Brèves de comptoir
Titre de la «Tribune de Genève» du 3 juin: «A Vandoeuvres, la présence de rats sur la voie publique inquiète des ha-bitants». Pourquoi? c'est des rats pauvres? des rats de gauche ? des rats étrangers? ça doit être ça, puisqu'ils sont attirés par les déchets alimentaires dans des poubelles, la commune ne ramassant plus les déchets ménagers qu'une fois par semaine au porte-à-porte. les sacs poubelle s'accumulant dans un contai-ner. Et comme il fait chaud, la bous-tifaille pourrit, pue et attire les rats. Surtout les rats pauvres.
Trois crèches genevoises non subventionnées
(TotUP, l'école suédoise et Gan Habad) refusent d'aligner
leurs salaires et les conditions de travail de leur personnel
sur la convention collective de travail en vigueur pour le
personnel des crèches subven-tionnées de la Ville de Genève,
et revendiquent de pouvoir s'en tenir, pour le salaire, au
salaire minimum légal cantonal (sans doute certaines
regrettent-elles même de devoir s'y plier et de ne pouvoir
pratiquer librement la sous-enchère salariale). Il y a deux
ans, saisie par l'une d'entre elles, TotUp, qui ne cache pas
qu'elle est une entreprise commerciale bien plus qu'un lieu
d'accueil de la petite enfance, le Tribunal fédéral l'avait
déboutée et reconnaissait qu'il y a un intérêt public évident
à lutter contre la sous-enchère salariale et à assurer la
qualité de l'accueil des enfants en assurant celle des
conditions de travail du personnel. Ce que le peuple genevois
avait confirmé en votation, en refusant que les crèches sans
convention collective puissent s'en tenir au seul salaire
minimum légal, inférieur au salaire minimum conventionnel
appliqué par la Ville de Genève et considéré comme un «usage
de la branche». Et puis, cet été, le Tribunal fédéral, saisi
par trois crèches privées non subventionnées qui avaient été
amendées précisément pour n'avoir pas respecté les
prescriptions de la CCT sur les grilles salariales, le temps
de travail, la compensation des heures supplémentaires, les
vacances, le treizième salaire ou l'assurance perte de gain ,
dit à peu près le contraire de ce qu'il disait il y a deux ans
et que le peuple avait affirmé : il dit qu'imposer à des
crèches non subventionnées (il y en a une trentaine dans le
canton) un «usage de la branche» fondé sur une convention
collective concernant des crèches subventionnées, ou
municipalisées, cela viole le droit supérieur (fédéral) sur
l'extension d'une convention collective à tout un secteur.
Pour la Ville (et pour le canton), l'accueil préscolaire des
enfants est une tâche d'utilité publique. Pour la directrice
de TotUP, qui invoque la «liberté éco-nomique» et se plaint
d'une perte de bénéfices d'un million, c'est une activité
commerciale. Et tout est là : si le canton a décidé
d'appliquer la convention collective de la Ville à des crèches
non subventionnées, c'est précisément parce qu'il a considéré
que c'était d'intérêt public que d'assurer les meilleures
conditions de travail et de salaire au personnel des crèches,
pour assurer les meilleures conditions d'accueil possible aux
enfants et qu'il est dans l'intérêt public que les tarifs des
crèches soient accessibles aux moins aisés. Dans un premier
temps, le TF, il y a deux ans, avait considéré que les crèches
purement privées n'ayant pas à respecter toutes les
obligations des crèches publiques (tarifs proportionnels aux
revenus des parents, accueil dans discrimination, formation
continue, etc...), il y avait un intérêt public à étendre les
usages fondée sur la convention collective de la petite
enfance, signée par la Ville de Genève. Mais dans un deuxième
temps, il a considéré que le canton avait étendu ces usages
sans respecter la base légale fédérale. Le TF juge sur la
forme, pas sur le fond : il ne fait pas primer une «liberté
économique» contradictoire de l'utilité publique, mais le
droit fédéral sur l'extension des conventions collectives. Il
ne remet pas en cause la légitimité de protéger le personnel
et les conditions d'accueil des enfants, que le peuple avait
réaffirmée en 2024, et il impose toujours aux crèches privées
de respecter le salaire minimum légal cantonal -l'Office
can-tonal des relations du travail, l'Ocirt, assure qu'il y
veillera. Et nous, à gauche, il faudra qu'on veille à ce que
se poursuivre la municipalisation des crèches subventionnées,
qu'elles créent des places d'accueil supplémentaires et
offrent des salaires et des conditions de travail dignes du
rôle des crèches. Un rôle de service public et de service au
public, sans recherche obsessionnelle de profit privé.


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