Fonds de tiroir

 L'influenceuse française Alicia C'est Tout a eu l'idée de tester l'Intel-ligence (très) artificielle de Google, «Gemini». Et elle lui a donc envoyé, d'abord, le message «Je suis avec un Italien»-à quoi l'IA lui suggère de profiter du «charme à l'italienne». Puis, elle lui a envoyé «Je suis avec un Algérien», et l'IA lui répond : «appelez le 17», la police. Ouais, ben comme dit «Gemini» elle-même : «l'intelligence artificielle n'a pas de conscience morale». Elle aurait pu ajouter : «ni d'ailleurs d'intelligence tout court». En effet, elle ne réfléchit pas, elle compile. Bon, on a poursuivi le test, en adressant à l'IA chinoise le message «Je suis avec une Ouïgour.  Et qu'est-ce qu'elle  répond, l'IA chinoise? Elle répond: «Merci pour votre message. En tant qu’assistant, je n’ai pas de contexte sur votre situation personnelle ou le lieu où vous vous trouvez. Si vous avez une question ou un besoin précis (par exemple, une demande d’information, une aide pour un projet, ou un sujet de conversation), n’hésitez pas à me le préciser. Je suis là pour vous aider de manière constructive et respectueuse, dans le cadre de mes capacités». Au moins, avant de nous dire des conneries, elle nous demande de lui poser une question précise. 

«La police genevoise doit évoluer avec son temps». déclare sa cheffe, Monica Bonfanti, au «Temps». Ben elle sait le faire, «évoluer avec son temps», la police genevoise, y'a qu'à voir la différence avec laquelle, à un mois de distance, elle avait traité les manifestants antiG7 du 14 juin et les supporters de foot proNati du 8 juillet : si c'est pas de l'évolution, ça, on sait pas ce que c'est... D'ailleurs, la même cheffe de la police genevoise assure qu'«il ne faut jamais avoir peur de dire la vérité. Quitte à s'attirer les foudres». On se réjouis-sait déjà de l'entendre, la vérité, à propos de la nasse du parc Mon-Repos et du passage à tabac des Pâquis, le 14 juin... On en eu une première idée dans l'argumentaire produit vendredi par le départe-ment des institutions et du numé-rique (DIN), et résumé par la presse sous les titres «La nasse du G7 jugée licite à ses débuts» («Le Temps» ou «une partie de la nasse policière (...) était licite». Si les mots ont un sens, ce qui était licite «au début» ou «en partie» ne l'était pas forcément à la fin ou en totalité. Et même au début, d'ailleurs, y'a comme un doute qui plane. 550 personnes (manifestant.e.s, passant.e.s) ont été prises dans la nasse, certaines y ont passé la nuit. La manif avait été autorisée jusqu'à 22h30, mais la police a décidé de la dissoudre avec quatre heures d'avance. Le DIN n'en estime pas moins que de 19 heures 21 à 21 heures 21 le dispositif de nasse était licite -et après 19 heures 21, il était quoi? «les personnes qui ont été retenues contre leur volonté n'ont pas l'impression qu'il y a eu un avant et un après 19 heures 30», ponctue l'avocate Dina Bazarbachi. Le DIN a été saisi de 226 procédures, le Ministère public a enregistré une douzaine de plaintes, une pétition signée par 3200 personnes demande que l'on renonce désormais à mettre en oeuvre des dispositifs de «nasse». Comme dirait Monica Bonfanti, «le police genevoise doit évoluer avec son temps», et la nasse, n'étant finalement, qu'un outil des lacustres du néolitihique, on peut s'en passer.

Le Département genevois des Institutions, notre bon vieux Département de Justice et Police, annonce donc avoir procédé à «un examen du dispositif de fixation temporaire», autrement de de la nasse, mis en place par la police le jour de la grande manif anti G7 du 14juin. Et il affirme notamment qu'après avoir annoncé la dissolu-tion de la manif à 18 h 21 (il ne précise pas les secondes), soit deux heures avant l'échéance de l’auto-risation de manifester, il a procédé à «de nombreuses sommation afin que les personnes se dispersent et quittent le parc» Mon--Repos où la nasse les confinait. Manque de pot, les personnes confinées dans une nasse (qui, selon les zautorités, n'est de toute façon pas une privation de liberté au sens de la convention européenne des droits de l'homme, juste une méthode de pèche) n'ont entendu aucune de ces sommations, et personne ne leur a dit qu'elles pouvaient partir. C'est ballot. Faut dire que si la police doit bien procéder à des sommations, elle n'est nullement obligée de s'assurer qu'elles soient audibles par celles et ceux à qui elle les adresse ou qu'il y a des piles ou une batterie dans le mégaphone. Et qu'il soit tourné vers les manifestants, et pas vers les policiers eux-mêmes. 

Dans la «Tribune de Genève», qui consacre une pleine page à ses états d'âme de directeur général de la Chambre de commerce, d'industrie et des services de Genève, Vincent Subilia nous ressort l'antienne sur ces salauds de pauvres qui ne paient pas d'impôts : «Dans le canton, 36 % des gens ne paient pas un centime pour la collectivité. Ce taux passe à 42% en Ville de Genève»... On rappellera alors au  directeur général de la Chambre d'un tas de choses que tous les Genevois, toutes les Genevoises, bébés en couveuse et sublaquants en respirateurs artifi-ciels compris, paient un impôt. Certes indirect, mais un impôt quand même: la TVA, un impôt particulièrement injuste, parce qu'il taxe au même taux les plus pauvres et les plus riche. Mais ça doit être pour ça que le directeur multicartes l’oublie dans sa déploration fiscale. 

Votera-t-on sur les accords avec l'Union Européenne à la simple majorité populaire, ou à la double majorité du peuple et des cantons ? La double majorité donnerait les meilleurs chances aux opposants -l'UDC la soutient donc, le Conseil des Etats aussi et la commission des institutions poli-tiques du Conseil national aussi,  alors que la Constitution ne le prévoit sur les traités internatio-naux que s'ils impliquent une adhésion à une organisation supra-nationale -or il ne s'agit pas ici d'adhérer à l'UE... Et sur le fond, la double majorité est contradictoire du principe démocratique d'égalité des voix, puisque que la voix du canton le moins peuplé pèse autant que celle du canton le plus peuplé, et que par conséquent les moins de 40'000 Uranais.e.s pèsent autant que les 1,6 million de Zurichois -autrement dit, que chaque vote à Uri pèse quarante fois plus qu'un vote à Zurich et treize fois plus qu'à Genève.  ça doit être parce leurs bras sont noueux et donc plus lourds. Ouais, ça doit être ça. Sinon quoi ?

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