Annonce de la probable mort prochaine de GHI et "Lausanne Cités"
Aujourd'hui ou demain, on reçoit encore dans nos boîtes aux lettre le dernier journal hebdomadaire gratuit ainsi distribué dans la région lémanique : le GHI genevois, "Lausanne Cités" dans la région lausannoise, mais leur éditeur, Jean-Marie Fleury, a annoncé la semaine dernière que "sauf rebondissement de dernières minutes", les deux journaux cesseront d'être le 17 décembre. Demain, jeudi du Jeûne piogréen, on aura encore la possibilité de feuilleter, voire de lire, le GHI en dégustant une tarte aux pruneaux. Plus tard, on ne sait pas : l'éditeur annonce certes être encore en discussion avec des "repreneurs potentiels", mais les trois pages que GHI consacre à sa disparition annoncée ne laisse guère planer d'optimisme sur le résultat de ces discussions. Et même si elles aboutissaient, sur la pérennité d'un financement par la publicité.
GHI et Lausanne Cités disparaissent pour la même raison que bien d'autres titres de la presse écrite : la publicité qui se raréfie et qui passe sur internet (or GHI ne tient comme journal gratuit que par la publicité), l'augmentation de ses coûts de production et de distribution. Son éditeur y ajoute le manque de soutien des fondations privées crées pour soutenir la presse et les media indépendants. Est-on indépendant quand on dépend de la publicité ? Evidemment que non répondrait le "Canard Enchaîné" (à qui on comparait parfois, aventureusement, GHI) , sans publicité depuis plus d'un siècle (il est vrai qu'il est payant... juste de quoi assurer précisément son indépendance). GHI et Lausanne Cités paient aujourd'hui leur propre modèle : la gratuité financée par la publicité.
Il restera des publications gratuites hebdomadaires à grand tirage, mais elles ne peuvent guère passer pour indépendantes puisqu'elles sont les organes des deux grands groupes du commerce de détail en Suisse, Migros et Coop (qui se payaient d'ailleurs des pleines pages dans GHI). Qui n'ont pas besoin d'être financés par la pub, puisqu'ils sont de la pub. GHI et "Lausanne Cités" ne seront pas les premier journaux gratuits financés par la pub : Le 23 décembre dernier paraissait la dernière édition papier de "20 minutes", "20 Minuten" et 20 minuti", avant leur réduction complète à une version numérique. "20 Minutes", Minuten et Minuti, n'étaient cependant pas aussi dépendants que GHI de la publicité, puisqu'ils étaient avaient derrière eux un grand groupe de presse, qui n'a pas lâché l'édition papier parce qu'elle n'avait plus assez de lecteurs (ils en avaient 400'000...) ou qu'elle lui coûtait, mais parce qu'elle ne lui rapportait pas assez. A l'été 2025, juste avant la suppression de l'édition papier, les rédactions en français et en allemand étaient fusionnées, et la moitié de la rédaction romande disparaissait. La fusion, dans la presse comme souvent ailleurs, ressemble à une fission.
GHI était le journal genevois le plus diffusé (il l'était massivement, puisque dans toutes les boîtes aux lettres), et peut-être le plus lu (quoiqu'il faille être prudent avec les chiffres qu'il brandissait, où il comparait ses 137'000 lecteurs hebdomadaires aux 78'000 lecteurs journaliers de la Tribune de Genève... Peu importe, au fond : GHI, quoiqu'on puisse en penser, était peut-être le seul journal "papier" que (presque) tout le monde lisait, fût-ce pour s'encolérer de ce qu'on y lisait. A sa manière, lire GHI, c'était un peu comme lire "La Suisse" il y a cinquante ans : une pratique commune, quelque chose comme un lien social.
GHI ne tombera pas à cause des positions politiques qu'on peut y lire, ni parce qu'il perd des lecteurs (il n'en perd pas) -il tombera à cause de son modèle de financement : "notre modèle économique, basé sur un marché de la publicité qui s'écroule, est mort", résume le directeur de GHI et de Lausanne Cités. Et le syndicat Impressum voit dans la fin annoncée de GHI "un nouveau signe de l'extrême-fragilité de la presse locale et régionale". Il y a un demi-siècle, à la naissance de GHI, en novembre 1970, Genève comptait à elle seule cinq quotidiens (boulimique, on les lisait les cinq...), dont trois (le Journal de Genève, la Voix Ouvrière, le Courrier) avaient une identité politique (mais pas forcément partisane) forte. De ces trois, il ne reste plus que "Le Courrier" (qui a changé d'identité politique ), et de ces cinq, trois ont disparu (La Suisse, le Journal de Genève, la Voix Ouvrière). Etaient-ils, et GHI aujourd'hui, "de trop" ? Non, ils étaient seulement trop faibles face aux groupes de presse, et pas assez rentables dans un temps de règne du profit.



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