qui ont et il y a ceux qui n'ont pas»

Et il y a ceux qui ont chaud mais peuvent se rafraîchir, et ceux qui ont trop chaud et n'y peuvent rien : tout le monde n'est pas caniculé à la même enseigne. Plus on est pauvre, vieux, handicapé, mal logé, malade, pas bien dans sa tête plus on souffre. Et moins on peut échapper à cette souffrance. Il n'y a dans la loi de ce pays aucun seuil de température qu-delà duquel un locataire aurait le droit d'exiger une réduction de son loyer, ou des travaux d'isolation de son logement, même les plus simples (la pose de stores ou de volets extérieurs, par exemple). Et Comment vit-on dans les cellules de Champ-Dollon en temps de canicule ? Quelle température fait-il dans les cellules de ce sarcophage de béton quand il fait 37° à l'ombre dehors ? 

«Tout tend à quelque chose qui n'avait pas été permis encore (...) C'est vers en dessous, vers ces bas quartiers, là où ça a commencé, là où ils ont toujours manqué d'air et manqué de tout : alors ils en ont l'habitude. Dans du brumeux, quelque chose d'acide, quelque chose qui fait tousser, une ivresse d'espèce de l'air; une ivresse qui est dans l'air, ou bien si elle est en nous ?»
«Il n'a plus rien vu, le monde s'en  va. Le monde de dehors s'en va, mais c'est que j'en ai un qui est plus grand, plus beau. Un monde où je ne suis pas seul, un monde où je ne suis plus deux»

Manière de dire, déjà ce que nous continuons de dire : qu'«un autre monde est possible»...

«Et il y a de même un travail plus beau que de faire, une plus belle espèce de travail : c'est de défaire»
Et il n'y a qu'un seul remède à l'écoanxiété : l'écoradicalité


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