Quand la canicule réveille la perception de l'urgence climatique

La société réelle contre le peuple légal?

On s'était promis de ne plus en parler -on ne tiendra pas cette promesse : on va vous reparler de la canicule. Parce qu'elle est en train de réveiller l'urgence climatique, à défaut de réveiller la volonté des gouvernants d'y faire face avec des mesures qui ne soient pas que des palliatifs. A Genève, les associations de défense du climat et de la végétation ont fait front pour exiger un plan de crise, en comparant celle du climat à celle du Covid, et à décréter l'urgence climatique. Il serait temps. Les associations préconisent l'arrosage des arbres, la création d'îlot de fraîcheur pérennes, de nouveaux parcs publics, la révision des plans localisés de quartier pour les végétaliser. Des mesures palliatives, mais utiles. Restent à faire des choix plus fondamentaux. C'est ce que demandent la soixantaine d'organisations qui appellent à manifester samedi 19 septembre à Genève et Lausanne, sous un slogan idiot ("pas de Suisse à 50°C", paraphrase d'un slogan tout aussi idiot de l'UDC), mais pour des revendications allant plus loin, et plus au fond, que des palliatifs : protection des travailleurs, agriculture résiliente et durable, décarbonation des transports, préservation des écosystèmes régulateurs, investissements dans les services publics, arrêt des grands projets à base d'énergie fossile, responsabilisation de la Suisse face à son impact climatique direct et indirect (en cause : les importations, la place financière, les multinationales). Des mesures indispensables -mais qui, pour les prendre ? Un beau programme, mais qui, pour en décider et l'appliquer? Le peuple, sans doute, sinon qui ? ni le parlement, ni le gouvernement ne s'y résoudront jamais. Parce que le peuple légal, celui qui vote, les y a installées.

"Le changement climatique est là, on le sent dans nos chairs"

Selon une étude de 2021, 83 % des 10'000 jeunes interrogés estiment que l'humanité a échoué à protéger la planète, et que les politiciens ont trahi. Nombre d'entre eux, d'ailleurs, prennent des décisions qui sont à l'inverse de leurs engagements environnementaux. En Suisse aussi : le peuple a refusé de nouvelles autoroutes et imposé la fin du nucléaire ? le Conseil fédéral propose de nouvelles centrales nucléaires et de nouvelles voies autoroutières... Le peuple a voté une loi climat ? elle n'est pas appliquée. La Cour européenne des droits de l'homme a condamné la Suisse pour son inaction climatique ? la Suisse ne tient pas compte de cette condamnation. La Suisse traverse cet été une succession de canicules ? Le gouvernement supprime dès l'année prochaine les 25 millions de francs prévus pour financer l'adaptation des forêts au réchauffement climatique. 

La température annuelle moyenne de la Suisse a augmenté de 3°C depuis l'ère préindustrielle. C'est deux fois plus que la moyenne mondiale, et chacun peut, ici, le ressentir : "le changement climatique est là, on le sent dans nos chairs" témoigne le porte-parole de l'Alliance climatique suisse. Les chairs de "nos" gouvernements sont moins sensibles. Et nous, sentir ce changement "dans nos chairs" nous fait-il changer de comportement ? On n'a jamais mangé autant de viande, on n'a jamais pris autant l'avion. Et la Suisse n'espère pouvoir tenir l'objectif de l’accord de Paris en réduisant ses émissions de gaz à effet de serre de 65 % par rapport à 1990 (elles sont aujourd'hui de quinze tonnes de CO2 part année et par habitant), mais elle y inclut, pour un tiers, des réductions d'émissions qu'elle finance à l'étranger : ainsi revendique-t-elle pour elle même des réductions d'émissions dans des pays en développement, qui contribuent bien moins que nos pays "développés" au réchauffement climatique (toute l'Afrique n'émet que 4 % des émissions mondiale de CO2).

Le 19 septembre, une soixantaine d'organisations romandes et plusieurs dizaines d'alémaniques appellent à des manifestations à Genève et Lausanne. Pour exiger des mesures d'"atténuation et d'adaptabilité au réchauffement climatique" respectant la justice sociale, ce qui est bien le moins, mais aussi un changement de politique et de priorités. Parce que c'est bien de cela dont il s'agit : d'un changement de politique, pas d'une distribution de climatiseurs. Parce qu'il n'y a pas d'autre solution qu'un tel changement. Ni qu'il soit le plus radical possible. Ni qu'il touche la vie quotidienne de la majorité de la population de nos pays -tout le monde, en fait, sauf les super-riches et les super-pauvres. 

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