Salaire minimum légal : offensive de droite et résistance de gauche

Légaliser la sous-enchère salariale ?


Le parlement fédéral (sa majorité de droite) ayant adopté le principe de la primauté des conventions collectives de travail sur les salaires minimaux légaux ratifiés par le peuple dans plusieurs cantons (dont, fin juin, le canton  de Vaud), les syndicats et la gauche ont lancé un référendum contre cette décision, qui, en s'asseyant lourdement sur l'autonomie des cantons, aura aussi, et surtout, pour conséquence des pertes possibles de plusieurs centaines de francs par mois pour des travailleurs et surtout des travailleuses dont les salaires sont déjà les plus bas, et sont souvent insuffisants pour leur permettre de vivre sans aide sociale. Le référendum est non seulement le moyen de défendre les conditions de vie et de revenu des travailleurs et travailleuses les plus précaires, c'est aussi un moyen de ne pas transformer les conventions collectives en instrument de sous-enchère salariale. Les feuilles de signatures sont disponibles ici : https://www.fichier-pdf.fr/2026/08/20/referendum-salaire-minimum/
on télécharge, on remplit, on signe et on renvoie !


"Quiconque travaille à plein temps doit pouvoir vivre de son travail"

Le patronat et les partis de droite s'étaient en vain opposés à l'instauration du salaire minimum dans tous les cantons où ils ont été instaurés parce que le peuple en a décidé ainsi, et ils s''opposent à la proposition de l'instaurer dans les cantons où cette proposition est faite, et au niveau fédéral soutiennent une proposition tirée de la motion déposée par le "centriste" Ettlin, de faire prévaloir les salaires minimaux prévus par les conventions collectives ayant force obligatoire sur les salaires minimaux légaux, même si les salaires légaux ont été instaurés en votation populaire et surtout si les salaires conventionnels sont plus bas. Cette motion ayant été acceptée par les majorités de droite de chacune des deux Chambres, le Conseil fédéral, qui s'y opposait, a été contraint de déposer un projet de loi la mettant en forme. Ce projet de loi ayant lui-même été accepté le 19 juin par les mêmes majorités de droite qui avaient accepté la motion, les syndicats, soutenus par la gauche, ont lancé contre lui un référendum. 

Le combat pour un salaire minimum, c'est un combat pour faire prévaloir la nature éminemment politique, et donc collective, de la question salariale. Ce sont des dizaines de milliers de personnes qui risquent une baisse de salaire si les salaires minimaux légaux, là où ils existent, peuvent être contournés au prétexte de "sauver le partenariat social" (mais seulement s'il profite au "partenaire" patronal). Ceux à qui s'attaque la droite en s'attaquant aux salaires minimums légaux, ce sont les travailleuses (surtout) et les travailleurs qui touchent les plus bas salaires : Les serveurs et serveuses, les coiffeurs et coiffeuses, les nettoyeurs et nettoyeuses, les milliers de personnes qui doivent se contenter, malgré un emploi à plein temps (ou une addition d'emplois à temps partiel), d'un salaire insuffisant pour leur assurer une vie digne. Le président de l'Union Syndicale, Pierre-Yves Maillard observe que pour des dizaines de milliers de travailleuses et de travailleurs, travailler 42 heures par semaine, 180 heures par mois n'assure pas plus que l'aide sociale. C'est à cela que le salaire minimum légal répond : à Genève, l'instauration du salaire minimum légal à réduit de moitié, tous secteurs confondus, la proportion de salaires leur étant inférieurs, et l'a même réduit des deux tiers dans l'hébergement médico-social (8000 emplois dans le canton).

"La pauvreté malgré un travail est un scandale, surtout dans un pays aussi riche que la Suisse" assène justement Vania Alleva, présidente d’Unia. Un scandale qui n'émeut pas ceux qui s'attaquent aux salaires minimums, qui ont précisément été institués pour lutter contre la "pauvreté laborieuse". Cinq cantons ont déjà introduit un salaire minimum après que le peuple en ait décidé, et le Tribunal fédéral a autorisé l'instauration de salaires minimums communaux, que des villes (Lucerne, Zurich, Winterthur) ont décidé ou prévu d'instituer. A Genève et Neuchâtel, le salaire minimum légal (24,59 francs de l'heure à Genève) prime sur les salaires conventionnels.

Les salaires minimums cantonaux ont été décidés par le peuple. C'est aussi le peuple qui décidera de les instituer, ou le refusera, là où ils ont été proposés par des initiatives populaires. Ce sera aussi au peuple de décider, après l'aboutissement du référendum lancé contre la loi votée par le parlement, d'accepter ou de refuser que ce qu'il a institué soit contourné, ébréché et qu'une décision démocratique, celle d'instituer un salaire minimum légal, soit désarmée par une manœuvre parlementaire que même le Conseil fédéral a déploré, parce qu'elle piétine les droits que le fédéralisme reconnaît aux cantons. Une manœuvre parlementaire qui transforme des conventions collectives étendues pour lutter contre la sous-enchère salariale en moyen de la permettre. 

Pierre-Yves Maillard : "Quelle justification y a-t-il à annuler par une loi fédérale le vote du peuple (d'un canton) ? Qui est gêné à Obwald, à Zug ou à Zürich par le salaire minimum voté par le peuple à Genève ? La réponse est : personne, absolument personne. Un principe fondamental de notre démocratie suisse, c’est le fédéralisme. C’est de laisser au niveau le plus proche du citoyen les décisions qui ne portent aucun préjudice aux autres Confédérés". Et le salaire minimum légal ne porte préjudice à personne, sauf aux employeurs qui veulent continuer à ne verser à celles et ceux qu'ils emploient que des salaires si bas qu'ils les contraignent à demander une aide sociale -ce qui signifie que c'est l'Etat qui va payer à la place des patrons le complément de salaire nécessaire. A l'Etat, c'est-à-dire aux contribuables. Dont les partis qui ferraillent contre le salaire minimum prétendent être les défenseurs attitrés. 

"Quiconque travaille à plein temps doit pouvoir vivre de son travail", proclament les syndicats. "Pouvoir vivre de son travail", sans avoir recours à l'aide sociale. C'est la première fonction des salaires minimums légaux : ils ne protègent pas seulement les salarié-e-s les plus exploité.e.s, ils soutiennent le niveau de tous les salaires dans ce pays (sauf les salaires qui excèdent outrancièrement la valeur du travail effectué, ou plutôt du temps passé à le faire). On admettra que le patron de l'UBS n'en a rien à secouer du salaire minimum -il ne s'inquiète sans doute que de l'hypothèse de l'instauration d'un salaire maximum.

On votera donc pour savoir si le salaire minimum légal est ou non un minimum au-dessous duquel il n'est pas autorisé de payer un.e salarié.e (à quelques exceptions près), ou un accessoire de minima conventionnels négociés par des syndicats dans un rapport de force défavorable. On votera sur quelque chose d'essentiel : "Il ne s’agit pas du subventionner la garde des bêtes à cornes ou d’interdire les minarets. Il s’agit de la valeur du travail, de salaire et de minimum vital. Il s’agit d’une coiffeuse, d’un serveur dans un restaurant, d’une vendeuse dans une boutique ou d’une aide-soignante à domicile, qui travaillent à plein temps et qui se demandent au supermarché s’il est possible d’acheter ces deux barquettes de fraises et cette tranche de bœuf pour le repas en famille de dimanche" (Pierre-Yves Maillard)

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