Brèves de comptoir

 Le Conseil fédéral a prolongé le contrat de travail du colonel brigadier Olivier Müller en tant que com-mandant adjoint de la division territoriale 2. On est contents pour lui. Mais quand même, on a des doutes, vu que Olivier Müller est aussi PDG de l'entreprise publique d'arme-ment RUAG. Et qu'on se demande si par hasard, y'aurait pas quelque part comme une sorte de conflit d'intérêt  chez le patron d'une entreprise qui fabrique des armes mais qui est aussi officier supérieur dans l'armée qui achète les armes que l'entreprise fabrique. Un conflit d'intérêt ? meuh non, pensez-donc. D'abord, le colonel n'est commandant de division qu'à titre intérimaire, ensuite il n'est aussi PDG de RUAG qu'à titre intérimaire (faut dire que RUAG consomme des PDG à rythme intensif : cinq en cinq ans et demi...), et qu'il supplée à un PDG qui avait passé treize ans au Crédit Suisse... Ensuite, nous assurent les bons esprit, le problème, c'est pas le conflit d'intérêt, c'est le manque de temps : il ne peut consacrer que 70 % de son temps de travail à la direction de RUAG, et c'est pas assez pour une entreprise qui emploie 70'000 person-nes. Et puis, bon, on n'a pas attendu d'apprendre la double casquette d'Olivier pour se dire que le milieu militaire suisse, c'est une grande famille. Juste un tantinet incestueuse. 

Allez, un petit moment de nostalgie : il nous souvient qu'il y a quelques décennies, nous pouvions descendre en train à Nice, sans avoir besoin de passer par Lyon et Marseille et de prendre le TGV, mais en prenant à Genève le train de Grenoble, puis en baguenaudant depuis Grenoble dans de petits traclets grimpant la Croix-Haute, en redescendant sur Digne, puis sur Nice. On y mettait des plombes (jusqu'à une quinzaine d'heures), on s’arrêtait dans des bleds impro-bables, mais on avait le temps de flâner, et c'était bien plus sympa que le TGV. Bon, bref, depuis 1989, on peut plus faire Genève-Nice tout en train parce que la SNCF a coupé les voies entre St-Aubin et Digne. Et c'est bien dommage. C'est pas qu'on ait une furieuse envie de dire bonjour au nabot qui s'est faufilé à la Mairie de Nice, mais quand même... Alors, on salue l'intention de l'association «Aurail», qui de-mande la remise sur les rails d'une ligne, même pas directe, entre Genève et Nice.. mais ça coûterait entre trente et cinquante millions d'euros, que la SNCF refuse de  dépenser pour le tronçon (le seul manquant) de 22 km entre Saint-Aubin et Digne, ou d'intégrer au programme de modernisation ferroviaire dans les Alpes du Sud. Et Genève ne prévoit pas de faire grand chose pour rétablir une liaison vers Nice qui transportait entre 100 et 200 personnes par convoi depuis Genève, parce que la priorité, ici, nous explique Pierre Maude, c'est de moderniser la ligne Genève-Lyon pour mieux se con-necter au réseau européen des TGV vers Marseille (puis Nice, puisqu'on peut y aller en TGV en sept heures -mais c'est beaucoup plus chiant qu'y aller en quinze heures par la montagne...) ou Montpellier (puis Barcelone et Madrid). Bon, ben voilà, on reprendra pas le traclet pour Digne et Nice. Ou alors, puisque pour le prendre on doit prendre le train pour Grenoble, qui passe forcément par Annecy, et qu'Annecy, c'est sur la ligne du Léman Express, on n'a qu'à pro-longer le Léman Express jusqu'à Digne. Et le rebaptiser Léman-Alpes Express. D'ailleurs, il va déjà jusqu'à Saint-Maurice, le Léman Express, alors pourquoi pas jusqu'à Digne, hein ? 

A la faveur, si on peut dire, de la polémique lancée par la Conseillère administrative «centriste» de la Ville de Genève Marie Barbey-Chappuis sur les campements de Rroms, on a appris que la police municipale de la Ville était, en trois mois, intervenue 55 fois sur de tels campements, en avait fait évacuer 22 par leurs occupants et avait saisi 13 tonnes de matériel (des matelas, des couvertures, parfois des habits). Mais on a aussi appris presque en même temps qu'en une seule se-maine (celle de la rentrée scolaire), la même police municipale était intervenue 28 fois aux abords des écoles aux heures d'entrée et de sortie des classes, et avait prononcé 222 sanctions contre des automobilistes (ou des deux roues) pour des feux rouges brûlés, des téléphones au volant, des trottoirs occupés par des bagnoles, des trottinettes non homo-loguées. Tout ça aux abords des éco-les, donc. Ce sur quoi la droite genevoise s'est bien gardée d'embra-yer, contrairement à l'épuration des campements rroms.  A votre avis, sagaces lecteurs, qu'est-ce qui est le pus dangereux ? un matelas au bord du Rhône ou de l'Arve ou un automobiliste qui brûle un feu rouge en téléphonant, devant une école au moment où les enfants y entrent ou en sortent ?

On s'interroge, après qu'on ait appris par le Sonntagsblick que certains termes faisant référence au changement climatique (à commencer par le terme même de «changement climatique») auraient été écartés des documents officiels après l'arrivée de l'UDC Albert Rösti à la tête du Département fédéral de l'environ-nement (un choix il est vrai assez curieux, un peu comme si on confiait le Département de la Défense au Groupe pour une Suisse sans armée). On ne devrait donc plus évoquer le «changement climatique», ni le mot «climat», on devrait remplacer «biodiversité» par «paysage». Et «Albert Rösti» par «Donald Trump» ? c'est en effet une manie trumpiste que de changer les mots et les noms, et d'en interdire certains. En tout cas, la présidente des Verts, Lisa Mazzone dénonce : «en matière de climat, Albert Rösti et son Secrétaire général usent de méthodes à la Trump». Bon, on espère qu'ils s'en tiendront à leur petite tentative orwellienne, et qu'on les verra pas tenter de rebaptiser le Léman «Lac de Suisse» (pourquoi pas «Lac de Genève» pendant qu'on y est) et revendiquer l'annexion du Liechtenstein en tant que 24ème canton suisse, mais peut-être qu'il faut s'y préparer. Comme dirait Audiard, y'a des gens qui «osent tout, c'est à ça qu'on les reconnaît».
 
C'est donc aussi à ça qu'on peut reconnaître la CICAD (Coordi-nation intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation), qui a engagé une action civile contre notre camarade Sylvain Thévoz, député au Grand Conseil, coupable (notamment) d'avoir dénoncé la confusion entretenue par la CICAD entre antisionisme et antisémitisme, et de l'avoir appelée à «lever toute ambiguïté sur son rapport à une puissance étrangère sous enquête pour génocide», l'Etat d'Israël et son gouvernement (et non pas «les juifs»). La CICAD réclame 4000 francs pour tort moral. Si c'est le prix auquel elle estime sa moralité, la CICAD, on s'autorisera à ne pas l'estimer bien élevé... 
Mais bon, t'inquiète pas, Sylvain : Pour un militant politique, et plus encore un élu politique, être condamné pour ses propos, c'est un peu comme être décoré...

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