UNE INITIATIVE POUR SE DÉBARRASSER DES F-35

Ne pas se déjuger

Aujourd'hui, dans votre quotidien préféré, vous trouverez (si vous êtes encore de celles et ceux qui  se le procurent dans les boîtes à journaux) encartée une feuille de signature pour une initiative "Non aux F-35" lancée le 28 avril 2026, par l’Association citoyenne contre les F-35. Le texte de cette initiative* reprend celui de l'initiative lancée par l’Alliance Stop F-35 (formée du GSsA, du PS et des Verts), déposée en 2022, puis malencontreusement retirée sur injonction gouvernementale, juste après le début de l'invasion russe de l'Ukraine, pour permettre l'achat  de l'appareil américain alors même que de lourds doutes planaient déjà sur la régularité du processus qui avait abouti à le choisir comme nouvel avion de combat de notre glorieuse armée. Des doutes encore alourdis depuis par ceux portant sur la fiabilité du joujou, l'augmentation de son prix d'achat et son coût d'utilisation. Rien de tout cela n'a ébranlé la volonté (et la cécité) des défenseurs de l'achat de cet avion, prêts à tout pour que la Suisse s'en dote, à n'importe quel prix (les commissions des deux chambres du parlement fédéral viennent encore de valider un nouveau crédit supplémentaire de 394 millions pour cet achat). Quand on aime, on ne compte pas. Mais de mauvais coucheurs n'aiment pas. Ils relancent donc, seuls, un texte exprimant leur opposition à l'achat de la baudruche la plus coûteuse de l'histoire, dont dire qu'il est contestable relève de l'euphémisme. Ni le GSsA, ni le PS, ni les Verts ne soutiennent l'initiative au stade de la récolte de signatures ? Il faudra donc s'en passer -sans se passer de leurs membres et de leurs sympathisant.e.s. Et la faire aboutir sans eux -si elle aboutit, il faudra bien qu'ils s'y rallient, à moins de se déjuger, hypothèse politiquement si navrante qu'on se gardera d'y accorder foi, ne serait-ce que pour ne pas affaiblir celle qu'on peut encore avoir en eux.


*La Constitution est modifiée comme suit:
Art. 197, ch. 132 13. Disposition transitoire ad. art. 60 (Organisation, instruction et équipement de l’armée)
La Confédération n’achète pas d’avions de combat de type F-35.
Le budget de l’armée est adapté en conséquence.
La présente disposition cesse de produire effet le 1er janvier 2040.


Ne pas se résigner à un achat auquel on affirmait (ou faisait mine ?) de s'opposer...

Le 27 septembre 2020, à une majorité de 8'000 voix (0,2% des votant.e.s), le bon et naïf peuple avait approuvé  l’acquisition, pour six milliards au maximum,  de nouveaux avions de combat, au motif (ou au prétexte) de « renouveler les moyens de protection de l'espace aérien » . Protéger l'espace aérien en achetant un bombardier furtif, utilisé pour bombarder Gaza ou l'Iran, c'est le résultat de la grande influence des lobbystes de l'industrie américaine de l'armement. C'est le Conseil fédéral qui a choisi d'acheter des F-35 américains plutôt que des avions européens.  Or la majorité du gouvernement a été tenue à l'écart de cette procédure -il valait mieux pour les partisans de l'avion américain qu'on ne sache pas qu'au lieu de définir des critères à partir desquels on choisirait l'avion qui conviendrait le mieux à la Suisse pour protéger son espace aérien, on les a définis pour qu'ils correspondent à l'avion qu'on avait déjà choisi et qui sert à tout autre chose : le F-35. Un avion dont les performances  proclamées apparaissent de plus en plus pour ce qu'elle sont : une vantardise. Un avion doté d'un logiciel miraculeux, qui permet à son fabricant, et par lui aux militaires étasuniens, de l'empêcher de décoller et de le contrôler en vol. En somme, l'avion américain que la Suisse croit avoir acheté resterait américain...

Quant au "contrat" que la Suisse aurait signé avec le gouvernement étasunien (qui a, lui, signé un contrat avec le constructeur, Lokheed-Martin), et que les partisans du F-35 brandissent en appelant à le respecter, il tient de la "fake news" : la Suisse n'avait pas signé un contrat mais une  déclaration d'intentions. Le seul contrat signé ensuite  dans cette affaire porte sur huit F-35, pas sur la totalité de l'achat, et il n'engage que ceux qui l'ont signé -et encore : si l'un des contractants ne respecte pas le contrat, le contrat ne lie plus l'autre contractant -c'est ainsi que le conseil fédéral a pu suspendre le contrat avec les USA pour les missiles Patriot, jamais livrés par le gouvernement étasunien. De plus Armasuisse et le DDPS ont jusqu'à présent refusé de rendre publics les contrats passés avec le gouvernement des Etats Unis. 

Le peuple suisse est donc libre de remettre en question, par un vote, un achat auquel tous les sondages effectués depuis des années signalent qu'il est majoritairement opposé.  Ce que l'initiative "Non aux F-35" continue de clamer haut et fort, c'est ce refus de l'achat des avions de combat étasuniens qu'en usant de tous les moyens (même légaux), le lobby militaire suisse (le Département de la Défense, ses deux ministres successifs Viola Amherd et Martin Pfister, Armasuisse, les sociétés militaires et les porteurs politiques des valises de tout ce petit monde) a réussi à imposer à ceux qui n'en voulaient pas, et à ceux qui voulaient un autre avion. L'initiative n'émane d'aucun parti politique, mais elle attend tout de même un minimum de cohérence de ceux qui se sont prononcés, régulièrement, hautement, éloquemment, contre l'achat des F-35. Tel est le cas du Parti Socialiste et des Verts. Au fond, en soutenant l'initiative populaire "Non aux F-35", ils ne feraient que réaffirmer leur choix. A plus forte raison, le refus de la soutenir ne serait que la manifestation d'une résignation à un achat qu'ils affirmaient refuser.

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